Un nouveau bassin pour accueillir le France Libre

Publié le 27/07/2026

Auteur : ASP Clara Molinas & Nathalie Six

Le nouveau défi du Service d’infrastructure de la Défense (SID) ? Construire un grand bassin dans la base navale de Toulon pour l’arrivée du France Libre. Le compte à rebours est lancé.

En 2027 devrait débuter la construction, entre les appontements Milhaud et le port de commerce de Brégaillon, d’une forme de radoub de 360 mètres de long, d’un quai de stationnement et de maintenance, et de l’écosystème pour répondre aux besoins opérationnels et industriels liés aux arrêts techniques du navire, ainsi que d’un pont de transit et d’une nouvelle porte d’entrée vers la base. Cette modernisation ne profitera pas qu’au porte-avions France Libre, mais bien à chaque marin affecté demain sur cette base.

 

« C'est un projet absolument inédit », confie l’ingénieur en chef de 1ère classe (IC1MI) Stéphanie, chef de la division PA-NG au SID Méditerranée. Les réflexions sur le projet ont débuté il y a plusieurs années. Il a d’abord fallu définir le lieu d’accueil du PA-NG, pour une mise en service à horizon 2038. Ont alors été lancées de nombreuses études pour examiner les capacités d’accueil. Deux scénarios émergent en 2020 : adapter les infrastructures existantes, ou construire ex nihilo. La décision ministérielle de janvier 2023 retient le site de Milhaud 7 ainsi que la construction d’un pont qui reliera le port de commerce de Brégaillon à la base navale de Toulon. En phase chantier, ce pont, permettra un accès dédié pour les 1 000 à 1 500 personnes attendues. « Pour l’instant, une seule porte de la base est accessible aux poids lourds, le risque était d’engorger l’entrée de la ville. L’extension de la base jusque dans la commune de la Seyne-sur-Mer, ce n’est pas qu’une aide pour le chantier, c’est un gage de réussite du projet », précise Armelle Bourgogne, représentante locale de l’officier de programme infrastructure du PA-NG. « Par sa dimension XXL, ce projet nous oblige à faire des réalisations exceptionnelles ». C’est plus d’un million et demi de mètres cubes de sédiments qui vont être dragués dans la rade pour obtenir la profondeur nécessaire à l’arrivée du France Libre. Ils seront réemployés pour créer les terre-pleins, d’une douzaine d’hectares à Milhaud, mais également environ dix hectares à Brégaillon afin d’y établir les installations de chantier et relocaliser certaines fonctions présentes actuellement sur l’emprise du chantier du futur porte-avions. Née en 2023, la division PA-NG du SID compte aujourd’hui une trentaine de collaborateurs et a pour objectif de passer à 52 l’année prochaine. « Partir d’une feuille blanche nous permet d’apporter une réponse sur mesure au France Libre pour la conduite de ses missions opérationnelles et la maintenance, explique Stéphanie Mundet. La modernisation et l’optimisation des flux logistiques, notamment par la construction d’une plateforme surélevée et de passerelles de transfert roulier, permettra aux marins de demain de gagner un temps considérable »

La plus grande opération d'infrastructures conduite par le SID depuis 1945.

 

Quand le passé refait surface

En plus des 120 hectares de rade à désencombrer et des 2 000 objets déjà remontés, une fouille archéologique a été effectuée par l’Institut national de recherches archéologiques préventives sur prescription du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). « Sur un hectare, on a retrouvé des vestiges datant de l’Antiquité (IIe siècle avant notre ère) et une poudrière datant du XVIIe. Pour acheminer les munitions, les ouvriers de l’époque avaient construit un quai, que nous avons pour projet de mettre en valeur. »

 

Trois questions au...

Contre-amiral Arnaud Tranchant

Commandant de la base de défense de Toulon

 

Amiral, cela fait maintenant plus de dix ans que l’ensemble du port militaire de Toulon est en chantier. Qu’est-ce que cela implique pour la plus grande base navale militaire d’Europe ?

CA Arnaud Tranchant : C’est un renouvellement en profondeur débuté il y a plus de 10 ans avec le chantier « accueil soutien Barracuda », la plus grande opération d’infrastructures conduite par le Service d’infrastructure de la Défense (SID) depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce chantier peu visible, par les marins de la base navale mais véritable prouesse technique et industrielle, consiste à refaire les bassins tout en poursuivant les opérations de maintenance sur deux types de sous-marins, le tout dans une zone d’activité nucléaire. En parallèle, les zones Castigneau et Milhaud ont été mises à niveau ou le seront très prochainement. Au bilan, en 2035, à la fin des travaux liés au France Libre, seule la zone des bassins Vauban, à l’Est, n’aura pas été rénovée.

 

 

Quels sont les enjeux d’un tel programme d’infrastructure ?

CA A. T. : La Marine à Toulon a acquis l’expérience de la conduite de grands programmes d’infrastructure. Ce qui est inédit avec ce nouveau chantier, c’est son interface majeure avec la rade et la métropole : le chantier empiétera sur l’activité du port de commerce. L’enjeu majeur est donc d’anticiper la façon dont nous pourrons réaliser ces infrastructures en réduisant au maximum les impacts (environnementaux, humains et logistiques) sur la rade, dans une zone mitoyenne de deux communes (Ollioules et la Seyne-sur-Mer).

Comment travaillez-vous avec les autres acteurs du territoire ?

CA A. T. : Les clés de la réussite sont l’anticipation et le dialogue. Anticiper les méthodes de travail et les flux, dialoguer avec les entreprises candidates et la Métropole Toulon Provence Méditerranée pour s’assurer de ce qui est acceptable pour les uns et les autres. La base de défense c’est 70 % de la flotte française en tonnage, une base aéronautique navale, deux régiments de l’armée de Terre, un grand hôpital. Au total, 25 000 personnes (75 000 avec les familles) qui consomment, se logent, éduquent leurs enfants… Autant de bénéfices directs pour la Métropole et le département. Toutes les fonctions de la base de défense sont en croissance, il y aura d’ailleurs des opportunités à saisir : entre 2035 et 2040, la base navale accueillera deux porte-avions : le Charles de Gaulle et le France Libre qui achèvera sa montée en puissance. Les marins qui y serviront pourront accéder à la base par une 4e porte, qui desservira la Seyne-sur-Mer par un pont que nous allons construire en 2029. De 2027 à 2034, ce sont 1 000 travailleurs par jour qui viendront œuvrer sur le chantier majeur. Cette phase importante à Toulon va stimuler l’économie locale. C’est un très bon signal pour les Toulonnais et les Varois et un motif de fierté pour les marins toulonnais !