Une Marine jeune de quatre siècles

Publié le 23/02/2026

Auteur : Philippe Brichaut

En 1626, l’Édit de Saint-Germain-en-Laye instaure une Marine d’État, permanente et organisée. Cependant, la France n’est pas novice en matière maritime.

Dès l’Antiquité, les Vénètes, un peuple gaulois, sont des marins réputés. Au cours de l’Empire romain, des galères, basées à Boulogne-sur-Mer, empêchent les incursions de navires saxons. Charlemagne installe des Flottilles le long des côtes pour repousser au nord les Normands, au sud les Sarrasins. Plus tard, Saint Louis crée le premier port militaire à Aigues-Mortes, et Philippe Le Bel, le premier chantier naval royal, le Clos des Galées près de Rouen. Pendant la guerre de Cent Ans, les victoires sur les Anglais de Jean de Vienne sont légendaires. À la Renaissance, François 1er ouvre des comptoirs commerciaux dans l’Empire ottoman et en 1534 Jacques Cartier découvre le Canada.

 

Cols bleus vous propose de parcourir les quatre grandes étapes qui ont jalonné ces 400 ans.

1626 - 1684 : Une Marine unifiée et permanente

 1766 - 1788 : Une Marine mondiale

1840 - 1867 : Une Marine d’innovation

 1956 - 1972 : Une Marine nucléaire et aéronavale

 

1626.

Sur ordre de Louis XIII, le cardinal de Richelieu devient le premier grand maître, chef et surintendant général de la navigation et du commerce. Il fait recruter, parfois à l’étranger, des architectes navals, des maîtres charpentiers, des officiers et des équipages, organise les premiers ports militaires et fait construire des vaisseaux. Première opération majeure ; le siège et le blocus de La Rochelle de septembre 1627 à octobre 1628.

1669.

Jean-Baptiste Colbert devient secrétaire d’État de la Marine. Sous son impulsion, la Marine de Louis XIV connaît un développement fulgurant. Il organise l’inscription maritime ; Brest et Toulon font l’objet des grands travaux d’infrastructures nécessaires à la construction et à l’entretien des vaisseaux. Les premiers textes organisant le commandement, l’intendance et le service à bord paraissent, comme cette ordonnance de 1689. 133 vaisseaux et 30 galères sont construits entre 1661 et 1675. C’est l’apogée de la Marine du Roi Soleil.

Les efforts consentis paient, les victoires s’enchaînent : Agosta, Palerme, baie de Bantry, Béveziers, Barfleur… Elles sont menées par des marins passés à la postérité : Duquesne, Tourville, Châteaurenault, sur des navires légendaires comme le Royal-Louis ou La Réale, galère dont le décor de poupe est visible au Musée national de la Marine.

La guerre de Succession d’Autriche et la guerre de Sept Ans étrillent la Marine de Louis XV. Il faut attendre le règne de Louis XVI, pour qu’elle recouvre son éclat. Ce renouveau associé aux avancées technologiques lance l’ère des grandes expéditions comme celles de Bougainville, La Pérouse ou encore d’Entrecasteaux. Enfin, la participation à la guerre d’Indépendance américaine permet à la Marine de prendre sa revanche sur la Royal Navy. D’Estaing, d’Orvilliers, La Motte-Picquet et Suffren s’illustrent. La bataille navale de la Chesapeake remportée par de Grasse, préambule à la victoire de Yorktown, ouvre la voie à l’indépendance américaine.

 

 

 

 

1789.

Le ministère de la Marine s’installe dans l’ancien garde meuble du roi, rue Royale. La Marine y restera 226 ans. La Révolution et l’Empire sont des périodes sombres et la reprise de la guerre avec la Grande-Bretagne en 1793 aggrave la situation. En Égypte, la flotte du général Bonaparte est détruite dans la baie d’Aboukir par Nelson qui en 1805 assène son fameux coup à Trafalgar. Cette période est cependant marquée par les exploits du corsaire malouin Surcouf.

1818.

Le baron Portal, ministre de la Marine de Louis XVIII, initie la reconstruction de la Marine.

1829.

Lancement du Sphynx, premier navire de guerre français à vapeur. L’exploration scientifique reprend avec les expéditions de Dumont d’Urville et Laplace. Sous l’impulsion de l’amiral de Joinville, fils du Roi, la modernisation de la Marine s’accélère : navires mixtes voiles et roues à aubes puis premières propulsions à hélice, canons type « Paixhans » à boulets explosifs, canons rayés, uniformes...

1830.

Création de l’École navale embarquée à Brest, à bord du dernier grand vaisseau à voile, le Borda

1856-63.

Sous Napoléon III, est créée la spécialité de fusilier marin. En 1858 est inauguré le port de Cherbourg où est constituée, en 1863, la première escadre de cuirassés au monde. En 25 ans, la Marine est ainsi passée du voilier au cuirassé à vapeur.

 

 

 

 

1888.

Après la défaite de 1870, la Marine passe de 439 à 137 bâtiments. En septembre 1888, le premier sous-marin torpilleur est lancé à Toulon. À l’état-major, deux écoles s’affrontent : les partisans des torpilleurs (petits et rapides) et les partisans des croiseurs.

Le lancement du premier cuirassé moderne par le Royaume-Uni, le Dreadnought, change la donne et la Marine se lance dans leur construction en 1912. La même année, l’aéronautique navale est créée.

1914.

La Marine disposait de 14 hydravions. En 1918, elle en a 700. Certains marins ont combattu dans les tranchées, comme les canonniers marins et les fusiliers marins. Le blocus imposé aux empires centraux par les marines alliées a été déterminant pour la victoire.

1919.

Le major général de la Marine est à la tête de 180 navires de combat modernes et l’aéronautique navale comprend 350 appareils répartis en 34 escadrilles mais un seul porte-avions. La défaite de juin 1940, puis l’armistice, vont clouer la Marine dans les ports.

1940.

Début de l’épopée des Forces navales françaises libres (FNFL), ces marins qui ont choisi de continuer le combat auprès du général de Gaulle.

1943.

Fusion des FNFL et des Forces navales d’Afrique, restées fidèles à Vichy jusqu’à la fin 1942. La Marine réunifiée, renforcée par de jeunes volontaires, poursuit le combat au côté des Alliés jusqu’à la victoire.

1945.

Les ports militaires sont détruits, la flotte de 1939 git au fond du port de Toulon. Le conflit en Indochine ne laisse pas de répit. Le renouveau de la Marine est freiné par les opérations liées à la décolonisation.

Les efforts des chefs d’état-major successifs, comme l’amiral Nomy, vont aboutir dans les années 1960 avec l’arrivée des porte-avions de construction française ou les premières frégates lance-missiles.

Enfin, et c’est un tournant majeur, l’avènement de la propulsion nucléaire et la création de la Force océanique stratégique qui assure en permanence la dissuasion nucléaire de la France depuis 1972.

XXIe SIÈCLE.

Le XXIe siècle débute par l’admission au service actif du premier navire de surface à propulsion nucléaire, le Charles de Gaulle. Il est rapidement engagé pour les opérations liées aux interventions en Afghanistan puis au Moyen-Orient.