Qu'est-ce que la communication stratégique vue de l'OTAN ? A l'heure de la guerre informationnelle
Publié le 13/04/2026
Alliance politique et militaire dont la finalité est la défense de ses États-membres, l’OTAN est aussi confrontée à une guerre informationnelle.

Il lui faut s’adapter, d’une part à la situation géopolitique et, d’autre part, à des actions de désinformation lancées par ses adversaires et compétiteurs. Pour que le public puisse se faire une idée juste et comprendre les objectifs de l’Alliance, une communication stratégique (StratCom) est indispensable. Explications.
Les États membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord doivent communiquer à leur opinion publique. Les compétiteurs ne s’embarrassent pas de telles précautions, contrôlant bien souvent l’accès à l’information de leurs citoyens par le blocage d’Internet ou la restriction de l’accès aux médias internationaux. Ils n’hésitent pas, généralement sous de fausses identités ou en utilisant des « proxies », à désinformer ou détourner l’attention afin de manipuler l’opinion publique pour saper le moral des populations. Cela fragilise la cohésion des membres de l’OTAN, ralentit le processus décisionnel en créant du doute et de la méfiance, et in fine nuit à la crédibilité de l’Alliance. Ces activités hostiles sont facilitées par le fait que ces opposants s’affranchissent sans complexe des valeurs de liberté et de démocratie, et par le fait qu’ils maîtrisent la manipulation du cyberespace et des réseaux sociaux.
La StratCom, un outil d’influence
Faire usage de la communication dans un but stratégique n’est pas nouveau : Jules César écrivit La Guerre des Gaules pour appuyer sa position politique à Rome, Napoléon 1er utilisait le bulletin de la Grande Armée comme instrument de propagande. Ils avaient ainsi le contrôle de leur récit. Aujourd’hui n’importe qui peut le détourner, consciemment ou inconsciemment, en postant une image ou une vidéo. C’est pourquoi l’OTAN s’est dotée d’une politique de communication stratégique depuis 2009 et revoit sa doctrine, tous les trois ans avec des ajustements intermédiaires si nécessaire.
Organiser la prise de parole et le récit
Approuvées par le conseil de l’Atlantique Nord, les directives-cadre StratCom évoluent naturellement en fonction de la situation géopolitique et des politiques décidées par l’Alliance. Elles sont ensuite déclinées au niveau opérationnel en orientations et plans. Ces derniers sont mis en œuvre par tous les échelons de commandement et intégrés dans la planification, l’exécution et l’appréciation des activités militaires. Au sein de chaque état-major de commandement ou de force de l’Alliance, un département StratCom J10 a été créé. Son rôle est de conseiller le commandement et de soutenir les autres divisions de l’état-major sur ce thème. Son action s’articule sur trois axes.
Le premier : comprendre. Définir le public concerné et ciblé par les opérations militaires que l’on va mener. Quelles attitudes et comportements souhaite-t-on voir cette audience adopter ? Quels effets souhaite-t-on produire pour y arriver ? Et quelles actions doit-on alors planifier en termes d’activités opérationnelles ? Comment vont être perçues les actions de la Force, les prises de paroles, les images diffusées ? Et enfin, comment suivre et mesurer un éventuel changement de comportement ?
Le deuxième : planifier. Il s’agit là de s’assurer que les actions et activités militaires intègrent, dès l’origine, les directives et orientations de communication de l’OTAN. C’est-à-dire que les opérations planifiées soient cohérentes avec le récit stratégique de l’Alliance. Qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, qui pourraient être immédiatement exploité par les compétiteurs pour mettre à mal la réputation de l’Alliance et in fine sa cohésion.
Enfin, dernier axe : conduire et évaluer. La branche StratCom J10 est chargée de communiquer sur l’opération ou les actions menées par les forces militaires, mais aussi de mener des actions psychologiques sur une audience approuvée selon un processus défini. Grâce a sa branche « Info Ops », le J10 assure la coordination, la synchronisation, la cohérence des actions militaires menées avec le narratif défini et les effets cognitifs désirés sur l’audience ciblée. Il peut également demander la planification d’actions militaires, donner des directives de posture et de présence aux moyens impliqués, voire monter un exercice militaire pour créer les effets désirés. Ne dit-on pas que le déploiement du porte-avions, ce sont 42 000 tonnes de diplomatie projeté.
Les exemples de Neptune Strike et Baltic Sentry
Neptune Strike, un exercice effectué par des groupes aéronavals ou amphibies par les états-majors de l’OTAN, permet de démontrer au public allié que nos forces sont capables d’agir ensemble. Aux compétiteurs, elle indique la puissance démultipliée de nos forces quand elles sont coordonnées.
Début 2025, face aux différents incidents survenus en mer Baltique sur des câbles et des conduites de gaz sous-marins, le Secrétaire général de l’OTAN a annoncé le lancement de l’opération Baltic Sentry. Elle porte les messages stratégiques suivants : l’action coordonnée des Alliés contribue à la sécurité des infrastructures sous-marines critiques vis-à-vis des actions de malveillance potentielles. Afin de préserver nos lignes de communication et les échanges énergétiques, la surveillance et les patrouilles permettent d’identifier et, le cas échéant, de demander des comptes aux responsables d’activités endommageant ces infrastructures. Pour rassurer l’opinion publique et dissuader ses compétiteurs, ces messages ont été renforcés par des actions de communication opérationnelle menées par l’Alliance : conférences de presse, embarquement de médias, campagnes de communication sur les réseaux sociaux mais également d’autres actions hors communication opérationnelle : des rencontres à haut niveau sur le sujet (Key leader engagement, dans le jargon OTAN), la planification d’escales à des lieux et moment précis pour soutenir ou rassurer certains alliés, etc.