Quel programme industriel pour le France Libre ?
Publié le 31/07/2026
Le lancement du projet PA-NG est synonyme de moyens hors normes mis en place. Quésaco ? En plus de trois maîtres d’œuvre principaux, 800 entreprises ou fournisseurs sont concernés.

Di Sante
C’est au cœur de la Savoie que seront fabriquées les portes des hangars du porte-avions France Libre. Les collaborateurs de la société familiale Di Sante, implantée sur la commune de Saint-Jean de Maurienne (73) auront pour tâche de les usiner. « Ce n’est pas nouveau pour nous de travailler avec la Marine, indique Damien Di Sante, le directeur général. Notre entreprise est spécialisée dans la fabrication et l’usinage de pièces de grandes dimensions, souvent uniques, comme des panneaux de porte arrière de frégates pour la mise à l’eau de sonars, des systèmes de manutention d’armes volumineuses ou encore de mâts de périscopes. En 2024, nous avons été sollicités pour participer à la construction du France Libre et les premières commandes nous ont été passées au mois d’avril dernier. Ce projet va nous donner du travail pour dix ans. Dès l’année prochaine cela va se voir, la taille de nos ateliers va passer de 15 à 23 000 m2. Nous projetons d’acheter de nouvelles machines comme un tour vertical d’un diamètre allant jusqu’à neuf mètres. » L’entreprise va devoir également embaucher. « Dès aujourd’hui nous recrutons. Nous cherchons des chaudronniers, des usineurs, des soudeurs ou des monteurs mécaniques. Idéalement expérimentés, mais comme peu d’écoles forment à ces métiers la ressource est rare. Raison pour laquelle nous sommes prêts à prendre des débutants dont nous assurerons la formation. Chez nous, un usineur expérimenté travaillant 39 heures par semaine peut toucher jusqu’à 4 000 euros net par mois. Il y a beaucoup d’entreprises entre nous et le littoral, si la Marine s’adresse à nous c’est sans doute parce que nous ne sommes pas mauvais », conclut avec une pointe d’humour Damien Di Sante.
Far Water
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, Far Water est proche de l’eau. Installée le long de la Moselle, au sud de Nancy, sur la commune de Messein (54), cette société d’une dizaine de collaborateurs, est devenue depuis sa création en 1993, une référence en matière de construction de séparateur d’eau de cale. « Lors de la construction du Charles de Gaulle, j’ai interrompu mes études quelques semaines pour aider mes parents à installer à bord le séparateur d’eau de cale qu’ils avaient réalisé, cela m’avait marqué, se souvient Loïc Pauly, l’actuel président qui a repris l’entreprise familiale en 2020. Le dispositif que nous allons installer à bord du France Libre sera capable de traiter 500 litres d’eau de cale polluée à l’heure. C’est pour nous un petit système, nous avons l’habitude d’en produire de plus gros pour les cargos à propulsion thermique qui génèrent plus d’eau polluée qu’une propulsion nucléaire. Notre procédé de filtrage étant capable de différencier jusqu’au niveau moléculaire, dans l’eau une fois filtrée, nous pouvons garantir moins de deux mg d’hydrocarbures par litre. » Un avantage indéniable pour le France Libre en matière de réduction de son impact sur l’environnement. « Ce n’est pas avec ce marché que nous allons gagner le plus d’argent, précise Loïc Pauly, en revanche comme la commande est passée très en amont, cela nous offre une visibilité sur notre planning. Enfin, faire partie de cette aventure est à la fois une fierté et un formidable argument publicitaire pour nous ! »
Ce projet va nous donner du travail pour dix ans
Exavision
Les marins ne connaissent pas directement le nom d’Exavision, car en tant que sous-traitant ce qu’il fabrique fait partie de systèmes globaux assemblés par d’autres entreprises de défense. En effet, cette société d’une quarantaine de collaborateurs implantée à Milhaud (30) à la lisière de Nîmes, est spécialisée dans la conception et la production de caméras et de solutions optroniques de pointe, avec suite logicielle associée, pouvant résister à des conditions extrêmes. « Pour la Marine, nous fournissons surtout des systèmes de visées optroniques gyrostabilisés, explique Loïc Himmesoete le directeur des ventes de l’entreprise. Par exemple nous avons fabriqué le viseur des canons de 20mm Narwhal de Nexter (aujourd’hui KNDS), équipant notamment le Charles de Gaulle, les frégates multi-missions ou encore les patrouilleurs Antilles-Guyane. » Entreprise familiale créée en 1990, Exavision travaille pour la Marine depuis ses origines et fait partie depuis 2021 de INEO Défense (groupe Equans). « Nos produits étaient déjà présents sur les frégates de type F70, explique Loïc Himmesoete. Récemment, nous avons équipé les bâtiments ravitailleurs de forces et les frégates de défense et d’intervention (FDI) avec l’une de nos solutions, basée sur un effecteur acoustique, un « canon à son », un armement non létal. Un tiers de nos collaborateurs sont des ingénieurs qui innovent en permanence. Nos produits sont tous conçus, fabriqués, assemblés et testés dans nos ateliers. Nous n’avons pas encore reçu de commande concernant le France Libre, mais c’est normal, il est encore trop tôt. Nous savons qu’il s’agira d’un petit volume à produire mais cela aura beaucoup de valeur pour nous, en terme de réputation commerciale bien sûr, mais aussi parce que nous sommes fiers de participer à ce projet. J’espère que certains d’entre nous pourrons se rendre à bord pour effectuer les essais d’intégration des matériels. »

MBDA
Ce leader européen de la conception de missiles et de leurs systèmes va également intervenir dans la construction du France Libre pour armer les aéronefs du groupe aérien comme pour assurer la défense du porte-avions. Cela nécessite de participer à l’aménagement de l’ensemble des soutes pour les différents types de missiles, et de prévoir leur cheminement jusqu’aux aéronefs. En ce qui concerne l’autodéfense aérienne, MBDA devra intégrer les systèmes de missiles Aster et Mistral ainsi que les systèmes nécessaires à leur mise en œuvre. Pour les missiles Aster, le choix est déjà fait. Ce sera la nouvelle génération de l’installation de tir reconfigurable (ITR), qui est déjà présente sur les frégate de défense et d’intervention et bientôt sur les frégates de défense aériennes et sur le Charles de Gaulle. « Comme le France Libre sera construit nativement autour d’une infrastructure numérique de gestion de la donnée entièrement nouvelle, explique Bruno, ingénieur en charge du projet chez MBDA, notre ITR devra pouvoir dialoguer directement avec elle en s’intégrant dans un éco-système beaucoup plus ouvert. C’est là le défi à relever. » Pour y répondre, MBDA devra recruter de nouveaux profils et renforcer ses équipes de recherche et développement. Objectif : développer les logiciels qui permettront à ses systèmes de s’intégrer au sein du cœur numérique du navire et d’en tirer le meilleur parti au combat. Pour Bruno, l’enjeu dépasse le seul France Libre. « Ce sera un moteur d’innovation, un bond technologique. Comme lors de l’arrivée du Charles de Gaulle, les solutions que nous allons inventer aujourd’hui deviendront les standards des vingt prochaines années. »