Le premier pilier de la gendarmerie maritime : prévôté, défense et sécurité
Publié le 15/10/2025
Au sein des établissements relevant du commandement de la Marine, la défense, la sécurité et la prévôté, c’est-à-dire la police aux armées, sont des missions historiques de la gendarmerie maritime.

Le groupement de gendarmerie de l’Atlantique est composé de trois compagnies (Brest, Lorient et île Longue) mais aussi d’un patrouilleur, le Géranium, et de neuf vedettes de surveillance côtière. Il dispose également d’une brigade de recherches, spécialisée en police judiciaire. Pour expliquer en quoi consiste la mission de défense et de sécurité de la gendarmerie maritime le colonel Igau prend l’exemple de la compagnie située à l’île Longue : « La défense-sécurité est l’une de nos missions socles. C’est sans doute la première en matière de volume de personnel et de temps consacré. Si toutes les unités basées dans les emprises de la Marine (bases navales ou d’aéronautique navale…) sont concernées, c’est à l’île Longue qu’elle est emblématique. Ce site étant une zone de défense hautement sensible (ZDHS), son régime de protection est particulier. A contrario des autres emprises où cette mission relève de la Marine, nous y effectuons le contrôle des accès ». Mais celui-ci n’est que la partie émergée de l’iceberg, la mission de défense et de sécurité comporte bien d’autres aspects. Patrouilles (à pied ou motorisées) à l’intérieur de l’enceinte, seul ou en collaboration, avec les fusiliers marins, mais aussi à l’extérieur en lien ou non avec les forces de sécurité intérieure (Police ou Gendarmerie). Cette surveillance périphérique des sites permet la collecte de renseignements auprès des acteurs locaux (installations portuaires, pêcheurs, plaisanciers, collectivités territoriales…).
« Cette collecte de renseignements, qui est l’un de nos modes d’actions transverses, nous permet de détecter si des gens commencent à tourner autour des emprises. Par exemple, des Russes qui viennent faire du camping près d’une base navale ou des Chinois qui installent des antennes dans le jardin d’une maison qu’ils louent à proximité d’une base d’aéronautique navale. C’est à cela que nous sert le renseignement : détecter des activités qui, même si elles ne se déroulent pas contre la clôture des emprises de la Marine, pourraient avoir des conséquences sur l’activité militaire. Nos prérogatives de contrôle des personnes ou des véhicules nous permettent également de préciser au besoin ces renseignements. C’est une capacité propre à la gendarmerie maritime qui contribue à la défense des bases. »

Missions d’escorte
Autre aspect de ces missions, la protection d’unités ou de convois sensibles par voie routière ou maritime. Par exemple, à chaque fois qu’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) transite dans la rade ou le goulet de Brest, la gendarmerie maritime l’accompagne. Elle assure aussi l’escorte de personnes transportant des documents particulièrement sensibles « de la sortie du coffre-fort jusqu’à destination » indique le colonel Igau. Lorsqu’un navire civil, par exemple un pétrolier, vient ravitailler une base navale, un peloton de sureté maritime et portuaire militaire effectue un contrôle de sûreté avant qu’il n’y pénètre. Cela peut aussi prendre la forme d’une inspection subaquatique par les plongeurs de la gendarmerie maritime. Enfin, lorsqu’une entreprise civile doit intervenir au sein d’une emprise, la gendarmerie maritime vérifie l’absence de danger avant de délivrer une autorisation d’accès. « Chaque personne devant entrer sur une emprise de la Marine doit faire l’objet d’une enquête », nous précise le colonel « c’est ce qu’on appelle le criblage. On consulte leur situation administrative et judiciaire pour s’assurer qu’il n’y a pas de risque à les laisser pénétrer sur site. Elle est plus ou moins approfondie en fonction de la confidentialité de la zone. »
Mission prévôté
Au sein des emprises de la Marine, outre la conduite d’enquêtes judiciaires, la gendarmerie maritime mène des opérations de police. Elles sont de deux types, administratives ou judiciaires. « La police de la route, tant qu’il n’y a pas d’infraction, c’est de la police administrative », nous explique le colonel Igau, « nous vérifions les documents. En revanche le dépistage et la recherche de stupéfiants sont des actions judiciaires. Une action est judiciaire dès qu’il y a infraction ou recherche d’infraction. » La recherche de stupéfiants fait partie des priorités pour deux raisons. La première est que leur consommation est illégale. La deuxième est que la consommation et la dépendance aux stupéfiants va non seulement rendre le marin inapte ou dangereux dans son emploi, mais va aussi générer une brèche de sécurité. « Qui dit stupéfiant, dit dépendance puis problèmes d’argent. Des moyens de pressions évidents pour un service de renseignements étranger et permettant d’obtenir des informations sensibles » conclut le colonel.