Marine et jeunesse : l'éducation nationale sur le pont

Publié le 13/02/2026

Auteur : ASP Clara Molinas

Dans la continuité de « l’Année de la Mer », les 400 ans de la Marine cémentent les enjeux maritimes au sein des salles de classe, du primaire au lycée.

La France est-elle une puissance maritime ? Un vaste sujet que les futurs bacheliers en terminale générale vont devoir décrypter et réviser pour réussir leurs épreuves d’histoire, de géographie et de sciences politiques. Une maritimisation de la formation qui, depuis 20 ans, se renforce à travers de nombreux projets en place mais aussi à venir.

« Toutes les disciplines parlent de la mer, on a réussi à introduire du bleu un peu partout », se félicite le capitaine de vaisseau de réserve (CV) (R) Pascal- Raphaël, réserviste à la direction du personnel de la Marine (DPM) et inspecteur général au ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MENESR). Depuis presque 20 ans, ce marin à la double casquette sensibilise la classe parlementaire et les politiques à l’importance des enjeux du fait maritime. « On est fiers du chemin parcouru, ça prend du temps, il existe moins de marins que de professeurs d’histoire-géographie ! Au début on avait l’impression de prêcher dans le désert, se remémore-t-il. On a dû expliquer que la mer n’est pas une contrainte, dangereuse ou sans intérêt, mais bien qu’elle fait la grandeur de la France et qu’elle est constitutive de son avenir. Qui d’autre que des marins pour lancer le mouvement ? » En 2017, l’amiral Christophe Prazuck, à l’époque chef d’état-major de la Marine (CEMM), signe le protocole, encore en vigueur aujourd’hui, qui cadre légalement les liens étroits déjà établis avec le MENESR. Une coopération mutuelle qui, en plus de faire place au fait maritime dans les programmes scolaires, profite à la formation aux métiers de la mer et de la Marine, mais aussi à la reconversion du personnel de la Marine.

Enseigner la mer

Y a-t-il meilleure façon de comprendre la poussée d’Archimède qu’en étudiant un sous- marin nucléaire d’attaque (SNA) ? En effet, la Marine met à disposition plus d’une centaine de ressources pour que les professeurs puissent contextualiser leurs enseignements. Adaptées de formations militaires, elles permettent de faire rayonner la Marine et complètent la théorie par une application concrète. Pour certains élèves, ce lien avec l’Institution est plus évident. Sur les 1 064 Classes de Défense dans l’Hexagone, outre-mer et dans les établissements français à l’étranger, 190 sont parrainées par une unité de la Marine et rattachées à un navire. Depuis 2022, il existe également des Classes enjeux maritimes (CEM), déjà près de 300 aujourd’hui, où est construit un projet pédagogique pluridisciplinaire à l’aide d’intervention d’experts et de marins. La mer atteint jusqu’aux formations diplômantes avec le Brevet d’Initiation à la mer (BIMer), diplôme de découverte du milieu maritime et des métiers de la mer, destiné à des étudiants des classes de 3e aux classes préparatoires. Issu de la collaboration de trois ministères, celui des armées, celui de la mer et celui de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, le BIMer est en forte croissance depuis sa création en 2018. Alors que 2 209 candidats étaient inscrits en 2024, ce sont 2 811 candidats qu’on décompte en 2025. Ces projets apparaissent et grandissent grâce à un réseau solide d’une soixantaine de réservistes adjoints des délégués départementaux de la Marine, issus de l’éducation nationale dans les départements, comme au sein de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) elle-même. Un relais local inestimable, qui renforce les directives protocolaires et ancre la maritimisation des enseignements au sein des cycles primaire et secondaire.

Des projets pédagogiques 400 ans

Fort de cette relation privilégiée entre le MENESR et la Marine, l’esprit des 400 ans atteindra les salles de classe sous la forme de ressources ludiques. Inspirés du partenariat entre la ville de Paris et le porte-avions Charles de Gaulle (CDG) pour les vingt ans de ce dernier, des kits à destination des CM2 vont contenir un livre dont l’élève est le héros :  un détective qui résoudra une enquête à bord du porte-avions. On y trouvera aussi une maquette à construire du bâtiment, un journal présentant le Charles de Gaulle et son équipage (interview du commandant, d’un pilote d’hélicoptère et d’un matelot), ainsi qu’un livret pédagogique pour le professeur. Pour les plus grands, des gazettes ont été imaginées, un format court, visuel et impactant en lien avec le programme scolaire. Des enjeux maritimes, tels que la mondialisation, le commerce maritime, les câbles sous-marins ou encore les zones économiques exclusives (ZEE) y sont abordés, en plus d’un point sur l’histoire de la Marine ainsi qu’une double page sur ses missions, sur les métiers des marins et leur vie à bord. La cinquantaine d’événements « Jeunesse et Territoires au large » qui rythmera les mois de mai et juin seront également l’occasion de sorties scolaires et de rencontres avec des associations de jeunes engagés. Enfin, les officiers élèves de la mission Jeanne d’Arc vont réaliser des capsules vidéos tout au long de leur périple, des témoignages avec leurs mots que les étudiants du secondaire pourront suivre assidûment sur une plateforme dédiée.

« Les élèves, après avoir ouvert de grandes fenêtres sur la mer, réalisent que ce qu’ils apprennent à l’école peut être transposé pour servir leur pays », conclut le CV (R) Pascal-Raphaël. Une belle leçon qui, contrairement à ce que disait Tabarly, fait de la mer non pas seulement « ce que les Français ont dans le dos quand ils regardent la plage », mais bien l’avenir de nos ressources. La formation des futurs acteurs et décideurs conditionne ainsi la capacité à gérer l’espace maritime français.

Parole de marin

 

Capitaine de frégate Bertrand, en charge des relations extérieures au bureau écoles et formations de la DPM

Depuis septembre 2024, je travaille, en lien avec le CV (R) Pascal-Raphaël, au développement des domaines ciblés par le protocole Marine–Éducation nationale de 2017.
Je pilote les actions conduisant à la connaissance du fait maritime et de la Marine auprès de la jeunesse, action majeure dans le cadre des 400 ans de la Marine.
Je coordonne les projets qui concourent à l’insertion professionnelle, comme la création de l’École des apprentis de la Marine niveau bac Pro ou le développement des cursus ProMarSup niveau BTS/BUT.