Vingt ans après : itinéraire de cinq Maistranciers devenus commandants

Publié le 02/04/2026

Auteur : EV2 Nina Moreau

Il y a deux décennie, ils se rencontraient sur les bancs de l’École de maistrance. Aujourd’hui, les cinq anciens élèves partagent à nouveau une expérience commune : ils commandent tous un bateau.

Promotion Armorique 2005. C’est lors du séminaire des futurs commandants de 2025, que le capitaine de corvette (CC) Montevil, les lieutenants de vaisseau (LV) Campos, Kaars Sijpestejn et Oury, ainsi que le maître principal (MP) Leparmentier découvrent qu’ils sont issus de la même promotion de l’École de maistrance. Une constatation qui ne doit rien au hasard, mais qui démontre tout le professionnalisme et le savoir-faire de l’École de maistrance.

 

Commandant le patrouilleur outre-mer Jean Tranape depuis mars 2025, le CC Montevil se remémore avec jubilation les trois mois et demi passés avec son camarade de section à Maistrance, le LV Campos : « Je me rappelle évidemment des marches effectuées autour du bâtiment de l’école à 4h du matin dans le cadre de nos classes ».

Ce dernier est quant à lui commandant du bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain (BSAM) Garonne, équipage B.

Il a été diplômé, en 2006, d’un brevet d’aptitudes techniques (BAT) spécialité navigateur timonier (Navit), tout comme les LV Kaars et Oury et le MP Leparmentier : « Je pense que le cours de BAT Navit de 7 mois à Lanvéoc Poulmic reste notre meilleur souvenir en commun ».

Le commandant du BSAM Loire équipage B, le LV Oury, se souvient de leur état d’esprit à Maistrance : « On était étonnés de tout, on apprenait beaucoup, c’était une découverte totale ».

Des souvenirs partagés par le commandant du voilier école de type goélette Étoile, le LV Kaars Sijpesteijn, et le commandant du voilier école Mutin, le MP Leparmentier.

 

Être commandant

Commander un bateau n’arrive pas du jour au lendemain. « On y va par étape : l’École de maistrance, le BAT Navit, le brevet supérieur (BS), les opportunités et les différentes affectations jusqu’à la fonction de commandement », détaille le LV Oury. « Quand on était à Maistrance, ça paraissait être du domaine de l’inaccessible », confirme le LV Kaars. « Je n’ambitionnais pas de commander un bateau à mes débuts, reconnaît le CC Montevil, mais après quelques affectations, je me suis rendu compte que je voulais monter de niveau, et par conséquent, un jour commander ».

« J’aime ça, poursuit-il, c’est séduisant de commander et ça apporte aussi son lot de responsabilités ». Commander un bâtiment à la mer, c’est aussi montrer l’exemple. Ils sont tous d’accord, c’est un ensemble de défis.

Ce qui ressort de leur témoignage ? Le lien avec les autres marins. « Il faut gérer les rapports humains dans un espace confiné, s’assurer de la sécurité du personnel, confie le LV Kaars, c’est aussi être une source d’inspiration pour son équipage, il faut être à la hauteur ».

 

 

« Au-delà de montrer l’exemple, notre rôle est dans la transmissions aux plus jeunes. Le plus important pour moi est de livrer ma passion du métier de marin, et l’amour de la mer », rebondit le MP Leparmentier. « Le défi lié à l’intensité des programmes opérationnels de ces navires est de maintenir l’équipage à un rythme soutenu, du début à la fin de chaque période de charge (quatre mois), avec des missions aussi variées qu’exigeantes », conclut le LV Campos.

Il n’existe pas de texte qui explique comment être un bon commandant. A nous de nous adapter au rythme, à l’équipage et aux missions

Les cinq marins sont satisfaits des missions auxquelles ils doivent répondre en tant que commandant de bâtiment. Pour le LV Oury, « le bateau polyvalent » est une belle révélation, « il est très opérationnel avec des missions comme la guerre des mines, la surveillance et la protection maritime, etc. ». Moins surpris, le LV Kaars assure que c’est « exactement ce à quoi [il s’attendait], c’est très fidèle à la vision que j’en avais ».

 

 

C’est aussi une belle preuve de confiance que nous accorde la Marine nationale

 

Ils sont fiers de leur parcours, fiers de commander aujourd’hui. « Je me dis que j’ai quand même fait un bonhomme de chemin lorsque je regarde en arrière, je suis fier de mon parcours », confie le MP Leparmentier. Le commandement à la mer est « une grande source de satisfaction personnelle et une aventure humaine hors normes », reconnaît le LV Campos.

Gravir les échelons avec la Marine

Ils ont tous les cinq gravi les échelons de l’escalier social de la Marine en relevant le défi de commander à la mer. « La Marine sait reconnaître les capacités des gens, explique le CC Montevil, elle observe, offre des opportunités, fait confiance, protège ».

L’existence du concours officier par exemple « est déjà un moyen d’évoluer pour les marins, poursuit le LV Oury, la Marine voit le travail individuel. On fait des rencontres, on réussit, on échoue, on apprend, on s’adapte ». Travailler au sein de la Marine offre de gros avantages, « la progression dans les grades et dans chaque spécialité, c’est très riche, affirme le MP Leparmentier, être acteur de sa carrière c’est la réalité, il faut faire ses preuves, saisir les occasions ».

 

 

 

« C’est une chance inouïe d’évolution sociale qu’il faut saisir ! », commente le LV Campos. Issu d’un milieu modeste, il n’a pas eu la chance de pouvoir faire des études après son baccalauréat général.

La Marine lui a permis d’évoluer rapidement par l’effort et le travail.

Leurs conseils pour les élèves officiers de Maistrance ? « Se donner à fond, être entier, s’appliquer pour y arriver et ne pas se mettre de barrière. Ne pas avoir peur des échecs ou des réussites ». Mais aussi embarquer un maximum, « c’est important de se former au métier de marin, on progresse en travaillant », ajoute le LV Oury.

Ils conseillent tous d’être patient, d’aller chercher l’information et de faire ses preuves. Il faut également être fidèle au cursus de formation, garder ses objectifs en tête et avoir une grande disponibilité. En résumé : « Travaillez et pilotez votre carrière ! », ajoute le LV Campos.

 

Les futurs objectifs de nos cinq marins ? Commander un porte-hélicoptères amphibie, retourner outre-mer, et pourquoi pas revenir à leurs racines en tant que commandant en second de l’École de maistrance… une dernière partie de carrière à construire encore pleine de défis !

« Il est important de souligner que cela ne serait pas possible sans le soutien de nos familles. Le socle familial est essentiel au marin, on leur doit beaucoup », conclut le LV Kaars.

 

On progresse en travaillant. C’est possible, il faut y croire