Rencontre avec le contre-amiral Guillaume Pinget, ALPACI et COMSUP FAPF

Publié le 17/11/2025

Auteur : Nathalie Six

Le commandant supérieur des forces armées de la Polynésie française et des zones maritimes océan Pacifique et Polynésie française nous accorde une interview exclusive.

Portait du CA Guillaume Pinget

Garantir la sécurité des Français malgré la tyrannie des distances

Amiral, quel est le périmètre de vos responsabilités ?

Contre-amiral Guillaume Pinget : Je dirige les formations des trois armées stationnées en Polynésie française, ainsi que les directions et les services, soit 1 300 militaires. Ma zone de responsabilité maritime se divise en deux aires. La première est un territoire grand comme l’Europe, avec 118 îles, donnant une Zone économique exclusive (ZEE) de 5,5 millions de km2, qui inclut Clipperton situé à près de 5 000 km de Tahiti. Je suis également responsable de la surveillance des anciens sites d’expérimentation nucléaire, à Mururoa et Fangataufa. La seconde aire s’étend de l’Indonésie au Chili, à l’exclusion de la Nouvelle- Calédonie.

Comme se décline votre action et celle des armées dans votre zone ?

CA G. P. : Notre action s’articule autour de trois cercles d’influence. Le premier est national. Notre mission consiste à garantir la souveraineté française sur l’ensemble de la ZEE et à assurer des missions de service public (police des pêches, secours aux populations…).

Le deuxième cercle, régional, repose sur une coopération renforcée avec les États insulaires du Pacifique. Ces pays sont confrontés à des défis sécuritaires majeurs (risques climatiques, environnementaux et à la protection de leurs ressources maritimes).

Le troisième cercle s’étend à l’Asie-Pacifique, un espace marqué par la rivalité Chine/États-Unis. Au nord, la présence de la Russie et de la Corée du Nord introduit des enjeux critiques, tels que la prolifération nucléaire, et le contournement des sanctions internationales faisant le trait d’union avec le théâtre européen. Au Sud, les enjeux sont liés à la sécurité maritime et aux risques environnementaux. Enfin, j’entretiens des relations militaires bilatérales avec une trentaine de pays, dont douze États insulaires du Pacifique, afin de renforcer notre influence.

Comment est le moral des forces armées françaises dans votre zone en ce moment ?

CA G. P. : Excellent. La Polynésie est un territoire extraordinaire et très accueillant. Néanmoins, je retiens quatre points d’attention : le travail des conjoints, la cherté de la vie (et l’accès aux loisirs), et l’éloignement associé à l’insularité qui peut exacerber les difficultés. à noter que chaque année, environ 600 jeunes Polynésiens rejoignent les armées, ce qui, rapporté à sa population, fait de ce territoire le premier milieu de recrutement pour les armées.

En 2026, quels seront les jalons phares ?

CA G. P. : Le déploiement de la mission Jeanne d’Arc dans ma zone de responsabilité Asie- Pacifique. L’exercice biannuel des forces armées en Polynésie, Marara 2026, en juin, exercice multinational à vocation humanitaire ; le déploiement Pégase de l’armée de l’Air et de l’Espace et enfin l’accueil du Western Pacific Naval Symposium en novembre.