Regards croisés : deux pachas à la barre de la Jeanne
Publié le 11/06/2026
Ils sont à la barre des deux bâtiments qui composent le groupe Jeanne d’Arc 2026.

Le capitaine de vaisseau (CV) Jocelyn Delrieu commande le groupe et le porte-hélicoptères amphibie Dixmude, tandis que le CV François Garreau commande la frégate de type La Fayette Aconit. En plein déploiement, ils ont accordé un entretien exclusif à Cols bleus pour comprendre les caractéristiques de cette édition 2026.
Quels souvenirs et enseignements gardez-vous de votre propre JDA ? Quelle importance la transmission revêt-elle à vos yeux ?
Capitaine de vaisseau Jocelyn Delrieu : Pour ma part, c’était en 2002-2003, cinq mois à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc naviguant de conserve avec la frégate Georges Leygues. Ce fut un moment unique, dont je garde un souvenir vif et des liens de camaraderie forts. Aujourd’hui, je vois dans les mains des midships les mêmes carnets que ceux que nous tenions, je reconnais dans les mots de leurs instructeurs la même exigence. Cette transmission est essentielle parce qu’elle prépare la Marine de demain.
Capitaine de vaisseau François Garreau : C’était en 2006-2007, également sur la Jeanne d’Arc toujours accompagnée du Georges Leygues. Une grande partie de mes souvenirs est liée à la découverte des pays de l’océan Indien et de l’Asie du Sud-Est. Je n’avais jamais quitté l’Europe auparavant. J’ai par ailleurs tiré de nombreux enseignements de l’observation des officiers qui servaient sur les deux bâtiments, ce qui m’a permis de construire ma personnalité d’officier. Et c’est à mon tour de transmettre maintenant !

Qu’est-ce que cela représente de commander aujourd’hui un navire qui embarque les officiers-élèves ?
CV J. D. : Je dis souvent à mes marins de se préparer à prendre la place de leur chef. Sans attendre, il leur faut consolider leurs compétences techniques, leur autonomie, leur prise d’initiatives pour se préparer à commander. C’est aussi ce que je demande aux officiers-élèves qui seront dès cet été aux responsabilités et que nous laissons autant que possible à la manœuvre, en saluant leurs succès, en débriefant leurs erreurs. Ils prennent de l’épaisseur, gagnent en légitimité jusqu’à laisser paraître le chef en devenir.
CV F. G. : C’est à la fois une grande fierté et une responsabilité. C’est la première mission de ce type pour l’Aconit depuis 2015. Cela a nécessité quelques aménagements pratiques avant de pouvoir accueillir les officiers-élèves. L’essentiel a été de comprendre leurs particularités, liées à leur jeunesse et à la mission de formation, pour que l’intégration se passe bien, ce qui a été le cas jusqu’à présent pour chaque escouade venue à bord.

Il y a un enjeu d'adaptation capacitaire et un enjeu d'organisation pour assurer une formation d'excellence à des midships, chaque année plus nombreux.
Quelle évolution avez-vous perçue entre votre JDA et celle que vous accueillez actuellement ?
CV J. D. : La mission Jeanne d’Arc navigue sur quelques amers solides : dans la continuité de la formation délivrée à l’École navale, elle met les midships au contact de nos équipages, pendant cinq mois sur nos théâtres d’opérations, pour une mission qui, loin d’une école embarquée, est une véritable école d’application. Néanmoins, comme toute mission opérationnelle dans ce contexte international singulier, la mission impose des entraînements plus exigeants, nous confronte à des environnements plus durs. Nos midships avaient sans doute cela à l’esprit lorsqu’ils tenaient le poste de mise en garde dans le détroit de Bab-el-Mandeb, alors que le conflit au Moyen-Orient secouait sérieusement la région.
CV F. G. : La principale évolution tient effectivement à celle du contexte international qui s’est durci. Même si les missions Jeanne d’Arc ont toujours eu un volet opérationnel, celle-ci se caractérise par une cinématique au cœur des enjeux du moment. Le bénéfice pour les officiers-élèves a été immense lors du franchissement de Bab-el-Mandeb, que ce soit dans l’intégration à la planification de cette phase, et dans la conduite. Ils ont pris conscience que la préparation d’un bâtiment de combat devrait couvrir les trois points suivants : l’organisation, la technique et l’humain. Pour le reste, la mission de formation garde ses fondamentaux, avec un état d’esprit de transmission qui perdure.
Quels changements imaginez-vous pour les futures JDA ?
CV J. D. : Que la mission Jeanne d’Arc puisse encore répondre à la fois aux besoins opérationnels et de formation ! Il y a là un enjeu d’adaptation capacitaire et un enjeu d’organisation pour assurer une formation d’excellence à des midships, chaque année plus nombreux et attendus avec impatience par leurs premières unités. Quant à moi, je chercherai à ramener à chaque retour de mission un équipage meilleur qu’il ne l’était à l’appareillage. Comme le feront bientôt nos midships à bord de leur première unité.
CV F. G. : Le volume des promotions devrait rester à un haut niveau dans les années à venir, c’est sans doute le principal défi qui nécessitera des évolutions du format de la mission Jeanne d’Arc.