Pierre Landais : le capitaine oublié de la guerre d'indépendance américaine

Publié le 05/12/2025

Auteur : CV Vincent Guéquière

Par sa prodigieuse faculté à resurgir des abîmes dans lesquels son tempérament l’a maintes fois plongé, le marin Pierre Landais a participé sur mer aux événements qui ont jalonné le XVIIIe siècle.

Portrait du contre-amiral Pierre Landais

Il a participé sur mer aux événements qui ont jalonné le XVIIIe siècle, de la guerre de Succession d’Autriche à la Révolution, en passant par l’Indépendance américaine. Hélas, sa « mauvaise tête », pour reprendre les mots de Benjamin Franklin, a compromis sa postérité, et sa féroce rivalité avec John Paul Jones l’a condamné à l’infamie.

Né en 1734 à Saint-Malo, Pierre Landais débute sa carrière sur des corsaires pendant les guerres de Succession d’Autriche (1744-1748) et de Sept ans (1757-1763), à la fin de laquelle il rejoint la Marine royale en tant qu’officier bleu. Sa réputation lui vaut d’être engagé en 1767 sur l’Étoile pour accompagner Bougainville lors de son tour du monde. Il commande le bateau de découverte, mais est démis de ses fonctions pour avoir tiré sur des indigènes aux Nouvelles Hébrides.

Le prestige de cette circumnavigation va néanmoins accélérer sa carrière. Promu capitaine de brûlot en mars 1773, il prend, à Rochefort, le commandement du Flamand qui reste malheureusement à quai, avec de lourdes conséquences financières pour le Malouin. Cette source d’amertume devient fleuve lorsqu’il est envoyé fin 1775 à Brest comme lieutenant de port alors qu’une ordonnance royale sépare le corps des officiers de vaisseau de celui des officiers de port. Landais y voit une manœuvre du ministre Sartine pour lui nuire. Sa décision est sans appel : outré, il claque la porte de la Royale.

À la rencontre de Benjamin Franklin

En 1776, les États-Unis déclarent leur indépendance et missionnent Franklin en France. Landais va saisir sa chance. En mars 1777 lui est attribué, grâce à Beaumarchais, le commandement de l’Heureux. Ce navire, officiellement marchand, est en réalité chargé d’armes et embarque des passagers comme le baron prussien von Steuben, futur père de l’infanterie américaine. Pour augmenter ses chances d’échapper aux Anglais, mais aussi par esprit de revanche, il rebaptise l’Heureux en… Flamand, alors qu’il appareille de Marseille, en septembre. Ils atteignent le Massachussetts le 1er décembre après une traversée difficile, entre mutinerie et tempêtes.

 

Arrive l'état de grâce : Landais est naturalisé américain et le Congrès lui confie le commandement de l'Alliance

 

Landais déchante très vite. La Navy ne lui paie pas la récompense promise, ni ne lui attribue de commandement. Le contexte de la signature du traité d’alliance, l’appui de Steuben et de La Fayette après sa traversée réussie, vont retourner la situation. Arrive l’état de grâce : il est naturalisé américain et le Congrès lui confie le commandement de l’Alliance, une frégate en construction. Un rôle difficile pour un Français, catholique, au milieu de ceux qui étaient il y a peu ses adversaires. Le tempérament de Landais, qui nouera des relations exécrables avec son équipage, n’arrange rien.

Début 1779, l’Alliance rapatrie La Fayette en France. La traversée, marquée par une terrible tempête et une tentative de mutinerie déjouée non loin des côtes britanniques, est un nouveau succès qui va paradoxalement s’avérer fatal pour Landais. Tandis que la difficile gestion des mutins à Brest ajourne son retour en Amérique, La Fayette chante ses louanges à Franklin. Le docteur-ambassadeur décide alors d’envoyer l’Alliance à L’Orient et de placer Landais sous les ordres de Paul Jones, au profit duquel le roi met à disposition le BonhommeRichard et un escadron pour harceler les Anglais dans leurs approches. On n’aurait pu faire plus mauvais alliage.

La détestation de Landais pour Paul Jones est immédiate. Pour ne rien arranger, leur premier appareillage, en juin, se solde par un abordage entre leurs deux navires. Et tout ira de mal en pis jusqu’à la bataille de Flamborough Head, le 24 septembre, au cours de laquelle Paul Jones acquiert la gloire… et accuse Landais d’avoir tiré sur le Bonhomme Richard pour le couler. Les faits sont peu vraisemblables ; mais s’il est possible que le commodore y ait cru sincèrement, il est certain que c’était l’occasion de se débarrasser de l’encombrant Landais que Franklin, malgré ses doutes, relève de ses fonctions.

La colère du Malouin, qui conteste la légitimité de Franklin à prendre cette décision, va le conduire à un acte insensé et tragique. Instrumentalisé par Arthur Lee, ennemi intime de Franklin, il rejoint l’Alliance à L’Orient et profite de l’absence de Paul Jones pour en reprendre le commandement, en juin 1780, et appareiller pour l’Amérique. Si son retour est salué par ses hommes, très vite des tensions apparaissent. Elles aboutissent au naufrage intérieur de Landais qui est démis de son commandement, en mer. À l’arrivée de l’Alliance à Boston en septembre, il en est chassé, jugé et renvoyé de la Navy.

Landais revient en France en 1789, peu avant la Révolution. Les difficultés de la Marine et l’émigration des officiers lui offrent une réintégration au grade de capitaine de vaisseau, en juillet 1792. Il commande le Patriote, participe à l’expédition de Sardaigne, est promu contre-amiral en janvier 1793 puis prend la tête d’une division de l’escadre de Brest. Hélas, son tempérament s’accommode mal des excès de cette époque. L’indiscipline des équipages, sa défiance maladive, et les mutineries de Quiberon le conduisent à démissionner.

Sa fin de vie est un long purgatoire, qu’il passe aux États-Unis à mendier les primes qui ne lui ont jamais été versées. Il meurt à New-York en 1820 dans le dénuement.

 

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