Vice-amiral d'escadre Serge Bordarier, "Commander, ça ne s'apprend pas, ça se vit !"

Publié le 19/06/2026

Auteur : Nathalie Six

La « Jeanne », le vice-amiral d’escadre (VAE) l’a faite deux fois. Une première en tant qu’officier-élève et une deuxième en tant que commandant de la frégate d’accompagnement La Fayette.

Souvenirs aiguisés, estampillés 1992 et 2014, mais aussi vifs que s’ils dataient d’hier. Il voguait alors aux côtés du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral, sous les ordres du capitaine de vaisseau François-Xavier Polderman, aujourd’hui amiral et major général des armées. Pour Cols bleus, le VAE Bordarier donne sa vision en tant que plus haut responsable des ressources humaines de la Marine sur cette « université flottante » qui mêle opérations, apprentissage et rayonnement.

 

L’objectif de la mission Jeanne d’Arc (JDA) a-t- il évolué depuis le retrait du bâtiment-école éponyme en 2010 ?

Vice-amiral d’escadre Serge Bordarier : Oui dans le sens où aujourd’hui, c’est une mission opérationnelle qui sert de support à une école d’application, alors qu’avant c’était un peu le contraire. Typiquement, le tracé de la JDA, même moi qui suis le directeur du personnel de la Marine, je ne m’en occupe pas. Comme pour n’importe quel autre bateau, c’est le sujet de l’état-major de la Marine, du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) et du sous-chef opérations qui décident de l’agenda en fonction des intérêts et du rayonnement attendus. Autre évolution de la mission : les officiers-élèves vivent beaucoup plus d’interactions notamment avec l’armée de Terre ; il n’y avait pas d’amphibie sur l’ancienne Jeanne.

Qu’est-ce qui définit le mieux la particularité de la mission Jeanne d’Arc ?

VAE S. B. : D’abord, c’est une énergie et des moyens considérables consacrés à la formation de nos 160 midships durant cinq mois. Très peu de marines dans le monde peuvent se targuer d’une telle chose. Je vais prendre une image bucolique, la Jeanne transforme la chrysalide en papillon. Qu’ils soient officier de carrière, officier de marine sous contrat, ou commissaire des Armées (avec ancrage Marine), ils passent par cette même matrice qui leur permet d’acquérir les notions nécessaires avant leur arrivée en unités. Ce modèle a fait ses preuves.

Et que voulez-vous dire aux jeunes qui n’ont pas encore vécu de Jeanne ?

VAE S. B. : Vous allez découvrir du monde et le monde ! Au-delà du côté « carte postale » de la mission Jeanne, vous allez expérimenter la vie en équipage. Vous allez vivre, souvent pour la première fois, la rupture avec vos proches, et vous la vivrez en équipage. C’est une préfiguration de votre carrière future, parfois faite de longues séparations.

Enfin, on associe toujours la JDA aux midships, mais il y a aussi ceux qui accueillent. La JDA est une université flottante. Or, qui dit université dit profs. Et les profs, ce sont aussi les équipages du PHA et de la frégate. Du chef de quart au rondier, au quartier-maître SDC ou mécanicien. Chacun va devoir répondre non pas à une ou deux questions, mais à une multitude d’interrogations des officiers-élèves. Tâche parfois ardue et répétitive mais qui est au cœur de la mission Jeanne d’Arc et qui concourt à transformer la chrysalide en papillon.