Paroles de Marins en mission Jeanne d'Arc
Publié le 25/06/2026
Cols bleus a reçu les témoignages de quatre officiers-élèves et un marin formateur partis en mission Jeanne d'Arc : les enseignes de vaisseau Idriss, Manon, Éléonore, Alexandre et le maître Alexis.

Enseigne de vaisseau de deuxième classe Idriss
Officier-élève FILIÈRE OPÉRATIONS
« Rentré dans la Marine en 2018, j’ai d’abord eu une carrière en tant que quartier-maître de la flotte fusilier marin. Après avoir présenté le concours interne officier de Marine sous contrat (OMSC), j’ai intégré l’École navale en août 2025 pour suivre la formation initiale d’officier, les cours de chef du quart et d’officier de quart opérations. Depuis février dernier, je suis embarqué sur le PHA Dixmude dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc. Avant l’appareillage, j’appréhendais le fait de revenir sur un PHA en tant qu’officier. La durée de la mission m’interrogeait également, c’est la plus longue ma carrière. Néanmoins, chaque période en mer est marquée par de nouveaux enseignements, de nouvelles mises en pratique de ceux- ci. C’est très enrichissant. La manœuvre tactique d’infanterie et d’aguerrissement (MTIA) m’a particulièrement intéressé. Durant trois jours, nous avons conduit en groupe diverses missions comme une embuscade et la capture d’une cible de haute valeur ajoutée. Et tout ceci au milieu des paysages à couper le souffle ! »

Maître Alexis
Formateur des officiers-élèves à la gestion des installations électricité/production/propulsion en tant qu’officier de quart navire (OQN)
« Je me suis engagé dans la Marine en 2015. Depuis 2024, je suis affecté sur le PHA Dixmude et je forme les officiers-élèves dans le cadre de mon métier. Ce rôle ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances techniques ou théoriques, il s’agit de participer à la construction de leur posture de commandement, de leur sens des responsabilités et de leur capacité à décider dans des contextes parfois exigeants. Je n’avais jamais eu l’occasion de pouvoir faire une mission de ce type au cours de ma carrière. Elle me permet de partager mon expérience. J’ai pleinement conscience que le formateur joue un rôle déterminant dans l’accompagnement des élèves, aussi bien sur le plan opérationnel que sur le plan humain. J’aborde mon métier en leur faisant des retours d’expérience. Je m’adapte en permanence car chaque élève possède un parcours, des qualités et des axes de progression différents. Il est essentiel d’adopter une approche pédagogique à la fois structurée et bienveillante, afin de permettre à chacun de développer son potentiel tout en maintenant un niveau d’exigence élevé. Sur la mission, l’exercice que je trouve particulièrement intéressant est le Securex. J’apprécie la nécessité d’analyser rapidement la situation, de définir des priorités et de prendre des décisions tout en restant attentif à la sécurité des équipes. C’est un exercice de travail d’équipe qui montre aux officiers-élèves l’importance de la cohésion et de la circulation de l’information à toute la chaîne hiérarchique. La « Jeanne » me permet de mieux comprendre les exigences liées aux fonctions d’encadrement et a renforcé ma motivation à évoluer dans ce type de responsabilités. »

Enseigne de vaisseau de deuxième classe Alexandre
Officier-élève FILIÈRE OPÉRATIONS
« Je suis officier sous contrat (OSC) en conduite des opérations, issu du recrutement externe avec la spécialité de détecteur. Avant le départ en mission, j’étais assez serein. Sur un plan personnel, partir loin et longtemps ne m’inquiétait pas vraiment, en ayant déjà fait l’expérience par le passé. Il y a deux ans, j’ai été volontaire officier aspirant (VOA) en tant qu’officier communication sur le Dixmude. Sur un plan professionnel, bien que notre formation d’OSC à l’École navale ait été très condensée, je savais que j’avais les bases pour partir en mission et à mon tour prendre la manœuvre lors de mes quarts. Si je devais retenir un souvenir marquant, ce serait ma présentation pour ravitaillement à la mer (PRERAM) avec le Dixmude alors que j’étais à la manœuvre sur l’Aconit, l’escorteur. C’était impressionnant de se rapprocher à moins de 40 mètres d’un bâtiment de 30 000 tonnes et d’évoluer de conserve pendant quelques minutes. On sent que chaque degré d’angle de barre compte ! La « Jeanne » est une mission passionnante. »

Commissaire de troisième classe Éléonore
Officier-élève
« Je suis commissaire de carrière issue du concours externe sur titre. Je me suis engagée en 2023 en tant que volontaire aspirant commissaire où j’ai embarqué pendant un an, année au cours de laquelle j’ai passé le concours de l’École des commissaires des armées. Après un an et demi en école militaire, je me réjouissais de partir en « Jeanne » – c’est aussi pour nous le point culminant qui vient clore notre formation et nous donner les compétences et la confiance en soi nécessaire pour exercer nos futures fonctions en tant que chef de service. J’ai eu la chance d’être à la manœuvre en tant que chef du quart pendant la navigation en eaux resserrées (NAVRES) d’arrivée à Port Safaga, en Égypte. Il s’agissait de la première escale de la mission et donc la première fois que je voyais le PHA accoster ailleurs qu’à Toulon. C’était un moment inoubliable dans ma formation de chef de quart. La Jeanne d’Arc est une expérience unique en son genre et dont je me rappellerai toute ma vie. »

Enseigne de vaisseau de deuxième classe Manon
Officier-élève FILIÈRE ÉNERGIE PROPULSION
« Je suis rentrée à l’École navale en 2023 en qualité d’officier mécanicien chef du quart. Après deux années passées sur le site de Lanvéoc pour recevoir ma formation initiale d’officier, de marin et d’ingénieur, je me suis spécialisée dans la branche « énergie propulsion ». Je n’ai pas appréhendé la mission Jeanne d’Arc comme quelque chose de contraignant ou de difficile, mais plutôt comme la concrétisation de ma formation, et avec l’excitation de devenir un « vrai » marin. Nous avons conduit énormément d’exercices à seulement la moitié de la mission, mais je pense que mon préféré a été les ravitaillements à la mer que nous avons menés avec le BRF Jacques Stosskopf lors de notre traversée de l’Atlantique. D’un point de vue du chef de quart d’une part car on se retrouve à manœuvrer à quelques dizaines de mètres d’un autre bâtiment presque aussi imposant que le PHA, mais aussi d’un point de vue d’officier mécanicien car nous avons pu observer et diriger les opérations de contrôle et vérification du gazole, ce qui est une opération essentielle. J’apprécie la Jeanne d’Arc pour ce qu’elle nous apporte, autant pour la formation technique qu’humaine. »
