SNA De Grasse, ses premiers battements de cœur
Publié le 19/03/2026
Après une cérémonie de prise d’armement en octobre dernier, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) De Grasse a pris vie en divergeant pour la première fois.

Depuis le poste de conduite propulsion (PCP), les équipes de TechnicAtome soutenues par les marins de l’équipage d’armement et celles de Naval Group viennent d’initier les premières réactions de fission au sein du réacteur nucléaire.
« Réacteur critique, réacteur critique ». Le 12 décembre, ces deux mots résonnent pour la première fois dans les coursives du SNA De Grasse et sur le dispositif de mise à l’eau (DME) qui accueille le bâtiment depuis sa sortie de la nef Laubeuf du site Naval Group de Cherbourg, le 27 mai 2025. Pour le directeur des programmes sous-marins du constructeur, ce transfert avait déjà signifié « le départ du SNA depuis sa nef d’assemblage pour rejoindre sa forme d’achèvement ».
Ce réacteur critique, ce sont les premiers neutrons qui frappent les atomes d’uranium 235 du cœur, initiant la réaction en chaîne pilotée et contrôlée qui libère de l’énergie, beaucoup d’énergie. La chaleur générée va réchauffer l’eau qui entoure le combustible dans le circuit primaire puis, par transfert thermique, produire de la vapeur au niveau du circuit secondaire qui sera ensuite transformée via des turbines en énergie électrique ou mécanique. La propulsion nucléaire apporte une autonomie sans commune mesure comparée à la propulsion classique : un gramme d’uranium libère autant d’énergie que deux tonnes du pétrole. Elle autorise de longs déploiements où la première limite est avant tout la réserve en vivres. En sus, comparé par exemple aux sous-marins classiques et malgré les évolutions liées aux batteries, cette propulsion procure une indéniable réserve de vitesse.
Ses « premiers battements du cœur », les ingénieurs de TechnicAtome les attendaient. Ils ont conçu le réacteur sous l’autorité du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Les marins de l’équipage et les équipes industrielles, entre septembre et novembre 2025, ont, eux, réalisé un lignage indispensable pour confirmer que la chaufferie nucléaire et le cœur qu’elle accueille sont conformes en tous points aux spécifications et aux plans. Un véritable défi qui concerne l’intégralité des circuits du SNA, des tubes lance-torpilles depuis la soute armes tactiques à la ligne d’arbre en passant par les installations de réfrigération.
Mais pour l’instant, à Cherbourg, depuis le 12 décembre 2025 et pour plusieurs semaines, il s’agit avant tout de vérifier le bon comportement du cœur en lui-même : mesurer sa réactivité et confirmer que les mécanismes qui permettent son pilotage manœuvrent nominalement ou bien encore d’observer la fiabilité et la précision des différents moyens de surveillance. Quatre semaines d’essais sont ainsi prévues, avec plusieurs divergences hebdomadaires. À l’issue pourront débuter les essais sous vapeur nucléaire, essais qui voient la production de vapeur via le générateur de vapeur de la chaufferie puis son utilisation par les turbines au niveau de la machine du SNA.
L’ensemble des essais à quai et leur validation a permis au dernier né des SNA de la classe « Suffren » d’être prêt pour une première sortie à la mer à partir du 24 février. Preuve que ce travail collectif qui lie les différents industriels, qu’ils soient concepteurs ou intégrateurs, et les organismes étatiques, du CEA à la Marine nationale en passant par la Direction générale de l’Armement (DGA), gagne en efficacité, les essais du De Grasse ont été réalisés sur le DME en 9 mois là où sur le SNA Tourville, 12 mois avaient été nécessaires. En sus, premier bâtiment du « Batch 2 », il bénéficie par rapport aux trois précédents de la série de plusieurs évolutions technologiques et capacitaires.
En mer, la chaufferie et la machine seront de nouveau testées, dans les configurations d’exploitation normales mais aussi pour observer leur comportement lors d’appels de puissance ou durant des transitoires, tel le passage de la vitesse maximale à l’arrêt de la ligne d’arbre. In fine, dans le cadre de la première phase de la Vérification des Caractéristiques Militaires (VCM1), l’équipage et les industriels présents à bord confirmeront la capacité du De Grasse à naviguer dans l’intégralité de son domaine d’immersion-vitesse mais aussi à mettre en œuvre les installations de son système de combat (sonar, communications, lancement d’armes…). Leur bonne réalisation s’associera à la livraison du bâtiment à la DGA puis à la réception par la Marine nationale avant que l’autre équipage débute la deuxième phase de la VCM portant davantage sur l’endurance à la mer du sous- marin.
