Polynésie française : l'action de l'État en mer

Publié le 05/03/2026

Auteur : Nathalie Six

Explications du commissaire en chef de deuxième classe (CRC2) Alban.

Après avoir intégré le commissariat des armées en 2009, il participe à ses premières missions relatives à l’action de l’État en mer (AEM) à bord de la frégate de surveillance Prairial, en Polynésie française entre 2011 et 2012. Affecté entre 2017 et 2019 aux Antilles comme adjoint au chef du bureau AEM. Il a retrouvé, depuis l’été 2025, la Polynésie française, cette fois à la tête du bureau AEM.

RC2 A. : Les missions de l’action de l’État en mer (AEM) ne sont pas militaires par essence. Elles s’inscrivent dans la chaîne du Premier ministre, puisque cest une mission interservices et inter-administrations. Le cadre de l’AEM est régi par le décret n° 2005-1514 du 6 décembre 2005 relatif à l’organisation outre-mer de l’AEM, qui stipule qu’outre-mer, c’est le délégué du gouvernement pour l’AEM qui est à la tête de cette organisation. En Polynésie, c’est le Haut-Commissaire de la République qui occupe cette fonction (actuellement Monsieur Alexandre Rochatte, NDLR). Il est assisté par le commandant de la zone maritime de Polynésie française (CZM), le contre-amiral Guillaume Pinget.

C’est le bureau AEM qui provoque des réunions interservices (RIS) pour étudier les différents cas. Cette RIS est présidée par le Haut-Commissaire de la République, en présence du CZM, des services de renseignement français, de la Marine nationale en tant que pourvoyeur de moyens d’action opérationnels dans la zone ainsi que du Parquet de Papeete. En Polynésie française, contrairement aux Antilles, la Marine est l’unique service pouvant armer des bâtiments : frégate de surveillance, bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM), patrouilleur, sans oublier ses moyens aériens (Falcon 50, Guardian, Dauphin). Elle dispose également d’un accès à des outils d’imagerie satellitaire.

Que faites-vous si le bateau bat un pavillon étranger  ?

CRC2 A. : Pour la phase d’arraisonnement, de visite et de fouille, sans même parler de le dérouter à quai ou procéder à une judiciarisation à la demande du parquet, nous devons obtenir l’accord de l’État du pavillon (article 17 de la Convention de Vienne de 1988) en passant par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français. Il est également possible de demander à l’État du pavillon, un abandon de compétence juridictionnelle, pour que la France soit compétente pour juger l’intégralité de l’affaire, à savoir le navire, les stupéfiants mais également les personnes présentes à bord. Depuis 2016, nous sommes aussi en mesure de mettre en œuvre la procédure de dissociation qui permet d’apporter un traitement distinct entre la coque du bateau, l’équipage et les produits stupéfiants.

Y a-t-il des commissaires des armées sur chaque bâtiment de la Marine nationale ?

CRC2 A. : Oui du porte-avions jusqu’aux frégates, mais pas sur les plus petites unités. Le commissaire d’ancrage marine est un officier opérationnel à part entière. Soit il est affecté à bord du bâtiment, et prend part aux opérations à bord du navire visité (enquête de pavillon, contrôle des documents, tests sur les produits stupéfiants), soit il est à terre pour conseiller le commandement depuis le centre opérationnel compétent.

Lors des dernières opérations début 2026, vous étiez à bord des navires de la Marine nationale qui ont découvert plus de 9 tonnes de stupéfiants…

CRC2 A. : Sur la première opération mi-janvier 2026, le commissaire affecté à bord a conduit les étapes mentionnées ci-dessus. Grâce à l’OFAST, nous supposions qu’il y avait de la drogue sur ce navire, mais aucune indication particulière sur la cache. La fouille a duré de nombreuses heures car la drogue (96 ballots pour 4,8 tonnes) était vraiment très bien dissimulée, dans des caches aménagées à l’arrière du bateau. Une autre prise sur la base de renseignement de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), début février, a permis de découvrir 4,2 tonnes de cocaïne après plusieurs jours de recherche. La drogue se trouvait dans une maille vide, dans un compartiment qui était sous les soutes à gasoil. Les marins ont dû faire des transvasements de soutes, avec tous les dangers que cela comporte, mais avec un professionnalisme remarquable.

 

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