Le "Charles" fête ses 25 ans

Publié le 20/07/2026

Auteur : LV (R) Jean-Pierre Decourt

Actuellement l’unique porte-avions de la Marine, le Charles de Gaulle fête cette année ses 25 ans de service. Retour 50 ans en arrière, sur les évènements clés qui ont menés à sa construction.

En 1973, l’année où la Marine nationale commence à planifier la succession de ses deux porte-avions à propulsion classique, le Clemenceau et son sistership le Foch, la situation internationale est sous haute-tension. En janvier, la signature des accords de Paris a mis fin temporairement à la guerre du Vietnam. Cependant, le conflit est loin d’être résolu et les hostilités reprennent rapidement. En Afrique, sur fond de guerre froide, plusieurs mouvements politiques, à l’image de la « révolution populaire » de Mouammar Kadhafi, bouleversent l’ordre existant. Au Proche-Orient, la guerre du Kippour, opposent Israël à une coalition militaire arabe menée par l’Égypte et la Syrie, a provoqué le premier choc pétrolier entraînant 70 % d’augmentation des prix de la production pétrolière décidée par les pays membres de l’OPEP.

Indépendance de la France

La volatilité du marché de l’énergie et la volonté de garantir l’indépendance de la politique étrangère et de l’action militaire de la France ont changé la donne. L’idée de miser sur des bâtiments de surface à propulsion nucléaire commence à germer. Soucieuse de conserver son avance technologique, la Marine veut aussi garantir ses capacités opérationnelles et lance plusieurs projets d’étude, dont celui de la construction du PH-75, un porte-hélicoptères de 16 500 tonnes. Rebaptisé PA-75, le programme initial est étendu en 1977 à la conception d’un nouveau type de porte-avions. Deux options sont alors envisagées : la refonte du Clemenceau et du Foch, armés en 1961 et 1963, ou la création d’une nouvelle génération de porte-avions nucléaires et dotés de catapultes. Il faudra attendre 1986 et l’application de la loi de programmation 1984-1988, pour que la seconde proposition l’emporte définitivement.

 

Gel des crédits

Le chantier, dont la maîtrise d’ouvrage est confiée à la Direction des constructions et armes navales (aujourd’hui Naval Group), commence le 24 novembre 1987 à Brest. Mais, le sort s’acharne. En 1988, le programme est suspendu pendant un an. Puis, alors que sa structure est assemblée en avril 1989, les gels de crédits militaires suspendent les travaux à quatre reprises, entre 1990 et 1995. Résultat : le chantier accuse un retard de trois ans et demi. Après 13 millions d’heures de travail – deux millions pour les études et 11 pour la construction – le Charles de Gaulle est lancé en mai 1994. Le chantier est hors-norme : évalué à 20 milliards de francs, il a mobilisé près de 1 200 personnes.

Long de 261,50 mètres et large de 64,36 mètres, d’un tonnage de 42 500 tonnes, soit l’équivalent de quatre tours Eiffel, il est 40 % plus grand que le Foch. La surface de son pont d’envol est de 12 000 m², soit l’équivalent de deux terrains de football, où opèrent deux catapultes vapeur et trois bras d’arrêt. Pour transférer les avions entre le pont d’envol et le hangar de 4 600 m², il dispose de deux ascenseurs d’une capacité de levage de 36 tonnes et est équipé de deux réacteurs à eau pressurisée K15, de deux groupes turbo réducteurs 61 SW et de deux hélices à quatre pales fixes. D’une puissance de 83 000 chevaux (61 000 kW), il atteint la vitesse de 27 nœuds (48,6 km/h). Sa propulsion nucléaire lui permet d’avoir un rayon d’action illimité. Cette ville flottante de 15 étages, capable d’emporter jusqu’à 40 aéronefs, dispose également d’un hôpital moderne de 600 m² et peut embarquer jusqu’à 300 tonnes de vivres, lui assurant une autonomie de 45 jours à la mer.

Campagne d’essais

En sortie de chantier, beaucoup de ses installations et de ses équipements sont des prototypes ou sont mis en œuvre pour la première fois. Par conséquent, toutes leurs qualifications doivent s’effectuer dans le cadre d’un processus industriel complexe. Commence alors une longue campagne d’essais, émaillée de travaux et de remises à niveau : mise en conformité des chaufferies aux nouvelles normes européennes de radioprotection, fiabilisation de l’usine électrique, extension des locaux de l’état-major, allongement de la piste oblique, reprise du revêtement du pont d’envol, mise en place d’une cinquième coupée et replacement des safrans arrière, etc. Admis au service actif le 18 mai 2001, le Charles de Gaulle a participé à de nombreuses opérations, comme l’Afghanistan (2001-2002, 2010), la Libye (2011), l’Irak et la Syrie (2015-2016, 2019-2020) avec un groupe aéronaval français ou des marines partenaires.

 

Paris ville marraine

Depuis 2001, Paris est la ville marraine du navire. Un lien étroit, sous l’égide de l’Association des villes marraines des forces armées, qui a pris tout son sens après les terribles attentats de novembre 2015. « À l’époque, se souvient Laurent Bellini, chef du protocole de la ville de Paris, les murs des postes et des carrés du Charles étaient décoré de dessins d’enfants d’écoles parisiennes, témoignant à leur manière de l’émotion ressentie ces jours noirs. À travers cette relation particulière, de nombreux échanges ont lieu, chaque année, entre l’équipage et des collégiens et lycéens. Cette belle aventure, commencée il y a 25 ans, est très précieuse, car elle permet aussi de maintenir et de renforcer la relation extrêmement forte que nos armées doivent avoir avec la Nation. C’est pourquoi j’espère de tout cœur que Paris sera aussi choisie pour devenir la ville marraine du France Libre. »