Maître principal Mehdi : chef du secteur pont d'envol et hangar du PHA Mistral
Publié le 20/08/2026
Du travail à la chaîne chez Renault au pont d’envol du fleuron de la Marine nationale : la carrière du maître principal (MP) Mehdi a de quoi susciter l’admiration et inspirer des vocations.

« Rigoureux, organisé, très à l’écoute et pédagogue ». Les compliments pleuvent sur la tête du maître principal (MP) Mehdi, il ne s’agit pas d’un rapport de notation mais d’une description spontanée d’un de ses compagnons de route. Quand le quartier-maître (QM) Florian a fait la connaissance du MP Mehdi, il n’avait que 22 ans et le maître principal était jeune directeur sur le pont d’envol du porte-avions Charles de Gaulle. « Il était déjà très bon enseignant et proche de son équipe », se souvient le QM. Les deux se sont retrouvés sur le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral mais cette fois, le MP a pris de la hauteur. « Il n’est plus sur le pont, il est en passerelle aviation, pourtant on le sent toujours disponible. »
Celui qui inspire ainsi le respect de ses subordonnés a commencé tout en bas. À 18 ans, issu d’une fratrie avec cinq frères et trois sœurs, il travaille à la chaîne dans l’usine Renault qui fabrique des Laguna en Normandie. Un passage par le CIRFA de Rouen lui ouvre les portes de la Marine : « On m’a envoyé un billet de train pour venir à Versailles afin que je fasse mes tests ». Six mois plus tard, il valide sa formation initiale et devient MANAE (manutentionnaire aéronautique, aujourd’hui « Pont d’envol »), les hommes en bleu, « les fameux chiots », sur le pont. Tout s’est enchaîné très vite. Dès l’été, il est envoyé sur le porte-avions Charles de Gaulle. Il y restera trois ans : « Ce n’était pas un rêve, mais je vivais un truc plutôt incroyable ! J’étais là pour aider à déplacer des avions qui décollaient devant moi à 200 kilomètres par heure ». Le jeune homme goûte à une adrénaline qui ne le quittera plus. Vingt-trois ans plus tard, il admet que si servir sur un porte-hélicoptères est plus « confortable », rien n’égale la vie sur le pont d’envol du porte-avions : « Mon métier, c’est ma passion et c’est indéniablement le porte-avions qui offre le plus de possibilités ». Mais pour la famille les contraintes sont fortes : « Pour l’opération Harmattan, j’ai passé 63 jours en mer sans escale, et au total, j’aurai cumulé quasiment 15 ans de Charles ». En 2022, il souhaite profiter de ses quatre enfants et de son épouse, et demande à faire une pause avec un poste à terre. Il intègre l’école du personnel du pont d’envol comme responsable de formation. « J’ai adoré ! Un kiff total de transmettre le savoir acquis durant deux décennies. Je suis passé quasiment par tous les bâtiments de la Marine et cette fois c’était à moi de faire profiter les jeunes de mon expérience. J’ai aussi récupéré des points de vie ! », avoue-t-il du bout des lèvres. Mais le naturel revient au galop et trois ans après, le voilà de retour sur le Mistral. « J’aimerais devenir major ». Et pourquoi pas officier ? « C’est dans un coin de ma tête ! »
Mini bio
2002 : Ouvrier chez Renault
Mai 2003 : Engagé dans la Marine, spécialité MANAE (manutentionnaire aéronautique)
Été 2003 : Affecté sur le porte-avions Charles de Gaulle
2006 : Affecté sur le PHA Mistral, participe à une mission d’évacuation de 6 000 ressortissants français au Liban
2008 : Affecté sur un bâtiment de commandement et de ravitaillement
2009 : Affecté sur le porte-avions Charles de Gaulle
2013 : Major de promotion à la sortie du cours de directeur de pont d’envol
2022 : Instructeur à l’école du personnel du pont d’envol
2025 : Chef de secteur sur le PHA Mistral

Mon meilleur souvenir ?
Indéniablement l’esprit de cohésion. Quand on arrive sur le pont du porte-avions vers minuit pour préparer une pontée (c’est-à-dire mettre tout en œuvre pour permettre à plusieurs avions de décoller), rien n’est prêt. On doit donc tous se mettre au boulot avec les contraintes et les points bloquants. Nous sommes une soixantaine. Le chef donne une mission au directeur-chef qui répercute aux directeurs, jusqu’aux équipiers. Lorsque les pilotes arrivent, nous sommes tous animés par le même but : faire partir les avions et les ramasser du premier au dernier. Quand toute la pontée est catapultée à l’heure dite, sans incident, sans blessé ni problème technique, et bien là, on se dit que c’est vraiment l’un des meilleurs jobs que l’on peut faire dans une vie !
Focus sur le métier de Directeur de pont d’envol
Plus connu sous le nom de « chien jaune », du fait de sa tenue (il est reconnaissable à son vêtement, gilet et casque jaunes), cet officier marinier dirige, sous les ordres de l’officier de quart aviation, les manœuvres qui s’effectuent sur le pont d’envol des bâtiments porte-aéronefs (décollage, catapultage, appontage, saisinage et déplacement des aéronefs…). Il est assisté par les « chiots », surnom donné aux équipiers et conducteurs de pont d’envol, des quartiers-maîtres ou des matelots vêtus de gilets et de casques bleus. Pour faire entendre ses ordres dans le bruit assourdissant des réacteurs, le chien jaune doit crier (« aboyer ») fort pour se faire entendre. L’école du personnel de pont d’envol est installée sur la base d’aéronautique navale de Hyères.