Passage du cyclone Chido à Mayotte : l'archétype des opérations à dominante humanitaire (HADR)
Publié le 04/12/2025
Le 14 décembre 2024, l’île de Mayotte subissait de plein fouet le passage du cyclone tropical Chido.

Ce phénomène météorologique aux conséquences catastrophiques pour la population a donné lieu à une opération à dominante humanitaire (HADR). En effet, lorsque les moyens civils sont jugés « inexistants, inadaptés, insuffisants et indisponibles », les armées peuvent être sollicitées en complément des forces de sécurité civile. Un dispositif dans lequel la Marine nationale peut être sollicitée.
Le vendredi 13 décembre 2024 à 22h, Météo France déclenche une alerte cyclonique rouge. Depuis quatre jours, les équipes de prévision suivent une dépression tropicale en océan Indien et prévoient un passage de l’œil du cyclone sur Mayotte. La réalité a confirmé ces prévisions puisque celui-ci va toucher le nord de l’île dès le lendemain matin. Le cyclone Chido est alors classé en catégorie 4, boosté par un océan surchauffé, dont la température de surface avoisine les 30°C. Un scénario inédit à Mayotte depuis plus de 90 ans – même si l’île de la Réunion a connu des événements similaires voire plus intenses ces dernières années. Le passage du cyclone va être dévastateur.
Les rafales ont avoisiné les 250 km/h au nord de Petite-Terre et Grande-Terre, accompagnées de fortes pluies (176 mm, soit l’équivalent d’un mois de pluie en l’espace de 12 heures). Au large, les vagues dépassent les cinq mètres, les plus hautes pouvant atteindre neuf mètres. Ces données ne révèlent qu’une partie de la réalité puisque le réseau de capteurs météo a cessé d’émettre avant la fin de l’épisode cyclonique.
Chido a frappé en outre un territoire très vulnérable, où un tiers de la population mahoraise, environ 100 000 personnes, vit en habitat précaire. Résultat : toits arrachés, poteaux électriques au sol, hôpital dévasté… Dès la levée de l’alerte rouge, un premier avion de la sécurité civile décolle de La Réunion, distante de près de 1 500 km, acheminant matériel de secours et personnel médical.

Pour les situations d’assistance aux populations, comme les catastrophes naturelles telles que Chido, les armées peuvent être sollicitées en complément des forces de Sécurité civile selon la règle des « 4I », c’est-à-dire lorsque les moyens civils sont jugés inexistants, inadaptés, insuffisants et indisponibles. Ce type d’opérations se nomme ISU, pour interventions de secours d’urgence, ou HADR en anglais pour Humanitarian assistance and Disaster Relief. Pour faire face à la situation catastrophique, l’État choisit de mobiliser des moyens militaires.
Très rapidement, une chaîne de soutien nationale est créée. Premier objectif : mettre en place un pont aérien. Des A400M partent de la base aérienne (BA) 123 d’Orléans, pour certains dès le 14 décembre au soir, dans le but de rallier la BA 181 de La Réunion. Plus de treize tonnes de matériel d’urgence ainsi qu’une trentaine de membres de la Sécurité civile sont acheminés pour aider les forces sur place.
Le BSAOM Champlain a transporté à chaque rotation plus de 100 tonnes de vivres, d'eau et de matériel médical
Un hub logistique est mis en place à La Réunion ; il accueille puis livre le matériel médical et humanitaire, selon des rotations quotidiennes. Sur la mer, la Marine déploie en urgence plusieurs navires pour renforcer les capacités d’acheminement de fret. Le bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) Champlain transporte à chaque rotation plus de 100 tonnes de vivres, d’eau et de matériel médical. La frégate de surveillance Floréal, avec son hélicoptère Panther, participe également à l’opération. À terre, les opérations sont menées par les Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI). La brigade militaire de la Sécurité civile est fortement sollicitée.
Très rapidement, et de manière inédite, un bataillon de reconstruction – le BATREC AUROCH – est créé. Composé d’experts du 31e régiment du génie et placé sous le commandement du COMSUP FAZSOI, ces sapeurs, rompus aux situations de crises, évaluent les besoins et participent sur la durée à la reconstruction de l’île.
Cette catastrophe naturelle, n’a hélas rien d’exceptionnel : le cyclone Belal à La Réunion en janvier 2024 ou encore l’ouragan Irma, à Saint-Martin en 2017 avec des vents de 280 km/h avaient fait des dégâts. Ce dernier reste le plus coûteux de l’histoire moderne, les pertes sont estimées à plus d’un milliard d’euros pour les territoires français – et à près de 90 milliards de dollars au total. à titre de comparaison, le coût total des dégâts causés par le cyclone Chido a été évalué à près de 800 millions d’euros.
Avec le changement climatique en cours, les phénomènes extrêmes ne sont pas forcément plus nombreux mais plus intenses, soudains et souvent associés à des inondations, liés aux pluies ou aux vagues-submersion. La multiplication d’évènements extrêmes risque de mettre sous tension les moyens de Sécurité civile tout au long de l’année en fonction de la géographie et de la saisonnalité des outre-mers français. Dans un futur proche, il faudra être capable d’intervenir plus souvent, ce qui requiert des adaptations et de l’anticipation dès aujourd’hui.
