L'innovation au service du maintien en condition opérationnelle : fabriquer les pièces au pied de l'avion

Publié le 16/12/2025

Auteur : Nathalie Six et ASP (R) Clémence Douillot

Le maintien en condition opérationnelle de combat pour l’aéronautique navale se nourrit habilement de projets innovants en slalomant autour du cadre réglementaire.

technicien devant son lab

Dans ce domaine, la fabrication additive fait de plus en plus d’émules. Cette solution pertinente répond en effet aux besoins d’une Marine qui agit « loin, longtemps et en autonomie ». À plus long terme, elle ouvre la porte à une conception révolutionnaire des aéronefs, pensés pour recevoir les pièces de rechange. Sans perdre de vue les règles de navigabilité.

« Se débrouiller seul avec les moyens du bord, c’est un état d’esprit », s’exclame le capitaine de frégate Pierre, coordinateur des flottes de soutien à l’état-major ALAVIA. À ce titre, il s’occupe de « tout ce qui ne vole pas », c’est-à- dire le matériel nécessaire à la mise en œuvre des aéronefs et à leur maintien en condition opérationnelle (MCO), l’entretien et les procédures appliquées par les techniciens. Aujourd’hui comme hier, la nécessité de disposer de rechanges et de pouvoir réparer sur place est incontournable. Le capitaine de frégate salue ces techniciens doués pour créer de petits objets simplifiant la vie au quotidien. Il en va ainsi des pare-soleil de Rafale, des caches, petits bouchons ou manchons qui recouvrent les senseurs de pression et de température ou les antennes des aéronefs au sol, ou encore d’un outil facilitant le remplissage en produit dessicant dans une caméra Rafale pour éviter l’humidité. Les opérateurs de terrain connaissent parfaitement le besoin et imaginent les modifications de design qui rendent les objets « plus ergonomique ou plus adapté à l’emploi ». De plus, face à l’obsolescence normale ou l’usure accélérée par des conditions extérieures dégradées, se réapprovisionner est crucial. En outre, en opérations, l'approvisionnement peut s'avérer difficile en délais comme en faisabilité technique. Réaliser des pièces directement en unité répond donc au double enjeu du besoin opérationnel et de la recherche d’amélioration.

Projet « Fabase »

Lancé par la direction de la maintenance aéronautique (DMAé), avec les états-majors des forces, mais aussi la DGA, la DSAÉ et les industriels, le projet « Fabase » favorise « l’émergence de solutions techniques au plus près du terrain ». La star du moment ? L’imprimante 3D. Tandis que celle du porte-avions et du SLM tournent déjà au profit des bateaux, la DMAé souhaite créer une communauté interarmées pour l‘impression 3D Aéro et a prévu de doter, entre autres, toutes les bases d’aéronautique navale.

Cependant, impossible de passer outre le cadre normatif garantissant la performance et la sécurité des vols. Actuellement, le seul qui peut fournir des pièces, c’est l’industriel, car il en certifie la conformité. Une démarche est donc en cours pour qualifier les sites d’impression. « La moindre variation de température, de vibration ou d’hydrométrie peut avoir une incidence sur la qualité de la pièce ». De même, la chaîne de transmission d’un fichier doit être parfaitement fiabilisée et sécurisée. À quel horizon cela pourrait être réalisé ? « Trois à cinq ans. Nous sommes face à un engagement majeur. » Aujourd’hui moins de 0,1 % des pièces d’usure pourraient être fabriquées localement. À l’avenir, il faudra que les aéronefs soient pensés pour recevoir des pièces de rechange réalisables au pied de l’avion.

Quand l'ordinateur fournit une analyse des risques

Volera ? Volera pas ? Pour obtenir le Graal, c'est à dire l’autorisation de décoller, « un aéronef doit toujours être à jour de sa maintenance », explique le capitaine de frégate Jean- Daniel, chef coordonnateur Flottes Aéronefs (CCFA). Lorsqu’un aéronef dépasse son volume horaire réglementaire, ne serait-ce que d’une minute, il ne peut plus être exploité. Sauf si la documentation et le plan d’entretien du constructeur prévoient une marge associée à cette opération. Mais que faire si un Caïman Marine doit être envoyé pour poursuivre un contact sous- marin ou qu’un avion de chasse doit poursuivre sa mission alors qu’un compétiteur est à l’œuvre ? L'outil informatique d’aide à la décision développé est capable d’analyser le risque et la dégradation du niveau de sécurité. Un prototype de cet outil intelligent a été testé lors de l'exercice de haute intensité Polaris 25.

Marin devant son écran

 

Paroles de marins du ciel

Capitaine de corvette Sébastien, chef du bureau circulation aérienne ALAVIA

Chef du bureau circulation aérienne à l’état-major ALAVIA, je suis, entre autre, en charge de l’entraînement et de la préparation opérationnelle des contrôleurs aériens.

Leur mission est de permettre la mise en œuvre des aéronefs de la Marine depuis les BAN mais aussi le porte-avions et les porte-hélicoptères amphibies sur toutes les mers du globe, en organisant le trafic aérien et en garantissant la sécurité de tous.

Formés en partie à Toulouse au sein de l’école nationale de l’Aviation civile, ils concentrent, en plus des compétences d’un contrôleur aérien, les exigences du métier des armes : assurer la sécurité lors de tirs de missiles, guider avec un radar des avions vers une piste mouvante, au milieu du trafic aérien commercial, partout dans le monde.

La Marine recrute dès le bac pour former à ce métier reconnu et accompagne ses contrôleurs tout au long de leur carrière, en leur offrant la possibilité de devenir officier (pour un quart des effectifs) et de bénéficier de primes spécifiques. »

capitaine de corvette sébastien

Quartier-maître Paul, opérateur secteur piste Flottille 34F

« Ancien fusilier marin à la recherche d’une nouvelle activité, j’ai intégré la première promotion du brevet d’aptitude technique en alternance à l’escadron de formation de maintenance aéronautique de la défense (EFMAD).

La formation théorique est délivrée à Rochefort, tandis qu’une phase en flottille permet d’apprendre directement le métier sur l’hélicoptère.

Ce parcours m’a conduit à la Flottille 34F à Lanvéoc-Poulmic comme opérateur sur le secteur piste : je suis chargé de la maintenance de tous les systèmes avioniques de la machine (émetteur, récepteur, navigation et pilote automatique). Travailler en flottille, c’est être assuré de partir en mission en même temps que les hélicoptères !

Je me projette par la suite sur la formation de plongeur hélico, qualification qui me plaît particulièrement. On est loin de s’enfermer en choisissant cette spécialité, l’horizon est varié : maintien de la navigabilité des hélicoptères, départs en mission, Search and Rescue… »

quartier maitre paul

Second maître Romain, préparateur de mission Flottille 33F

« Rentré dans la Marine en 2022, j’ai intégré le BAT opération aéro-maritimes (OPSAé). Après ce cours, trois filières sont accessibles : préparateur de mission, moniteur simulateur et pilote de drones tactiques.

J’ai opté pour celle de préparateur de mission, dédiée à la planification et la programmation des opérations aériennes. A terre, je suis chargé de la mise à jour des cartographies terre et mer, de la guerre électronique et des logiciels intégrés aux hélicoptères.

En mer, avec le détachement pour une mission bien précise, lutte anti-sous-marine ou lutte antinavire, c’est un tout autre métier ! Je récupère toutes les infos de vol (espaces aériens, fréquences radios…) et les incrémente dans mon logiciel de préparation de mission.

Au retour de vol, je récupère et stocke les données enregistrées par l’équipage et envoie le compte-rendu de la mission.

C’est sans regret que j’ai choisi cette spécialité, qui comporte un véritable volet opérationnel, me permet d’embarquer, et parfois même de voler ! »

second maitre romain

Second maître Wilfried, technicien aéronautique armement Flottille 17F

« Après ma formation initiale à Toulon, puis à Rochefort en maintenance aéronautique, j’ai suivi une formation au secteur piste à Landivisiau. Enfin j’ai intégré le brevet d’aptitude technique  technicien aéronautique armement (ARMAN) à Rochefort et suis maintenant affecté au sein de la Flottille 17F comme technicien aéronautique armement.

Il était possible de choisir entre la composante chasse sur Rafale ou la composante patrouille maritime sur Atlantique 2. Sur base, ma mission consiste à effectuer l’assemblage des bombes, la mise en œuvre et la maintenance des systèmes d’armes. J’ai embarqué très rapidement et ai dû vite m’intégrer.

Les perspectives d’évolution et de progression sont variées : avancement dans le grade, possibilité de suivre des cours poussés sur le nucléaire, nombreuses opportunités de stages. Ma spécialité, dite « boum », est passionnante ! C’est une aventure humaine avec une petite équipe très soudée et du matériel de pointe. »

second maitre Wilfried