L'État-major des armées au service de l'OTAN : Steadfast Defender, cap sur 2027

Publié le 17/04/2026

Auteur : Nathalie Six

Après 2026, marquée par l’exercice Orion, l’état-major des armées (EMA) a déjà le regard tourné vers 2027 pour l’organisation de Steadfast Defender.

Cet exercice triennal majeur de l’OTAN piloté par SHAPE, le grand quartier général de l’OTAN basé à Mons, en Belgique, concernera au premier chef la Marine. On vous dit tout.

Lancé pour la première fois en 2021, la série des Steadfast Defender est un ensemble d’exercices menés par l’OTAN, qui se déroule tous les trois ans. La prochaine édition aura lieu en 2027. Pour l’EMA, c’est un énorme défi. « à l’EMA, nous sommes en charge du grand cadrage stratégique : comment nos armées françaises peuvent répondre aux objectifs de l’OTAN ? », explique le capitaine de vaisseau (CV) Paul, chef du bureau Emploi 2.

En d’autres termes, l’EMA planche actuellement sur les sujets suivants : quels sont nos objectifs nationaux ? Avec quel volume de forces, les armées françaises vont-elles participer, où, quand, comment ? La division cohérence capacitaire de l’EMA travaille à répondre aux cibles capacitaires de l’OTAN, par exemple les nouvelles menaces (drones). « Très concrètement, quand on projette des forces, on se demande quels bateaux ou avions de la Marine envoyer, quels avions de l’armée de l’Air et de l’Espace, avec quelle logistique ? », précise le CV Paul.

L’objectif de Steadfast Defender est double : entraîner les structures de commandement de l’OTAN par des exercices de postes de commandement (CPX) et les exercices en mer (LIVEX) auxquels les marines participent. 

Postes de commandement et LIVEX

Premier volet, les exercices de postes de commandement, dans lequel l’état-major de SHAPE travaille avec les états-majors opératifs de l’OTAN. Ce sont les trois Joint Force Command basés à Norfolk (USA), Brunssum (Pays-Bas) et Naples (Italie), et puis les commandements de composantes, notamment Marcom à Northwood (GB) pour la partie navale. « Chez nous, cela se fait en lien avec le centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) et les commandants de zone maritime. » Les CPX mettent à l’épreuve les communications entre les quartiers généraux participants et la réalisation des plans de l’OTAN qui activent des plans nationaux comme le soutien nation hôte et les sujets de mobilité militaire pour les forces qui transiteraient par la France. Cela peut concerner également la sécurisation des flux maritimes d’approvisionnement de l’Europe en temps de guerre.

Deuxième volet, les LIVEX, qui regroupent divers exercices nationaux affiliés à l’OTAN. « Beaucoup se déroulent ces derniers temps sur le front de l’Est, dans le but de rassurer nos partenaires et alliés européens à la frontière Est de l’Europe », constate le CV Paul. Les LIVEX pour la Marine s’étendent de la mer du Nord à la Méditerranée, en passant par la Baltique et l’océan Atlantique. Dernier en date, Cold Response (lire p. 36), exercice piloté par la Norvège et affilié OTAN.

Depuis 2014, date de la première invasion russe de l’Ukraine, en Crimée, on note l’accélération du retour plein et entier de la France dans la structure de commandement intégrée de l’OTAN, décidé en 2009 par le président Nicolas Sarkozy. Cette réintégration a été probablement plus facile pour la Marine que pour les autres armées : « La Marine a toujours été très otanisée, en tout cas dans ses principes et son organisation par l’adossement de sa doctrine française à celle de l’OTAN, et par sa connexion jusqu’au niveau tactique aux moyens de transmission de l’OTAN, ce qui n’est pas le cas pour l’armée de Terre par exemple ».

« Nous voulons que Steadfast Defender soit l’exercice majeur des armées françaises en 2027. Raison pour laquelle nous leur demandons de faire un effort significatif. » En 2024, Steadfast Defender avait déjà visé gros ! De janvier à mai, 90 000 soldats avaient été mobilisés dans les 31 pays membres de l’Alliance de l’Atlantique nord, plus de 1 000 véhicules, une cinquantaine de navires, 80 avions avaient appuyé les actions militaires. Ces exercices permettent aux forces de développer leur niveau d’interopérabilité avec les Alliés et leur réactivité en conduisant des opérations multidomaines de haute intensité contre un adversaire symétrique. En 2027, un objectif supplémentaire est fixé à la Marine nationale : celui d’être certifiée pour prendre le commandement de la composante maritime de la force de réaction de l’OTAN (l’ARF pour Allied Reaction Force) via l’exercice Dynamic Mariner affilié à Steadfast Defender.

 

La Marine a de vrais atouts à faire valoir

 

La Marine, un allié de poids

Dans l’OTAN, la Marine nationale est un allié de poids. Elle est reconnue pour plusieurs raisons. D’abord, elle est mondiale (grâce à sa zone économique exclusive, la deuxième dans le monde, et grâce à sa capacité à se déployer et défendre nos intérêts sur toutes les mers du monde). Ensuite, elle a de vrais atouts à faire valoir : elle est la seule à détenir en Europe un groupe aéronaval complet autour d’un porte-avions qui est agrégateur de forces alliées. Nous sommes aussi salués dans des milieux comme la guerre des mines et la lutte anti-sous-marine, « autant de domaines d’excellence dans lesquels notre voix compte et dans lesquels on voit bien que les Alliés recherchent aussi à monter parfois en gamme grâce à nos compétences ».

Seul État doté de l’arme nucléaire de l’Union Européenne (avec les Britanniques sur le continent européen), la France ambitionne aussi de conserver une approche à 360. « Par rapport à d’autres alliés pour qui la menace russe est beaucoup plus prégnante parce qu’elle est à leurs portes, n’oublions pas que nous avons vocation à être présents sur d’autres fronts. »