Maître principal Samuel, assistant de l’attaché de défense à l’ambassade de France en Australie

Publié le 26/11/2025

Auteur : Nathalie Six

Un sous-marinier en ambassade ? Même s’il n’est pas le premier à écrire l’histoire, la situation est originale.

Portrait du MP Samuel à l'ambassade

Aux esprits chagrins qui pensent que les spécialités SOUM interdisent toute évolution hors de la Force océanique stratégique, le parcours éclectique du maître principal (MP) Samuel prouve le contraire. Un métier de passion dans une filière, le nucléaire, qui ouvre aussi de nombreuses opportunités à ceux qui les saisissent.

« Je ne suis pas un pionnier, lâche le MP Samuel, ma sœur et mon frère ont fait au moins deux tours du monde chacun. Autour de moi, ça bouge, je suis d’ailleurs né à Tahiti pendant une affectation de mon père, qui avait été précédemment boulanger sur sous-marin nucléaire lanceur d’engin, et ma mère est anglaise. Cela m’a certainement donné envie de fouler des terres inconnues et de repousser mes limites ». Atavisme quand tu nous tiens ! À tout juste 18 ans, Samuel n’a aucun atome crochu avec l’idée de faire de longues études, il veut de l’action. « Au centre de recrutement de Tours, j’ai eu la chance de tomber sur un super atomicien du porte-avions, il m’a vraiment bien orienté, et j’ai fini par inscrire “mécanicien” comme premier choix. »

À Maistrance, lorsque les professeurs demandent qui est prêt à devenir sous-marinier, « je lève le doigt ! ». La machine est lancée. Après un brevet d’aptitude technique (BAT) à Saint-Mandrier, direction l’école de navigation sous-marine de Toulon, puis première affectation sur le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Perle comme opérateur tableau sécurité plongée puis rondier. Il part se former à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) à Cherbourg, décroche son brevet supérieur (BS) et sert sur le SNA Casabianca comme opérateur machine. Retour sur la Perle, affectation suivie d’une formation pour devenir chef de quart réacteur nucléaire à la mer à l’EAMEA, puis embarquement sur le SNA Améthyste.

En 2022, changement de cap ; Samuel émerge des profondeurs pour goûter au charme discret de la province tourangelle. Désigné chef du secteur ALFOST à la direction du personnel de la Marine (PM2) à Tours, il découvre un autre univers, celui des ressources humaines, un nouveau vocabulaire, de nouvelles spécificités. « Le service avait besoin de ma connaissance de l’univers des sous-mariniers. En contrepartie de cette expertise, il m’a fallu évidemment acquérir des compétences administratives. Une nécessaire adaptation au milieu dans lequel on navigue. »

Ce changement de paradigme nourrit un projet plus vaste. Dans sa ligne de mire : un poste à l’étranger. « Cela m’a toujours fait rêver de voir les appels à candidature sur les destinations hyper exotiques. » Sur sa carte mentale, brillent des destinations, tel le Japon et l’Amérique du Sud. Lui qui se voyait bien en Norvège atterrit finalement à l’ambassade de France à Canberra. « En tant qu’assistant de l’attaché de défense, je le seconde dans toute la partie administrative. Nous sommes le premier intermédiaire des militaires français en mission en Australie. » Chaque escale de bâtiment français nécessite une préparation de plusieurs mois. « L’Australie est une île-continent où les douanes sont particulièrement protectrices vis-à-vis de la biodiversité. »

A 34 ans, Samuel a encore pléthores de cordes à son arc, « rebasculer côté officier sur sous-marin, devenir instructeur dans le nucléaire à Cherbourg ou continuer dans la voie de la diplomatie internationale, y compris à l’OTAN ». Rien n’est interdit à un SOUM qui en veut.

Portrait du MP Samuel en extérieur avec des kangourous

 

Parcours

2010 : École de maistrance

2011 : Brevet d'aptitude technique (BAT) " Mécanicien naval " à Saint-Mandrier et école de navigation sous-marine et des bâtiments à   propulsion nucléaire (ENSM-BPN) à Toulon

2012 : Premier embarquement sur le SNA Perle

2014 : BS à l'École des applications militaires de l'énergie atomique (EAMEA) à Cherbourg

2016 : SNA Casabianca et Perle

2019 : Cours chef de quart de réacteur nucléaire à la mer (EAMEA) puis chef de quart propulsion (ENSM-BPN)

2021 : Chef de service sécurité servitude sur le SNA Améthyste

2022 : Gestionnaire des sous-mariniers à la direction du personnel de la Marine (DPM) à Tours

Juin 2025 : Assistant de l'attaché de défense à l'ambassade de France en Australie, à Canberra

Mon meilleur souvenir

 

Une avarie en pleine mission opérationnelle sur sous-marin ! Il s’agissait d’un dommage majeur machine qui nous faisait perdre 50 % des systèmes. Avec mon équipe, nous avons travaillé plusieurs heures pour restaurer le système. C’était vraiment pénible à cause des conditions de travail : 45 degrés avec 70 % d’humidité. Mais la satisfaction de résoudre une énigme et l’adrénaline étaient à la hauteur de la difficulté. Nous avons finalement réussi à redémarrer la moitié de la machine, ce qui a permis de retrouver la pleine disponibilité opérationnelle du bâtiment.

Focus attaché de défense

De nombreuses ambassades françaises compor­tent des « missions de défense ». Celles-ci sont menées par un « attaché de défense » qui tient le rôle de conseiller militaire de l’ambassadeur. L’attaché traite l’ensemble des questions de défense, quel que soit le corps dont il est issu. Il est parfois assisté d’attachés adjoints spécialisés (forces terrestres, navales, aériennes et la DGA). Cet officier supérieur œuvre à maintenir et enrichir la relation bilatérale de défense entre la France et le pays dans lequel il est en poste, à savoir les échanges en matière de politique de défense, la coopération militaire et les relations en matière d’armement. De manière générale, il représente les autorités militaires françaises.