L'art du camouflage naval, attention aux yeux

Publié le 13/05/2026

Auteur : Nathalie Six

Qui dit art ne signifie pas forcément tableaux. L’intentionnalité stratégique de l’art se décline aussi au service de la dissimulation.

Depuis la Première Guerre mondiale, la Marine a développé des techniques de camouflage.

Le besoin de camouflage apparaît surtout pendant la Première Guerre mondiale. On abandonne progressivement les uniformes visibles pour des tenues techniques plus discrètes. Il faut se dissimuler et tromper l’ennemi. « À partir de 1915, la pratique du camouflage est instituée avec la création d’ateliers (bureaux d’études et d’expérimentation) dont celui dirigé par le célèbre peintre Dunoyer de Segonzac », explique Max Moulin dans le magazine La Baille. En 1917, est inventé le fameux camouflage disruptif, plus connu sous son appellation anglaise « Dazzle ». Attention aux yeux ! Ces motifs géométriques très visibles (grosses rayures noires et blanches) dus à l’artiste britannique Norman Wilkinson, également capitaine de frégate dans la Royal Naval Volunteer Reserve, sont censés seulement perturber la perception de la cible potentielle par l’ennemi (sur son cap, sa vitesse et sa distance). Non le cacher. Les nuances de gris se révèlent les mieux adaptées en environnement marin, particulièrement par temps de brume et de pluie. Cette technique efficace contre les sous-marins est largement utilisée pendant les deux conflits mondiaux. « Les marins militaires ont repris le camouflage « Dazzle » lors de la Deuxième Guerre mondiale, détaille Max Moulin, notamment la Royal Navy, l’US Navy, la Kriegsmarine et de manière plus artisanale, la Marine nationale qui l’a limité à quelques unités : croiseur Montcalm puis croiseur Gloire et cuirassé Richelieu ». Avec le développement des moyens de détection, cette technique sera totalement délaissée durant la guerre froide.

Depuis, la dissimulation visuelle est passée à une maîtrise beaucoup plus large incluant les dimensions numériques et informationnelles. Aujourd’hui, le camouflage n’est plus artistique, il inclut la gestion des données et de l’information. Dans ce défi numérique et informationnel, la Marine cherche à se protéger contre la diffusion d’images. C’est une stratégie globale mêlant illusion, technologie et contrôle de l’information. La supériorité repose autant sur la maîtrise des signatures numériques que sur l’apparence physique des navires.