La coopération internationale, l'exemple probant du MAOC (N)

Publié le 12/03/2026

Auteur : ASP Clara Molinas et Philippe Brichaut

Basé à Lisbonne, le Centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants (MAOC (N)) cadre la coopération internationale, indispensable dans la lutte contre le narcotrafic.

2025 a marqué une année record en matière d’interception sur des enquêtes conduites par le MAOC (N) avec un total de plus de 92 tonnes de cocaïne saisies, dont plus de la moitié par des moyens français. La Marine est au cœur des opérations du MAOC (N), notamment grâce à son officier de liaison le lieutenant de vaisseau (LV) Aurianne.

Qu’est-ce que le MAOC (N) et à quoi sert-il ?

LV Aurianne : Le MAOC (N) - Maritime Analysis and Operations Centre (Narcotics) est une plate-forme de coopération multilatérale dédiée à la répression du trafic de drogues existant entre l’Amérique du Sud et l’Europe, principalement par voie maritime. Il comprend 8 états de l’UE (Espagne, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Allemagne et Belgique), ainsi que le Royaume-Uni. Les États-Unis bénéficient d’un statut spécial et participent aux échanges via leurs officiers de liaison au même titre que les pays membres. Les missions du MAOC (N) sont opérationnelles et au nombre de trois. Tout d’abord recueillir, fusionner, partager les informations, puis favoriser la coordination des enquêtes judiciaires et douanières au niveau international, et enfin faciliter l’engagement des moyens navals. Nous fournissons du renseignement utilisable sur des vecteurs chargés de stupéfiants, et la Marine agit à partir de ce renseignement.

Quel est votre rôle au sein du MAOC (N) ?

LV. A. : Nous sommes deux officiers de liaison français au MAOC (N) : un représentant des services répressifs français (douanes, gendarmerie, police), et moi-même pour la Marine. Mon rôle est de maintenir la fluidité des échanges et d’élaborer des relations de confiance avec les partenaires, afin de récupérer et transmettre au plus tôt les contacts d’intérêt pour les forces françaises potentiellement en mesure de les intercepter. Nous agissons lors de toutes les phases de l’opération. En amont d’une opération de lutte contre le narcotrafic, j’oriente les partenaires étrangers, sélectionne et transmets le renseignement sur les cibles d’intérêt. Pendant l’opération, je reste en soutien de la Marine et poursuis la coordination avec les partenaires. Après l’opération, je capitalise le retour d’expérience et le renseignement recueilli puis le diffuse aux destinataires pertinents, afin d’améliorer l’efficience des opérations futures. Nous avons régulièrement des visites d’autorités et des déplacements, nous organisons et participons à des séminaires sur le narcotrafic maritime. C’est un poste qui demande disponibilité et flexibilité.

Avec quels autres acteurs travaillez-vous pour les opérations Narcops ?

LV. A. : Nous travaillons avec les services répressifs français (Office anti-stupéfiants (OFAST), Douanes, Gendarmerie), les services de renseignement étrangers des pays membres, mais aussi des pays observateurs (Argentine, Brésil, Cap-Vert, Colombie, Équateur, Sénégal). Le MAOC (N) a également des accords de coopération avec des institutions européennes et internationales comme la Commission européenne, EUROPOL et INTERPOL, l’UNODC, l’European Centre for Drugs and Drug Addiction (EMCDDA), l’European External Action Service (EEAS), l’European Defence Agency (EDA), EUROJUST, FRONTEX et l’European Maritime Safety Agency (EMSA).

Tracfin : frapper aussi au portefeuille

Créé en 1990, Tracfin qui signifie « Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins » est un service du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
 
La cellule de renseignement financier de ce ministère est également l’un des services de renseignements du 1er cercle, au même titre que, par exemple, la direction du renseignement militaire (DRM) ou la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED). Tracfin a pour mission de lutter contre la fraude aux finances publiques, les circuits financiers clandestins, le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent.
 
De fait, ce service agit contre le narcotrafic en travaillant à mieux appréhender les circuits de blanchiment empruntés par ces flux en France, au sein de l’Union européenne et au niveau international, afin d’identifier les avoirs criminels dissimulés. La rapidité de la circulation des fonds et la multiplicité des vecteurs, traditionnels (espèces, transferts, virements, investissements immobiliers) et innovants (actifs numériques), imposent au service de renouveler régulièrement ses capacités de détection et de suivi des flux financiers à risque.

 

 

Le blanchiment est un phénomène invasif, qui peut prendre des formes variées et parasite de nombreux secteurs d’activité. L’Office antistupéfiants (OFAST) et les services spécialisés estiment que la majeure partie des gains criminels sont blanchis en France, dans l’environnement immédiat des trafiquants (financement de leur train de vie ; achat/revente de voitures, montres de luxe ; rachat en espèces de tickets de jeu gagnants ; investissements immobiliers en France, rachat de commerces de proximité). Pour évacuer et bancariser ces espèces, les narcotrafiquants font également appel à des acteurs spécialisés capables de blanchir les espèces en quantités industrielles.