Séminaire du guerre navale : la pratique du wargame, servir sur un plateau

Publié le 05/02/2026

Auteur : ASP Clara Molinas

Fin 2025, la première édition du salon du wargame s’est tenue en clôture du séminaire de guerre navale, organisé à Toulon par le centre de combat naval (C2N).

Un salon original conçu pour faire connaître et rayonner la pratique du wargame au sein de la Marine. La rédaction de Cols bleus s’est glissée parmi les participants afin de décrypter l’intérêt stratégique du « jeu de guerre ».

Depuis l’Antiquité et sur chaque continent, la guerre a été théorisée. Mais c’est en Inde au vie siècle qu’émerge le Chaturanga, jeu de plateau, dont les pièces représentent différents types d’unités guerrières, et ancêtre des échecs européens. À la fin du xviiie siècle en Europe, ce sont d’abord des hommes de science qui reproduisent des batailles, pour le plaisir, afin de visualiser les tactiques utilisées et de formuler de nouvelles possibilités de manœuvres. À la suite de la défaite de la Prusse face à Napoléon 1er, un duo père/fils d’officiers prussiens présente leur prototype de Kriegsspiel (« jeu de guerre ») au chef d’état-major de l’armée avec le soutien du prince Guillaume. Le jeu rencontre un franc succès dans les corps militaires, et se diffuse sur le continent, notamment grâce à l’enchaînement de victoires prussiennes de 1864 à 1871. Son équivalent naval, le « Fred Jane Naval Wargame » est adopté par la Royal Navy, la marine russe ainsi que la marine japonaise, qui s’en servait activement jusqu’à sa capitulation en 1945.

La Marine entre en jeu

 

Contrairement à l’armée de Terre, la Marine n’a pas immédiatement pris le virage du wargame tactique. Dans un environnement stratégique marqué par le retour des affrontements, la France promeut le jeu de guerre au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Pour nos camarades terriens, cette dynamique est animée par le bureau Jeux de Guerre, créé en 2022 et porté par le commandant (CDT) Antoine. « Il a fallu se détacher de l’idée que le jeu, c’est pour les enfants », nous explique-t-il. Ce sont les reconstitutions de batailles passées qui ont mis le pied à l’étrier à ce grand passionné d’histoire. Certes ancré dans la mémoire militaire, le wargame n’en est pas moins un outil didactique résolument tourné vers l’avenir. En 2020, le Major général de la Marine a désigné le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) comme tête de chaîne du wargaming dans la Marine. La division entraînement de la Force d’action navale, puis le C2N et le capitaine de frégate (CF) Thomas s’inscrivent dans cette chaîne en créant « Première Salve », en collaboration avec le CESM, le Centre d’interprétation et de reconnaissance acoustique (CIRA) et l’École du combat naval (ECN).

 

 

Testé au salon du jeu de guerre par une vingtaine d’officiers, le jeu « Première Salve » a été créé par les marins et pour les marins. « Nous partons d’un constat simple, précise le CF Thomas. Nous disposons d’une bibliothèque tactique assez faible, on ne peut pas organiser un exercice de grande envergure comme Polaris dès qu’on veut simuler un affrontement. » Dans un wargame comme sur le terrain, le hasard existe et les contingences matérielles pèsent. Véritable école de modestie, on y apprend à composer avec l’incertitude. « Comme les communications sont les premières à être coupées au combat, le jeu permet d’améliorer notre connaissance mutuelle, de comprendre les inter-composantes pour développer des synergies et gagner en efficacité dans la perspective d’un combat naval. » Une vision partagée par le CDT Socrate du 2e régiment d’infanterie de Marine (RIMa) : « Se retrouver autour d’une table de jeu nous oblige à nous poser les bonnes questions, à penser à tous les scénarios, et les tester du débarquement au ravitaillement. On ne peut évidemment pas prédire l’avenir, mais on peut l’anticiper et s’y préparer. » Préparer l’avenir rime aussi avec formation, les élèves officiers commencent à intégrer la pratique du jeu de guerre dans leur cursus, une innovation dont la pérennité doit continuer de croître.

À partir de 2026, le C2N lance le Wargame Naval Tour, une série d’événements centrés autour du wargame dans tous les ports de métropole (Paris inclus). Il s’agira non seulement de soutenir le déploiement de « Première Salve » en faisant découvrir l’outil et en formant des animateurs mais également de démocratiser la pratique du wargame au sein de la Marine. Ainsi, l’expression de « jeu de guerre » n’est plus un simple oxymore, mais un véritable outil didactique à mettre entre les mains des marins, nouveaux comme anciens.

Le wargame : quèsaco ?

Le jeu de guerre, ou wargame, est une simulation d’affrontement entre deux ou plusieurs camps sur plateau avec des objectifs militaires clairs. Détruire, conquérir ou encore tenir une ligne de front, le wargame incarne l’art de la décision. C’est une modélisation du réel qui ne cherche pas à imiter la guerre, mais à l’éclairer de manière ludique. Grâce à ses règles précises et vraisemblables, le jeu immerge les participants dans un imaginaire crédible, parfois même prémonitoire. Qu’il soit stratégique, tactique ou opérationnel, le wargame est un laboratoire où sont testées non seulement la lecture du terrain, l’organisation mais aussi la capacité de prise de décision du joueur.