Paroles de peintres
Publié le 19/05/2026
Découvrez les témoignages de Sylvie du Plessis, Bertrand de Miolllis, Emmanuel Lepage, Nicolas Vial, Marie Détrée, Olivier Desvaux et Jonathan Florent, peintres officiels de la Marine.

SYLVIE DU PLESSIS, sculpteur-céramiste
Peintre officiel de la Marine (POM) nommée en 2012
Femme de marin, j’ai vécu toute ma vie au bord de la mer. C’est donc sur les gens de la mer que porte mon travail. Dans mes sculptures je représente des matelots, leurs attitudes, leurs positions, à terre ou en mer. Ça fait appel à l’imaginaire du grand public, l’eau n’a pas besoin de « trois dimensions ». J’ai candidaté au titre de POM pour me perfectionner, me fixer un objectif, je ne m’attendais pas du tout à être nommée avec ma céramique des manœuvriers du porte-avions. Ces chorégraphies sur le pont d’envol, ce ballet entre chiens jaunes, pompiers, techniciens des installations aviation... Quelle inspiration ! Après l’œil, c’est à la main de travailler, de retranscrire tangiblement les émotions de l’équipage, que j’ai pu vivre au plus près en mer. Un embarquement c’est une rencontre des amoureux du monde maritime. L’accueil à bord a toujours été chaleureux et bienveillant, j’ai l’impression d’appartenir à quelque chose de plus grand. Vive la Marine !

BERTRAND DE MIOLLIS, peintre et graveur
POM nommé en 2018
J’ai embarqué pour la première fois en tant que POM en 2018 sur le porte-hélicoptères amphibie Mistral. J’ai choisi la gravure car j’ai eu cette intuition, qui s’est vérifiée ensuite, que la lumière à bord serait restreinte. Effectivement, à l’arrière, j’ai fait cette découverte extraordinaire pour quelqu’un qui ne l’a jamais vu : le radier. Le ventre de la baleine ! La lumière qui s’y engouffre est éblouissante. J’ai essayé de retraduire ce contrejour avec des objets et des hommes que l’on devine à peine jusqu’à les rendre abstraits. Avec cette gravure en monochrome, le jeu est de raconter la scène avec une économie maximum : une seule teinte pour raconter le monde entier ! J’ai placé la barre haut car j’ai gravé et tiré mes plaques à bord.
Le sujet imposé pour le 46e Salon de la Marine m’a beaucoup amusé parce que c’est un sujet infernal : représenter 400 ans d’histoire marine en un seul tableau ! Pour m’en sortir, j’ai choisi le travail de la linogravure à plaque perdue en racontant des histoires dans des histoires selon un principe de poupées russes. Cela a donné Mêlée navale, siècles en mêlée.

EMMANUEL LEPAGE, dessinateur de bande dessinée
POM nommé en 2021
Mon métier, c’est raconter des histoires. La mer a toujours été liée aux mythes et légendes de notre imaginaire. Personnellement, j’ai voulu comprendre comment l’Homme s’y adapte pour la dessiner au mieux. Lorsque le président des POM m’a proposé de participer au concours, j’ai été surpris, je n’avais jamais pensé pouvoir prétendre à ce titre. Je ne croyais pas avoir ma place dans ce milieu car avant moi, aucun dessinateur de bande dessinée n’était devenu POM.
Les propositions d’embarquements du Centre d’études stratégiques de la Marine sont de vraies opportunités pour mon travail, elles permettent de vivre la mer dans mon corps ! N’étant ni marin ni militaire, je pense que mes dessins peuvent toucher un public différent, voire plus jeune, en leur faisant découvrir des univers nouveaux. Des lecteurs sont déjà venus me voir pour me dire que mes livres sur les Terres australes et antarctiques françaises leur avaient donné envie de s’y rendre. L’impact que peuvent avoir mes œuvres me dépasse un peu !

NICOLAS VIAL, dessinateur de presse et peintre
POM nommé en 2008
Olivier Frébourg, écrivain de Marine, est venu me voir dans mon atelier à Paris pour me parler du concours pour devenir POM. J’étais déjà bien installé en tant qu’artiste donc ce n’était pas dans mes projets, mais en le voyant arriver en tenue, j’ai été convaincu. Je suis issu d’une famille de militaires (depuis le général Drouot) donc cela m’a touché. La nomination a largement influencé ma vie d’artiste. J’ai eu la chance d’embarquer à bord de L’Astrolabe pendant 31 jours avec un objectif : la réalisation de mon livre Un brise-glace sous les tropiques. J’ai adoré. Plus récemment, l’amiral Prazuck m’a permis d’exposer à La Sorbonne d’Abu Dhabi fin 2025. J’y ai montré une collection particulière où étaient agrandis, à la taille d’affiches de cinéma, les dessins extraits de mon livre Vagabondages, les cartes rêvées de Nicolas Vial. J’ai exposé à New York, Los Angeles, Venise, Berlin, Hong-Kong… Mais dernièrement c’est dans la presse (La Gazette Drouot) que je dessine.

MARIE DÉTRÉE, peintre et illustratrice
POM nommée en 2010
Je suis Bretonne, issue d’une famille qui travaillait dans la marine marchande, donc en sortant des Beaux-arts c’était assez naturel de peindre la mer. C’est lorsque j’ai exposé des œuvres de mon premier embarquement qu’on m’a conseillé de candidater pour devenir Peintre officiel de la Marine. J’ai la chance de l’être depuis 2010 ce qui m’a permis de faire nombre d’embarquements. Le plus marquant reste celui à bord du sous-marin nucléaire d’attaque Duguay-Trouin. J’y ai découvert un milieu vraiment à part, avec peu d’intimité et avec du contact en permanence. Il y a aussi eu la mission Jeanne d’Arc de 2011 avec de la lutte contre la piraterie ou encore un embarquement pendant 40 jours sur un des nouveaux patrouilleurs outre-mer ! Peindre à bord, c’est créer du lien avec les marins, comprendre leur fonctionnement, leurs codes, leurs traditions. Les artistes passent leur temps à se renouveler et à se questionner, comme les marins qui ont en permanence des formations et des stages à réaliser ! On a plus de similitudes qu’on ne le pense et je crois même avoir plus d’amis marins qu’artistes.

OLIVIER DESVAUX, peintre et illustrateur jeunesse
POM nommé en 2018
J’ai découvert ce qu’était un POM il y a vingt ans, en lisant leurs portraits dans des magazines. Je n’étais absolument pas familier avec l’univers de la Marine, ni celui des armées en général. Pourtant, je me suis reconnu dans leur manière de représenter la mer et j’ai voulu faire partie de cette grande histoire d’artistes marins comme Signac ou Marin-Marie. Mon dernier ouvrage jeunesse, par exemple, aborde la relation qu’entretiennent les marins avec leur famille lorsqu’ils sont en mer. J’espère faire rêver les enfants avec mes dessins, les inciter à s’intéresser à l’univers de la Marine, comme cela a été le cas pour moi.

JONATHAN FLORENT, peintre
POM nommé en 2021
Très tôt, j’ai su que je voulais faire de l’art. La mer reste un grand mystère pour les gens de la terre, c’est pourquoi mes œuvres représentent ce que j’observe au large. Devenir POM était un objectif important dans mon parcours, mais au moment de candidater, je pensais être trop jeune ou manquer d’expérience pour obtenir ce titre. À bord des bâtiments de la Marine, notamment la frégate multi-missions Aquitaine, j’ai été témoin de cette cohésion unique qui existe entre les marins. Selon moi, on ne retrouve pas ce type de relations dans le monde civil.
