L’école de la deuxième chance
Publié le 01/09/2026
Décrochage scolaire, difficultés familiales, perte de sens… Comment la Marine aide-t-elle les jeunes à s’insérer sur le marché du travail ?

Le centre du service militaire volontaire de Brest (SMV) accueille chaque année une centaine de volontaires âgés de 18 à 25 ans. Décrochage scolaire, difficultés familiales, perte de sens…, les volontaires s’engagent pour préparer un avenir meilleur. Nourris et logés pendant huit à douze mois, ils viennent suivre une formation militaire et professionnalisante visant à les insérer sur le marché du travail, avec l’aide de la Marine nationale.
« On ne dirait pas que c’est la première fois que vous vous entraînez ! », lâche le professeur d’Émilie, admiratif. Installée devant le simulateur de conduite, elle évite les obstacles avec brio. Cette scène ne se déroule pas dans une auto-école mais au centre du SMV de Brest, appartenant à la Marine nationale. Comme les 105 jeunes sélectionnés en 2025, elle est venue chercher ici un cadre de vie structuré. « Se lever à 14h, jouer aux jeux vidéo toute la journée… Avant le SMV, beaucoup vivaient de manière décalée », appuie le maître (MT) Marc, l’un des encadrants. Au contact de la Marine, les jeunes retrouvent des habitudes de vie et réapprennent les règles de savoir-être : branle- bas, poste de propreté et lever des couleurs. S’ensuivent des cours ou des périodes de terrain et l’étude : « Ce rythme participe à leur épanouissement personnel et la formation améliore leur confiance en eux, souvent ébranlée », enchérit le capitaine de frégate (CF) Karine Pavy, commandant du centre.
Être en classe sans y être
Parmi les encadrants se trouve William, professeur des écoles. Concentré sur un plateau de jeu, il est assis sur une chaise d’écolier face à un volontaire. Afin de ne pas décourager des jeunes souvent en difficulté scolaire, « la classe doit ressembler le moins possible à une classe, justifie-t-il. Quand l’attention se disperse, on joue au Monopoly ou aux échecs. Cela permet de travailler les mathématiques ou le français de manière ludique. Mon but, c’est de garder leur attention », explique-t-il.
Dans la cour, les élèves de la promotion 4.25 effectuent leur dernier déplacement en ordre serré avant la cérémonie de remise de bâchis. Celle-ci marque la fin de la formation militaire et le début de la formation complémentaire. Pendant quatre mois, ils vont passer leur permis de conduire et se former au secourisme. Certains feront une remise à niveau scolaire en vue d’obtenir un premier diplôme, le certificat de formation générale et d’autres se formeront au sein d’organismes civils. Le reste de l’année sera consacré à définir leur projet professionnel : préparateur de commandes, aide à la personne, agent de sécurité… Les débouchés sont nombreux : « La plupart pensent qu’ils ne savent rien faire. Notre mission est de leur faire prendre conscience que chacun a des compétences en réactivant leurs capacités », explique le CF Pavy. Valoriser, former et insérer : les volontaires sont suivis tout au long de leur parcours, jusqu’à six mois après leur sortie.
Le PHM Commandant Blaison comme parrain
Au début de la cérémonie les volontaires se font remettre leur bâchi par les autorités civiles et militaires, dont le commandant du patrouilleur de haute-mer (PHM) Commandant Blaison. Unité marraine de la promotion, elle a créé des liens forts avec les jeunes : séances de sport, visite du bâtiment, nettoyage d’un cimetière militaire… Ces partenariats visent à leur faire connaître la Marine et à les sensibiliser aux missions d’intérêt citoyen.
Valoriser les jeunes passe aussi par la reconnaissance officielle de leurs mérites. Trois d’entre eux reçoivent avec fierté le prix du meilleur camarade, de la meilleure progression en sport et de l’Association nationale des membres de l’ordre national du Mérite. Tandis que la cérémonie touche à sa fin, ils entament le chant La Strasbourgeoise avec ferveur avant de défiler. Ce sont eux qui parlent le mieux de leur évolution : « Lorsqu’un jeune me dit que le SMV l’a sauvé, je sais que j’ai réussi ma mission », conclut le MT Marc avec émotion. Depuis sa création, le centre affiche un taux d’insertion professionnelle de plus de 85 %.
Alburn, 19 ans
Je ne savais pas quoi faire avant le SMV. J’y suis entré sur les conseils d’un ami qui m’a motivé à candidater. Un mois après, j’ai découvert un métier qui me plaisait : moniteur de conduite. Mes camarades m’ont aussi choisi comme pistard – le délégué de la section. C’est une vraie fierté ! Je veux vivre ma vie comme un parcours du combattant : franchir un obstacle à la fois et me mettre en quête du prochain défi !
Émilie, 22 ans
Titulaire d’un CAP service à la personne, je voulais en savoir plus sur la Marine nationale, avec peut-être l’idée de m’engager. Ma formation militaire initiale en poche, je m’apprête à commencer ma mission : aider la cellule recrutement du SMV. Expliquer le dispositif aux candidats, participer aux entretiens, être présente aux Journées défense et citoyenneté (JDC*)… Je suis passée par là alors, qui mieux que moi pour vanter le service militaire volontaire ?
* La JDC est devenue « Journée de Mobilisation ».