À l'école de l'interarmées, le groupement tactique embarqué de la Jeanne
Publié le 16/06/2026
Eux aussi sont 160 ! Aux côtés des 160 midships de la Marine, les militaires de l’armée de Terre composant le groupement tactique embarqué (GTE) font partie de la mission Jeanne d’Arc.

Principalement chargés de conduire les manœuvres amphibies qui ponctuent la JDA et forces prépositionnées, ces terriens ont ainsi vécu une immersion dans la Marine. Pour leurs homologues marins, leur présence a offert l’opportunité de mieux se connaître durant ces cinq mois.
Ils ne sont pas venus seuls. En provenance du 3e régiment d’hélicoptères de combat (RHC), du 1er et du 3e régiment d’infanterie de Marine (RIMa), du 6e régiment du Génie (RG) ou encore du 11e régiment d’artillerie de Marine (RAMa), les 160 militaires du GTE ont en effet embarqué avec leurs compagnons : Griffons, Gazelles et Caïmans. Ce sont, dans l’ordre, des véhicules blindés multi-rôles, des hélicoptères de reconnaissance et d’attaque et des hélicoptères de manœuvre et d’assaut.
Marins et terriens poursuivent un but commun
S’ils sont particulièrement occupés lors des exercices de débarquement amphibie, que font-ils le reste du temps ? « Nos objectifs sont multiples, répond le lieutenant Mounir du 11e RAMa. Tout d’abord maintenir nos compétences afin d’être projetables à tout moment pour une opération d’évacuation de ressortissant ou humanitaire par exemple. Ensuite, profiter du temps libre pour monter en compétence de la même manière qu’en régiment mais dans un environnement inhabituel. C’est un défi, il faut faire preuve d’imagination. Cela se traduit par des séances d’instruction sur l’artillerie, la topographie, l’anglais, les transmissions etc. Dans tous les cas, nous ne restons pas oisifs ! Autre exemple, avec mon équipe de contrôle de l’appui aérien (JTAC : Joint terminal attack controller) et le sous-groupement aérocombat du 3e RHC, nous allons réaliser un exercice de guidage d’un Caïman et d’une Gazelle pour effectuer des tirs réels en mer, depuis un autre hélicoptère afin de coordonner et observer le tout ». Le lieutenant Mounir, pour qui c’est la première expérience embarquée, rappelle aussi que le GTE participe à la protection du groupe. « Lorsque le Dixmude traverse des zones sensibles comme le canal de Suez ou encore le détroit de Bab-el-Mandeb, nous participons, avec nos armes, à sa défense. »
Se comprendre mutuellement
Travailler ensemble lors d’une mission comme celle-ci permet aux marins de mieux comprendre les contraintes de l’armée de Terre, notamment lors d’un débarquement amphibie. Pour les terriens, c’est comprendre celles des marins. Tous ont un seul but, réaliser et réussir la mission de la meilleure des façons et donc collaborent pour y parvenir. Les officiers-élèves profitent aussi de ce premier contact avec l’armée de Terre. Celle-ci leur présente ses équipements, ses procédures et ses tactiques. Un bon moyen pour les officiers-élèves de découvrir l’interarmées, ce qui leur sera utile dans leurs futures fonctions d’officier.
Parole d'officier élève
Enseigne de vaisseau de deuxième classe Valentine
L’exercice d’acculturation aux opérations amphibies, auquel j’ai participé était pour moi une découverte. C’était aussi la première fois que j’étais amenée à travailler avec l’armée de Terre. Notre mission consistait à rallier, à bord d’un engin de débarquement amphibie rapide (EDAR), les îles Glorieuses depuis Mayotte, pour y effectuer un débarquement. À bord, j’étais chef de quart en double avec le patron de l’embarcation. Avant l’appareillage, j’avais préparé la navigation jusqu’à l’objectif, 140 nautiques à parcourir. Nous avions quitté le ventre du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Dixmude en début de soirée. Nous transportions un détachement de l’armée de Terre qui armait deux véhicules blindés légers et un « tracteur », chargé de mettre en place un treillis métallique servant à éviter l’ensablement des autres véhicules. Cette traversée d’une dizaine d’heure m’a permis de dialoguer avec nos camarades de l’armée de Terre. Ils avouent que lors des transits du Dixmude, ils passent leur temps à se préparer et s’entraîner pour des opérations comme celle d’aujourd’hui. Pour nombre d’entre eux, c’était leur première opération amphibie. Ils n’ont pas été déçus car nous avons eu « mer 4 » tout le long du chemin, des creux allant jusqu’à 2,5 mètres. Naviguer sur un catamaran comme l’EDAR par ce temps-là, c’est sportif.

Ce fut un bon exercice de résistance au mal de mer. À l’approche des Glorieuses, il n’était toutefois pas l’heure de nous reposer car nous devions entamer les opérations de débarquement et celles-ci ne se déroulèrent pas comme prévu. En effet, nous avons eu une panne sur le système d’abaissement des portes, il nous a fallu réparer avant de pouvoir débarquer. Ce fut formateur car ce genre d’avarie se produit aussi en opération. Heureusement, nous avons pu surmonter ces difficultés et réussir notre mission. Nous étions fourbus mais heureux.
En résumé, pour moi qui me destine au métier de plongeur démineur, ce fut une belle expérience pleine d’enseignements. Il faut s’intéresser au travail des autres pour comprendre les problèmes qu’ils rencontrent et voir comment ils les résolvent. Une opération réussie, c’est la somme des actions de toute une chaîne. Un officier amené à commander, doit en avoir conscience.