Les écrivains de marine : l'encre au service de l'ancre
Publié le 11/05/2026
Servir la Marine par le biais des arts n’est pas l’apanage des seuls Peintres officiels de la Marine. C’est aussi la mission que se sont donnée les écrivains de marine.

L’association fondée en 2003 par l’écrivain et académicien Jean-François Deniau (décédé en 2007), et présidée aujourd’hui par Patrice Franceschi, regroupe une vingtaine d’écrivains associés au monde de la mer et de la Marine.
« La mission des écrivains de marine est claire : se mettre au service de la vocation maritime de la France », rappelle le vice-amiral Loïc Finaz, écrivain de Marine depuis 2005 et auteur d’une dizaine de livres1. « Quand Jean-François Deniau a lancé son idée, il était le premier à tenter d’incarner chez les écrivains un équivalent de ce qui existe chez les peintres depuis plusieurs siècles. » Dans la première vague des écrivains à répondre à l’appel du large se trouvent l’acteur, réalisateur et producteur Bernard Giraudeau et le journaliste et éditeur (fondateur de la maison d’édition Les Équateurs) Olivier Frébourg. Celui-ci fut coopté en 2004 après la parution de son roman Un homme à la mer2. « Je l’ai vécu comme un véritable adoubement, la possibilité d’entrer dans la grande famille de la Marine nationale et de la marine en général. Pour moi, la marine ne s’arrête pas au domaine militaire. » Fils d’un capitaine au long cours et petit-fils d’un capitaine à la grande pêche, ce Dieppois qui a grandi outre-mer considère les écrivains comme un lien entre la Marine et les citoyens « surtout depuis la fin du Service national obligatoire ». « La Marine est vue comme une affaire de professionnels, or avoir une marine puissante garantit la liberté des mers donc celle des individus. Il y a un gros travail pédagogique à faire sur ce sujet », est-il convaincu. La richesse des écrivains de marine est de faire cohabiter des sensibilités, des talents et des personnalités très diverses : de la navigatrice Isabelle Autissier aux académiciens Erik Orsenna (Académie française) et Didier Decoin (académie Goncourt), en passant par les deux benjamins, Katell Faria et Philibert Humm, la liberté de ton est la principale règle à laquelle tous s’astreignent de bonne grâce. « Notre plume est libre », valide Olivier Frébourg.
L’art est inhérent à la Marine
« L’art est inhérent à la Marine. Chaque voyage invite à rédiger un compte-rendu, peindre, écrire des poèmes, dessiner… La mer inspire les esprits créatifs. De tout temps, les marins ont été associés à des artistes, qu’ils le soient eux-mêmes ou qu’ils invitent des artistes à bord. Citons pour l’exemple Jean Ango (1480-1551), armateur proche de François 1er qui composait des vers et le célèbre officier de Marine Pierre Loti. Ses voyages constituaient la principale source d’inspiration pour l’écriture de ses oeuvres, comme celui réalisé à Tahiti, qui lui a donné envie d’écrire Le Mariage de Loti. »
Puisque la mer ouvre sur le monde, il était naturel que le club des écrivains de marine intègre une section internationale : le romancier espagnol Arturo Pérez- Reverte et l’Italienne Andrea Marcolongo les ont ainsi rejoints.
Sous la présidence de Patrice Franceschi, l’association se dote en 2023 d’un prix littéraire, qui récompense « un ouvrage d’imagination s’attachant à dévoiler un pan de la condition humaine ». Seront successivement primés Croix de cendre d’Antoine Sénanque (Grasset), La Promesse du large d’Arnaud de la Grange (Gallimard) et Officier radio de Marie Richeux (Sabine Wespieser). L’avenir appartient aux audacieux. « Ouverture, talent et jeunesse », tel est le triptyque qui préside à l’élection des futurs écrivains de marine. « Nous voulons nous rapprocher des sensibilités de la société (environnement, protection des fonds marins) et permettre à plus de femmes de rejoindre le groupe », plaide Olivier Frébourg.
Des projets sont également initiés comme celui d’un livre polyphonique Un bateau, un écrivain, en cours de construction. Depuis sa création, les réunions mensuelles des écrivains sont devenues un phare dans leur agenda respectif permettant de nouer « de vraies amitiés ». Un détail pas si anecdotique, qui « tenait à coeur à son fondateur Jean-François Deniau ».
1. Dernier livre paru : Ligne de foi, Les Équateurs, lire p. 64.
2. Un homme à la mer, d’Olivier Frébourg, Mercure de France, 168 p., 14,20 €.
46e Salon de la Marine
Quand les POM invitent les écrivains
Une fois n’est pas coutume, les POM et les écrivains de marine s’unissent pour célébrer les 400 ans de la Marine. Le 46e Salon de la Marine qui se tiendra du 13 mai au 2 août 2026 au musée national de la Marine, place du Trocadéro, rassemble côte à côte quatre-vingt peintures, estampes, dessins, sculptures et photographies, signés par des Peintres officiels de la Marine, mais aussi par des artistes candidats à ce titre prestigieux, sur le thème « 400 ans d’art et de combat ». L’originalité de ce catalogue1 est d’avoir invité douze écrivains de Marine (entre autres Isabelle Autissier, Arnaud de la Grange, Didier Decoin, Loïc Finaz, Olivier Frébourg…) à disserter sur l’oeuvre de leur choix. Une alliance que l’on aimerait voir se réitérer, qui fait de cet ouvrage un must-have à conserver dans sa bibliothèque.
1. Puissant sur la mer, catalogue du 46e Salon de la Marine, Gallimard, 152 p., 29 €.