Sous-marins français - 150 ans sous les mers : rencontre avec les auteurs de la bande dessinée

Publié le 19/12/2025

Auteur : Elisabeth Feigneux

Plongez dans l’histoire des sous-marins français avec cette bande dessinée de Patrick Deschamps (scénario) et Jean-Marie Cuzin (dessins), réalisée à l’initiative du capitaine de vaisseau Vincent Vacqué.

Extrait d'une planche de la BD "Sous-marins français - 150 ans sous les mers"

150 années séparent Nautilus du programme Barracuda. Dans le sillage de Jules Verne, le lecteur remonte le cours de l’Histoire grâce à cette bande dessinée sur les sous-marins français. Comment ce projet a-t-il vu le jour ? 

Capitaine de vaisseau Vincent Vacqué : Je suis un grand collectionneur de bandes dessinées, j’en possède plusieurs milliers. L’idée de produire un ouvrage sur l’histoire des sous-marins m’est venue en lisant les bandes dessinées publiées par certains chefs de corps de l’armée de Terre sous leur commandement. Quant au choix des Éditions du Triomphe, elles étaient tout indiquées puisque spécialisées dans les bandes dessinées historiques.

Qu’aimez-vous dans la bande dessinée ?

CV V. V. : Elle permet de raconter l’histoire sous un autre angle en mettant en mouvement certaines scènes difficilement racontables. J’ai grandi avec la série Alix et si je devais n’en choisir qu’une, ce serait le cycle des Sept Vies de l’Épervier. À lire au fond des mers, évidemment !

Photo du CV Vacqué, à l'inititative du projet de la bande dessinée "Sous-marins français - 150 ans sous les mers"

Vous avez rejoint le projet en tant que scénariste et dessinateur. Pourquoi ?

Patrick Deschamps : J’ai rédigé ma maîtrise d’histoire sur la conférence navale de Washington et depuis, j’ai réalisé le scénario de vingt-cinq bandes dessinées sur des évènements militaires. C’est un thème qui me passionne !

Jean-Marie Cuzin : Je connaissais déjà bien le milieu des sous-marins et j’avais envie de m’y pencher davantage. Je venais de terminer les dessins d’un projet sur le roi Louis XI avec la même maison d’édition. Dès que l’on m’a proposé le sujet, j’ai dit oui !

Photo du scénariste de "Sous-marins français - 150 ans sous les mers" Patrick Deschamps

Commandant, quelles lignes directrices avez-vous données aux auteurs ?

CV V. V : Les sous-marins étant des armes très techniques, je souhaitais mettre en avant les ingénieurs qui les conçoivent. Par ailleurs, d’un point de vue historique, je voulais mettre en lumière les sacrifices des sous-mariniers de la Première Guerre mondiale ainsi que l’épopée des sous-marins de la France Libre. J’avais aussi à cœur de rendre hommage aux marins de l’Émeraude, un sous-marin ayant subi un incident grave en 1994, qui a coûté la vie à plusieurs marins. Il me semblait aussi important que le grand public puisse se représenter une patrouille de SNLE. Nous nous sommes beaucoup inspirés de l’ouvrage de l’amiral Bernard Rogel sur ce point, Un marin à l’Élysée.

À quels obstacles avez-vous dû faire face ?

J.-M. C. : La première partie a été la plus difficile à reproduire car l’histoire des sous-marins du début du siècle est peu documentée. Je manquais de supports. Par ailleurs, dès que l’on entre dans l’ère du nucléaire, la notion de confidentialité entre en jeu. Il faut arriver à expliquer sans trop en dire.

CV V. V. : Étant pour la première fois du côté de la production, j’ai découvert que réussir à mettre en scène un thème sur une planche (page d’une bande dessinée) avec sept vignettes (case d’une planche de bande dessinée, NDLR) n’est pas aussi facile qu’à première vue, surtout quand on veut parler de tout !

P. D. : Réaliser une bande dessinée, c’est beaucoup de contraction de texte et de compromis. Mais c’est passionnant car il faut arriver avant tout à faire passer un message.

N.B.: Cette bande dessinée est labellisée 400 ans de la Marine.

Photo du dessinateur Jean Marie Cuzin de la bande dessinée "Sous-marins français - 150 ans sous les mers"

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

CV V. V. : J’avais suggéré à Patrick de consulter les Encyclopédies des sous-marins français rédigées par l’amiral Thierry d’Arbonneau ainsi que l’ouvrage de Robert Merle Le jour ne se lève pas pour nous, fondé sur un séjour de l’auteur à bord d’un SNLE.

P. D. :  En parallèle, je me suis documenté sur le premier sous-marin français, Le Plongeur, fabriqué en 1864. C’est en voyant sa maquette à l’exposition universelle de 1867 que Jules Verne a eu l’idée de son célèbre récit 20 000 lieues sous les mers. Cela m’a inspiré à mon tour et j’en ai fait le fil conducteur de mon récit.

CV V. V. : C’est une superbe idée de Patrick, qui permet de rendre ce sujet plus accessible.

P. D. :  Et Jean-Marie l’a habilement mis en scène, le faisant apparaître au fil des pages, parfois de manière humoristique. Il accompagne le lecteur jusqu’à la fin.

 

Avez-vous fait des découvertes, été surpris ?

P. D : Bien sûr ! L’événement survenu en septembre 1940 avec le sous-marin Bévéziers a particulièrement retenu mon attention. Alors qu’il était en rénovation, encore enduit de peinture antirouille, il est parti avec la moitié de son équipage lancer quatre torpilles sur le HMS Resolution appartenant à la Royal Navy. On ne le dit pas dans les livres d’histoire !

CV V. V. : De mon côté, j’ai beaucoup appris sur leur rôle durant la crise du Canal de Suez ainsi que sur les missions des sous-marins Agosta des années 80.

J.-M. C. :  Quant à moi, c’est l’ampleur du nombre de sous-marins engagé durant le XXe siècle qui m’a marqué, ainsi que tous les déboires techniques et pertes au combat.

P. D. :  Absolument ! Il y avait une centaine de sous-marins au début du siècle dernier, contre seulement 10 aujourd’hui. Ils ont maintenant une supériorité extraordinaire sur leurs anciens. La variété de métiers, les complexités techniques, la qualité de vie à bord se sont largement améliorées. C’est fascinant !

 

Comment expliquer la forte identité de la FOST (Force océanique stratégique) ?

CV V. V. : Nous passons tellement de temps dans notre bateau que nous entretenons une relation très intime avec lui. Les sous-mariniers ont une relation très forte au système car toute erreur peut être fatale.

 

Que retenez-vous de cette aventure éditoriale ?

J.-M. C. : J’ai découvert un milieu qui ne laisse pas indifférent. Les sous-mariniers vivent ensemble dans un huis-clos pendant une longue période, ce n’est pas donné à tout le monde. Ils m’impressionnent !

P. D. : Je suis pour ma part très fier du succès de cet ouvrage : près de 5 000 exemplaires se sont écoulés en une semaine !

CV V. V. : Pour ma part, je retiens qu’il ne faut pas hésiter à se lancer quand on a un projet éditorial. On rencontre des personnes enrichissantes nous menant vers d’autres aventures. Si l’occasion se présente, j’aimerais beaucoup faire partie d’un jury sur la bande dessinée militaire.

 

Avez-vous d’autres projets ?

P. D. :  Nous travaillons avec Jean-Marie sur un ouvrage dédié à l’histoire de l’aéronavale, qui devrait sortir à l’automne 2026. Le CV Vacqué a également pris part à la genèse du projet. Nous poursuivons donc l’aventure !

Sous-marins français - 150 ans sous les mers,
dessins de Jean-Marie Cuzin, scénario de Patrick Deschamps
Triomphe, 80 p., 24,90 €

Recension de la bande dessinée dans la rubrique « A l’heure du dégagé » du Cols bleus #3129 août-septembre 2025