Vice-amiral d'escadre Ludovic Poitou, commandant adjoint du commandement maritime allié de l'OTAN

Publié le 10/04/2026

Auteur : La rédaction

Basée à Northwood en Angleterrre, la composante maritime de l’OTAN comprend 450 marins, officiers et officiers mariniers, dont près de 80 % sont issus de marines européennes (45 Français).

Amiral, en 2026, quelles sont les missions de l’Allied Maritime Command (Marcom), le commandement maritime de l’OTAN?

Vice-amiral d’escadre Ludovic Poitou : Actuellement sous le commandement d’un binôme d’amiraux britannique et français, les missions de Marcom s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle stratégie maritime de l’Alliance (2025) comprenant trois piliers. Le premier, la dissuasion et la défense collective de l’espace Euro-Atlantique (DDA) contribue à la crédibilité de la posture de l’Alliance. Le deuxième, la prévention et la gestion de crise, s’appuie sur la capacité des forces navales à se déployer et à conduire des opérations. Dans ce cadre, les Standing Naval Forces (SNF = SNMG 1 + SNMCMG 2), sous commandement de Marcom, garantissent à l’OTAN une présence navale permanente, crédible et rapidement projetable, qui matérialise la posture et la préparation du « Fight Tonight » promue par l’Alliance. Enfin, la sécurité coopérative se matérialise en particulier en Méditerranée, par des opérations de sûreté maritime (Sea Guardian), de renforcement de capacités et de partage d’information avec des marines partenaires (escales, exercices). Dans la pratique, nos efforts se concentrent sur le suivi de la marine russe, de ses comportements et vise à la dissuader de rivaliser avec les forces de l’Alliance.

 

Comment l’OTAN et ses alliés européens se coordonnent-ils sur les missions de surveillance et de protection des infrastructures sous-marines critiques (câbles, gazoducs) ?

VAE L. P. : L’Alliance a démontré sa réactivité en lançant, en janvier 2025, l’activité de vigilance (eVA) Baltic Sentry, à la suite d’incidents et de dégradations survenus sur des infrastructures sous-marines critiques (câbles énergétiques et de données) en mer Baltique. Dirigée par Marcom et coordonnée par le CTF 3Baltic depuis Rostock, cette activité met en œuvre des moyens aéromaritimes de l’OTAN.

Elle permet d’accroître le partage d’information entre les Alliés, de coordonner les patrouilles de surveillance pour dissuader les actes de sabotage et, le cas échéant, d’identifier les responsables de ces activités hybrides visant les infrastructures sous-marines critiques en mer Baltique.

Le ralliement de la Finlande et de la Suède a par ailleurs amélioré l’expertise régionale en mer Baltique avec une réelle valeur ajoutée pour Baltic Sentry.

 

Comment Marcom et les marines des différents Alliés s’organisent-ils pour la surveillance de ce qu’on appelle la « flotte fantôme » ? 

VAE L. P. : Depuis les années 2010, la Shadow Fleet désigne, à l’OTAN, un ensemble de pétroliers transportant du pétrole pour des pays sous sanctions (Iran, Vénézuéla, Corée du Nord, et surtout Russie depuis le début de la guerre en Ukraine) qui souhaitent échapper à la règlementation internationale.

La « flotte fantôme » s’apparente à un modèle alternatif de shipping sponsorisé par la Russie, et qui pourrait être baptisé « IUU Shipping » (Illegal, Unreported and Unregulated), à l’instar de la pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée) et de la menace qu’elle représente pour l’écosystème économique et environnemental.

Avec l’arraisonnement et le déroutement récent de navires de la Shadow Fleet, la France contribue à la mobilisation des Alliés et impulse une réelle dynamique internationale de lutte contre les pratiques de contournement des sanctions pétrolières, dans un contexte de montée en puissance des confrontations maritimes hybrides. Dans ce cadre, Marcom agit en catalyseur des volontés et assure la fonction essentielle de Hub de partage de l’information maritime ainsi que du renseignement, pour faciliter l’action d’autres alliés.

En matière maritime, on sait que l’Arctique va être dans un futur proche le théâtre de grands bouleversements. Comment Marcom s’y prépare-t-il ?

VAE L. P. : Tout d’abord, les marines alliées et l’OTAN ont toujours été présentes dans la zone Grand Nord. Au cours de l’année 2025, trois déploiements du groupe de frégates des SNF y ont été conduits. Ils marquent une étape dans la « normalisation » d’une présence OTAN dans cette zone d’intérêt stratégique. La nouvelle activité Arctic Sentry, initiée en janvier 2026, permettra de disposer d’un cadre pour la surveillance maritime, la protection des infrastructures et la liberté de navigation en Arctique.
En particulier autour du Grœnland et dans le GIUK4-Gap qui fait face à un regain des activités russes et à de potentielles ambitions chinoises dans la zone. Cette activité comprend également un volet d’expérimentation opérationnelle pour l’intégration de systèmes de drones renforçant les capacités de surveillance maritime en lien étroit avec ACT (Allied Command Transformation) à Norfolk, aux États-Unis. Enfin, Marcom a récemment renouvelé ses accords de coopération avec le Joint Arctic Command danois basé au Groenland afin d’améliorer la coordination des opérations alliées dans cette zone.

1Standing NATO Maritime Group.

2Standing NATO Mine Countermeasures Group.

3Commander Task Force.

4Greenland-Iceland-United Kingdom.