Petit cours d'histoire de l'art : la peinture marine en 5 actes

Publié le 18/05/2026

Auteur : Bertrand de Sainte-Marie

Le conservateur en chef du patrimoine du Musée national de la Marine, Bertrand de Sainte-Marie, nous commente cinq peintures majeures de l’histoire de l’art, qui mettent en scène la Marine nationale.

 

 

Cette vue d’un port imaginaire du grand artiste Claude Gellée, issue des collections du musée du Louvre, est une commande de Philippe de Béthune, ambassadeur de France à Rome sous Louis XIII.

D’origine lorraine comme son nom d’artiste le souligne, le peintre déplace ici des édifices de Rome, comme le Campo Vaccino et le Forum, derrière le palais des Sénateurs, au bord de la mer. Un galion, une tartane et plusieurs voiliers dotés d’un gréement latin sont transcrits avec exactitude et attestent la maîtrise du peintre dans l’art maritime.

Recherchées par tous les princes et collectionneurs au XVIIe siècle, les oeuvres de Claude Gellée n’ont cessé de fasciner des générations de peintres de marines : Joseph Vernet, Turner, Théodore Gudin ou André Marquet.

 

 

Le célèbre peintre romantique Eugène Delacroix, par ce portrait historiciste du vice-amiral de Tourville, héros de la Marine royale au Grand Siècle, aborde les grandes figures militaires de l’histoire nationale, pour les galeries du château de Versailles que Louis-Philippe transforme en musée à partir de 1837.

 

Engagé dans les tirailleurs de la Seine, l’artiste est un peintre académique, passé par l’École des beaux-arts de Paris, qui s’est spécialisé dans des scènes de la vie militaire. Son inspiration maritime survient à la suite de l’expédition en Tunisie qu’il suit avec le peintre Detaille, en 1881. Cette scène à bord du Desaix, corvette en service de 1870 à 1894, appartient à ces scènes de la vie des marins à bord, rendues avec beaucoup de précision et de naturalisme. 

 

 

 

Cette toile est caractéristique des explorations colorées de l’art de Charles Lapicque (1898-1988), nommé Peintre officiel de la Marine en 1941, qui entend dépasser les limites de la vraisemblance académique et qui s’inscrit dans les mouvements artistiques d’avant-garde. Il se rattache cependant à l’expression du réel. Cette œuvre résulte de trois séjours sur l’aviso Commandant de Pimodan et le dragueur de mines Gazelle, en juin puis décembre 1958. Lapicque met en image des scènes de manœuvres au soleil couchant et de nuit qui donnent la possibilité d’atteindre des audaces chromatiques lumineuses.

 

Cette nocturne de manœuvres dans l’Atlantique est restituée de manière hyperréaliste, quasi photographique, par le Peintre officiel de la marine Michel Bez qui saisit la scène depuis la passerelle arrière. L’artiste embarque avec lui le spectateur à bord de l’escorteur d’escadre La Galissonnière, spécialisé dans la protection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.