Reporter d’images Marine : sous la protection de sainte Véronique
Publié le 04/02/2026
Pour célébrer la patronne des photographes des Armées et de l’ECPAD, Cols bleus braque les projecteurs sur la spécialité « Reporter d’images Marine » avec le témoignage du premier maître Simon.

Le 4 février marque la sainte Véronique, protectrice des photographes des Armées et de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD). La sainte Véronique trouve ses origines dans la tradition chrétienne : Véronique aurait essuyé le visage du Christ sur le chemin de croix, le visage de Jésus s’imprimant alors sur le voile. Cela aurait donné naissance à la toute première image non issue de la main d’homme : on parle d’image « acheiropoïète [1]». À travers ce geste, c’est déjà l’idée d’une image témoignage qui se dessine : fixer le réel, révéler un visage, garder la trace d’un instant de vérité. C’est pour cette raison que sainte Véronique est aujourd’hui reconnue comme la patronne des photographes, reporters et vidéastes.
Dans les Armées, cette mission de témoignage et de mémoire s’inscrit dans une histoire plus que centenaire. Héritier des sections cinématographiques et photographiques créées en 1915, l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) est à la fois le centre d’archives et de production audiovisuelle du ministère des Armées. Sa vocation est double : appuyer la communication institutionnelle et constituer une mémoire visuelle durable, au service de l’histoire et de la formation.
Avec près de 15 millions de photographies et 100 000 heures de films, l’ECPAD conserve les images des engagements des forces armées françaises, de la Première Guerre mondiale à nos jours. Un patrimoine vivant, continuellement enrichi par la production des reporters militaires engagés au plus près des opérations.
Au sein de la Marine nationale, ces femmes et ces hommes sont appelés reporters d’images Marine (REPIM). Le premier maître Simon est l’un d’entre eux. À travers son regard et ses images, il nous raconte sa Marine, entre engagement opérationnel, exigence du témoignage et devoir de mémoire.
Quel est votre parcours ?
PM Simon : Je me suis engagé en 2007 en tant que matelot photographe audiovisuel, aujourd’hui reporter d’images Marine, en recrutement externe. Ma première affectation a été l’ECPAD, où j’ai travaillé pendant trois ans comme caméraman. C’est là que j’ai appris le métier, au plus près des opérations, notamment lors d’une première OPEX en Afghanistan, mais aussi à travers des tournages menés aux quatre coins du monde.
J’ai ensuite rejoint le SIRPA Marine pendant deux ans et embarqué pour la mission Jeanne d’Arc 2012. Cette mission m’a permis de découvrir pleinement la vie de marin embarqué, le rythme a la mer et les escales qui ponctuent la mission. J’ai ensuite été affecté en Martinique, en tant qu’unique photographe des forces armées aux Antilles, sur un poste interarmées très varié. De retour en métropole, j’ai rejoint le groupe image Méditerranée à Toulon, avant de revenir au SIRPA Marine, où je suis aujourd’hui l’adjoint du chef du bureau images.
Avez-vous un souvenir marquant en tant que reporter d’images ?
PM. S : Mon expérience la plus marquante reste mon passage à l’ECPAD avec notamment l’engagement en OPEX en Afghanistan et au Mali. En opération, ce qui compte le plus, davantage que de rapporter des images, c’est prendre en compte l’environnement dans lequel on évolue, être à l’aise avec son armement et les procédures pour être autonome sur son autoprotection et ne pas être une contrainte pour les unités. C’est ainsi que l’on se fait accepter et que l’on devient légitime. Au-delà de faire des belles images, il faut être un bon soldat.

Au-delà de faire des belles images, il faut être un bon soldat
Comment s’exerce le métier de REPIM lorsqu’on est en OPEX ou embarqué ?
PM. S : En étant embarqué ou en OPEX, nous sommes souvent seuls. Une grande partie du travail consiste donc à se faire accepter par l’équipage ou la section avec qui on évolue. Il faut sans cesse montrer patte blanche et réexpliquer notre rôle, nos missions. Il faut réussir à démonter les préjugés sur ce métier qui fait rêver mais qui suscite aussi beaucoup de fantasme.
Cette profession demande discrétion et autonomie, comment faites-vous concrètement ?
PM. S : Il faut être discret sans être effacé. Le fait de porter le même uniforme, de partager le quotidien et d’être, malgré tout, un soldat comme les autres, avec les mêmes contraintes de sécurité et d’autoprotection, change le regard porté sur nous. Le respect de ce que l’on nous confie est essentiel.
Quelles sont les coulisses des missions que vous faites ?
PM. S : Le travail ne se limite pas à la prise de vue. Il y a le traitement des images, l’archivage, le montage. Les images peuvent servir à communiquer, mais aussi à documenter une opération ou à constituer des archives destinées à des films ou des documentaires, parfois plusieurs années plus tard.
Les images d’aujourd’hui sont les archives de demain
Que pensez-vous de la photographie comme vecteur de communication ?
PM. S : Il n’y a pas de communication sans image. Aujourd’hui, tout est visuel, notamment avec la montée des réseaux sociaux. La photographie est un témoin essentiel, pour le présent comme pour les générations futures.
Il n’y a pas de communication sans image
Quel message voulez-vous faire passer à travers votre métier ?
PM. S : Les images produites par la Marine servent à communiquer, à contrer les mensonges et à constituer la mémoire de demain. La mission suprême est de mettre en avant l’humain au cœur du système : témoigner de ce que vivent les soldats, parfois dans des contextes extrêmes, et en garder une trace fidèle pour l’Histoire.
[1] Achéiropoïète est une image qui apparaît toute seule, sans qu’un humain l’ait dessinée, peinte ou fabriquée.
