Une année sur l’Atlantique en compagnie de l’écrivain Martin Dumont
Publié le 23/09/2026
Architecte naval, le romancier Martin Dumont signe le récit tendre et poétique de sa traversée de l’Atlantique avec sa femme et son fils. Une invitation à l’évasion maritime et au voyage.

Pourquoi avoir voulu raconter votre transatlantique ?
Martin Dumont : Ce livre, je n’avais jamais prévu de le publier ! J’aime écrire, ce qui m’a poussé à rédiger ce témoignage de notre année en mer sur Yuzu pour mon fils. Je pensais qu’il serait heureux de le lire plus tard et que ce livre lui permettrait de se plonger dans l’aventure à laquelle il a participé, mais dont il ne garde aucun souvenir. C’est alors que je me suis pris au jeu de l’écriture, sans intention aucune de publier. Je me suis pris au jeu, sans intention de publier. Mes éditrices l’ont lu et m’ont encouragé à l’offrir aux lecteurs. Prendre le large est une démarche très différente de mes précédents romans, Tant qu’il reste des îles ou Tempo, qui relèvent d’une optique de publication et de fiction.
Pourquoi avez-vous accepté de vous livrer dans ce récit autobiographique ?
M. D. : Quand j’écrivais, je ne me posais pas vraiment cette question : me livrer ainsi ne me dérangeait pas. Ma vraie surprise fut plutôt l’intérêt de mes lecteurs pour mon récit de transatlantique. C’est agréable à voir ! Que les gens aiment ou n’aiment pas Prendre le large me touche beaucoup moins que pour mes autres romans. J’y ai mis plus de distance et je suis simplement content que ce livre existe.
D'où vous vient cet amour de la voile qui transparaît à chaque page de votre livre ?
M. D. : Cet attachement est venu assez tard, lors de mon installation à Rennes. Mon père sortait souvent en mer c'est avec lui que tout a commencé. Il m’a transmis sa passion. Ce que j’ai aimé d'abord, c'est le bateau lui-même : une petite embarcation pour parcourir la mer, un endroit où l’on trace sa propre route et où tous les horizons sont possibles. Je l’ai ainsi décrit dans mon livre : « La voile est un formidable vecteur d’ouverture, de rencontres et de découvertes, et une source de plaisir infini ». Ma jeunesse a été bercée par les pages de Jack London et d’Herman Melville, de Robert Louis Stevenson et de Joseph Conrad.
La voile est un formidable vecteur d’ouverture, de rencontres et de découvertes, et une source de plaisir infini ».
Vous écrivez dans votre livre : « Si j’aime autant la voile, c’est sans doute qu’elle ressemble à la littérature ». Que représente la littérature pour vous ?
M. D. : Il n’y a aucun lien direct entre mon métier d'ingénieur naval et la littérature : ce sont deux mondes qui ne cohabitent pas vraiment, et qui, pourtant, me sont absolument nécessaires. Comme je l’explique dans la dernière page de mon livre, « pour l’architecte naval, un voilier n’est rien d’autre qu’un roman dont il n’écrira pas la fin, une histoire qui lui échappera bientôt ». Mer et écriture ne sont pas si éloignées l’une de l’autre.
Pouvez-vous revenir sur l'aventure qui vous a marquée au cours de ce grand voyage ?
M. D. : Le Cap-Vert a été l’une des plus belles étapes de ce voyage marin ! Chaque île est différente et offre des paysages sauvages enchanteurs et des rencontres avec des habitants extrêmement sympathiques. J’ai particulièrement aimé Santo Antão où tout était beau et simple. J’ai tenté de recréer dans mon livre la beauté de cette île qui m’a bouleversé. À l’inverse, j’ai pris en tant que marin une véritable raclée à la fin de notre navigation. La dépression que Yuzu a traversée pour rentrer en Bretagne m’a fortement marquée. Je n’ai pas eu peur sur le moment mais ce fut une expérience hors norme, dont le cerveau se souvient. Sans dépasser les conditions de mer vraiment dangereuses, j’ai connu là toute l’intensité de la navigation sportive !
Avez-vous écrit pendant votre voyage ?
M. D. : Non, je n’ai pas du tout tenu de carnet de voyage pendant notre navigation : je n’étais pas parti avec l’intention de raconter cette aventure. En me replongeant dans cette période, je m’en suis un peu voulu, mais je me suis rendu compte qu’avec le temps qui passe, les souvenirs sont filtrés et il ne m’est resté que l’essentiel. J’avais à ma disposition beaucoup de photos pour retracer la chronologie du voyage et décrire les paysages. Plus je rentrais dans l’écriture et plus certains souvenirs s’imposaient à moi avec précision.
Pourriez-vous revenir sur votre « coup de foudre » pour votre voilier ?
M. D. : Je suis très attaché à Yuzu, le bateau qui a été le nôtre pour cette transatlantique en famille. Je n'en avais jamais possédé auparavant, mais j’avais beaucoup navigué sur différents bateaux. Yuzu ressemble à celui de mon père, que je connaissais très bien, ce qui a sans doute renforcé le lien qui m’y unissait. Le bateau nous a portés et nous lui avons confiés nos vies : c’est lui qui tient, et parce qu'il tient, nous tenons aussi. Il a abrité nos souvenirs de famille. En navigation hauturière, le bateau est la seule couche entre nous et l’océan, entre nous et la mort. On s’attache aux objets parce qu’on apprend à les connaître. C’est au fil du voyage, que nous l’avons apprivoisé.
« Il une existe une vraie solidarité chez les gens de mer »
Vous écrivez, à propos des amitiés, que « la mer est un accélérateur de particules ». Pouvez-vous revenir sur ce sujet des amitiés de voyage ?
M. D. : Les amitiés de voyage sont des choses très fortes et en même temps très éphémères. Le lien qui se crée est intense, mais tout aussi passager : on vit quelque chose de fort sur une durée limitée, le quotidien étant ensuite très différent. J’ai beaucoup aimé cela : on peut devenir très proche de certaines personnes dans ce contexte. Il y a de plus une vraie solidarité chez les gens de mer, parce qu'on partage une passion commune et que l’on sait tous que la nature est plus forte que nous. C’est d'ailleurs une thématique que l'on retrouve dans mes romans.
Le roman fait partie de la sélection du prix Encre Marine 2026. Le nom du lauréat sera annoncé le 20 novembre lors de l’inauguration de la Fête du livre du Var à Toulon.
Prendre le large de Martin Dumont, Les Avrils, 192 p., 19 €.
