Prix Clemenceau, une « belle expérience » de l’art oratoire : entretien avec l’EO Hubert (École navale)
Publié le 19/06/2026
Depuis 2018, le Prix Clemenceau célèbre l’art oratoire et la transmission des valeurs militaires. Les élèves-officiers des grandes écoles militaires s’y affrontent. Leurs seules armes : les mots.

Prendre la parole devant un jury d’experts sur des sujets liés aux enjeux de défense, c’est le défi que relèvent les participants au Prix Clemenceau. Finaliste de la 7e édition et représentant de la Marine nationale, l’élève-officier (EO) Hubert, de l’École navale, revient sur ce concours d’éloquence interarmées hors du commun : la préparation, le stress, les 12 minutes de questions, et ce que l’on en retire bien au-delà d’un simple classement. Une rencontre qui donne envie de se lancer !
Pour la finale de la 7e édition qui s’est déroulée le mercredi 20 mai 2026 devant un jury prestigieux présidé par la ministre des Armées et des Anciens combattants Catherine Vautrin, les six finalistes, sélectionnés parmi un total de 14 participants, se sont affrontés sur trois sujets :
- Le service national peut-il réconcilier les générations françaises ?
- La vérité est-elle la première victime de la guerre ?
- L’engagement militaire peut-il gommer tous les genres ?
L’EO Hubert devait répondre par la négative à la question : « Le service national peut-il réconcilier les générations françaises ? ». Pour Cols bleus, il raconte cette expérience incroyable qu’a constitué ce concours d’éloquence.
Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer l’École navale ?
EO Hubert : C’est avant tout un désir profond de servir le pays qui m’a conduit vers l’École navale. J’ai toujours eu une vocation militaire, depuis tout petit. La visite d’une base navale à Toulon a été un déclencheur : j’y ai découvert la diversité des métiers, la technicité et la rigueur qui caractérisent les marins, et j’ai su que c’était là que je voulais m’engager.
Pourquoi avez-vous participé au Prix Clemenceau ?
EO H. : J’avais envie de me tester, d’essayer un défi de taille auquel je ne m’étais jamais confronté. J’en avais entendu parler à l’École navale lors de la recherche des volontaires pour les qualifications internes, même si j’avais déjà vu quelques vidéos sur YouTube.
Vous avez eu une semaine pour rédiger votre discours pour la finale. Quelle a été votre démarche ?
EO H. : Je commence toujours à noter mes premières idées lorsque je reçois le sujet et à bien baliser le terrain et ses limites. Ensuite, je m’intéresse aux points de tension de la question, ici dans la notion de « réconciliation » des générations. Puis, je commence à travailler sur l’ébauche d’un plan après avoir au préalable bien défini tous les termes du problème. Enfin, je m’attèle à la rédaction au propre et je la reprends le lendemain à tête reposée pour corriger les répétitions, changer quelques mots, etc.
Vous deviez défendre la négative. À quel point ce discours vous ressemblait-il personnellement ?
EO H. : Il n’est pas aisé de défendre un point de vue sans nuance apparente, car les questions que l’on nous soumet méritent bien mieux qu’un oui ou un non ! Néanmoins, même si la réponse négative m’a paru difficile à défendre au début, en réfléchissant plus profondément, je me suis rendu compte que je n’étais pas mécontent d’avoir ce point de vue.
Etiez-vous stressé ou à l’aise pendant la séance de questions ? Avez-vous douté de votre position ou de votre argumentation ?
EO H. : Les questions sont la partie la plus coriace de cet exercice puisque rien n’est préparé. Ayant été tiré au sort pour passer en 1er, je ne savais pas quel serait le style des questions du jury, qui n’a pas hésité à me pousser dans mes retranchements pour avoir des clarifications, et ce pendant près de 12 minutes !
Entre votre premier et deuxième passage, qu’est-ce qui a changé chez vous ?
EO H. : Si l’on souhaite parler d’évolution, peut-être serait-elle dans la manière d’aborder les sujets, avec cette méthode rigoureuse qui est encore plus nécessaire en finale. En outre, il faut anticiper au maximum les potentielles questions pour ne pas être complètement déstabilisé par le jury.
Éloquence ne doit pas rimer avec verbiage
Que vous a apporté votre participation à ce concours ? Portez-vous un nouveau regard sur la réalité du monde militaire ?
EO H. : La participation à ce concours m’a permis de me mesurer à des candidats de qualité sur des sujets divers et variés, et de me confronter à un jury qui essaie de vous pousser dans vos retranchements. Le prix Clemenceau m’a aussi appris à mieux gérer la pression face à un public avisé. Concernant le monde militaire, cela a été un réel plaisir de pouvoir échanger avec les autres candidats des différentes écoles militaires et partager de beaux moments de cohésion.
Dans son discours d’ouverture, la déléguée à l’information et la communication de la Défense, Olivia Penichou, affirme que « Celui qui impose son récit impose souvent son cadre de compréhension du monde, et celui qui laisse les autres raconter à sa place prend le risque d’être affaibli sans même avoir combattu ». Quelle place l’éloquence prend-elle dans l’art du commandement ?
EO H. : Bien se faire comprendre est la principale préoccupation dans l’exercice du commandement. Comment peut-on demander à des hommes de nous suivre, s’il le faut au péril de leur vie, pour une cause qu’ils ne comprennent pas ? En réalité, l’éloquence ne doit pas être un moyen de dissimuler mais une opportunité pour parler sans langue de bois, pour exprimer son point de vue de manière claire. Éloquence ne doit surtout pas rimer avec verbiage, c’est un écueil à éviter.
Avec du recul, quel sens mettez-vous derrière le service national ?
EO H. : Le service national constitue une manière de renforcer le lien Armées-Nation à travers une expérience militaire de 10 mois. Je crois sincèrement que les jeunes ont envie de s’engager et de sortir de leur zone de confort, et les armées ont proposé une offre qui s’adapte aux nouveaux besoins de notre époque. En cela, le nouveau service national saura proposer une opportunité pour découvrir les armées dans leur diversité.
C'est une belle expérience où l'on peut être réellement testé sur son aisance orale et ses capacités de réflexion
Quel message aimeriez-vous faire passer aux futurs officiers pour les convaincre de participer au Prix Clemenceau ?
EO H. : Il ne faut pas hésiter à se lancer, c’est une belle expérience où l’on peut être réellement testé sur son aisance orale et ses capacités de réflexion. Il serait dommage de se priver d’une telle opportunité et pour ma part, j’en garderai d’excellents souvenirs, qu’importe le résultat final.