Jeanne d'Arc 2025

Publié le 09/07/2025

Auteur : Officiers-élèves Valentin et Jean-Maël

Depuis le 24 février, 151 officiers-élèves sont déployés sur le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Mistral et la frégate de type La Fayette Surcouf pour la mission Jeanne d’Arc.

Après l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, cap sur les États-Unis.

27.04

Louisiane, aux alentours de 17h. L’effervescence est à son comble. La zone état-major du PHA Mistral grouille d’officiers-élèves soucieux de savoir quel sera leur sort. La tant attendue « annonce des spécialités » marque un jalon important de la mission. Quelques midships sortent de la salle soulagés mais aussi, dans quelques cas, un peu inquiets. Le cocktail passé et une fois le bateau quitté, de petits groupes de marins s’en vont dans la Nouvelle-Orléans où nous avons accosté comme s’il ne s’était jamais rien passé… Les escales semblent parfois être des moments hors du temps.

28.04

Nous avons quitté le golfe du Mexique il y a plusieurs jours. Nous remontons la côte américaine de conserve avec l’USS Oak Hill dans le cadre de l’exercice Chesapeake 25, durant lequel Français et Américains déploient et partagent compétences aéronautiques, marines et terrestres.

Cet après-midi, la passerelle de veille du Surcouf s’anime peu à peu. Le V22-Osprey doit passer vers 13h30. Depuis l’aileron, l’équipe de quart annonce un passage dans quelques minutes sur tribord. Une tache noire apparaît sur l’arrière ; le ronflement des moteurs nous parvient de plus en plus fort. Et enfin, rasant la surface, le célèbre avion-hélicoptère frôle le navire, enroulant la proue, remontant en altitude puis virant cap à l’Ouest vers le Mistral, sur lequel un appontage est prévu plus tard dans l’après-midi.

 

 

 

 

7.05

7 mai, au petit matin. Dans le ciel bleu immaculé, se découpe, à l’horizon, une longue bande noire dense et irrégulière. Les gratte-ciel new-yorkais se dévoilent peu à peu à nous. Le paysage d’acier est saisissant et contraste en tout point avec l’immensité de la nature à laquelle nous sommes quotidiennement confrontés en mer. L’espace d’un instant, nous nous mettons à la place des trans-atlantistes du siècle dernier qui, sur le France ou le Normandie, traversaient l’océan pour venir découvrir la ville vertigineuse.

14.05

Le PHA s’éloigne peu à peu derrière nous. Agrippé au boudin, je compense les mouvements de l’embarcation de drôme opérationnelle (EDO) grimpant la houle d’une mer 4 bien établie. Nous approchons au fur et à mesure du Surcouf qui joue, dans le cadre d’un exercice de visite, un navire suspecté de trafic de stupéfiants. L’échelle de pilote est mise en place sur bâbord. Nous montons à tour de rôle, suspendus le long de la paroi. Le pied posé sur le passe embarcation, les différentes équipes déroulent les actions répétées depuis plusieurs jours. Je contrôle les membres de l’équipage tandis que s’enclenche la procédure de visite.

J’entends à la radio qu’ils ont trouvé quelque chose en passerelle : la fouille a commencé ; quelques plastrons tentent de s’échapper tant bien que mal ; un camarade de promo joue le second, je l’entends caricaturer dans un anglais moyen son étonnement face aux ballots blanchâtres… Ces exercices nous permettent réellement de toucher du doigt les responsabilités qui seront les nôtres d’ici quelques mois.

21.05

Dans l’aube froide et brumeuse canadienne, des norias d’embarcations s’agitent autour du Mistral. Légionnaires et militaires canadiens viennent de débarquer sur une petite plage québécoise sous le regard ébahi de quelques centaines d’habitants. L’exercice Lion Mistral bat son plein. Être au contact des Canadiens constitue pour nous une opportunité unique d’appréhender la manière dont travaillent nos partenaires. C’est mettre un premier pied dans le monde des relations internationales.

27.05

Malgré les apparences, nous retrouvons la France. À quelques milliers de kilomètres de l’Hexagone, Saint-Pierre et Miquelon, ce petit bout de terre sauvage et inhospitalier voit sa population augmenter de quasiment ¼ le temps d’une soirée. Cette sensation étrange d’être chez soi si loin de tout, de retrouver toutes ces choses familières temporairement avant de les reperdre le temps d’une longue traversée rythmée par les exercices et les quarts.

01.06

Il ne fait pas si froid. Le calme est revenu pendant le « douze-quinze ». Le pont d’envol se remplit progressivement de l’équipage venu profiter du spectacle pendant que les hélicos sont en vol. De l’Ouest au Nord, la banquise dessine une ligne blanche interminable que quelques blocs ont abandonnée pour venir se promener autour de nous. Plus loin derrière les glaces, s’étend l’impressionnant relief noir et blanc des côtes du Groenland, vers lesquelles trois palanquées se dirigent en zodiac.

Après plusieurs jours de travail intensif pour atteindre en toute sécurité la zone, une tranquillité grandiose règne dans le paysage ; et la coque grise du Mistral semble naviguer autour de nuages de glaces.