Interview du contre-amiral David Desfougères
Publié le 15/12/2025
Retrouvez l'interview exclusive du commandant de la force de l'aéronautique navale, le contre-amiral David Desfougères.

Amiral, dans le contexte géopolitique international que nous connaissons, quels sont les enjeux pour la Force de l’aéronautique navale ?
Contre-amiral David DESFOUGERES : Depuis ma prise de fonction à l’été 2025, j’identifie trois grands enjeux.
Avant tout, il nous faut demeurer au rendez-vous des opérations ; celles que nous menons quotidiennement avec succès. Du sauvetage en mer dans des conditions météorologiques dantesques aux opérations de lutte anti sous-marines extrêmement complexes, en passant par la contribution à la force aéronavale nucléaire dès lors que le porte-avions Charles de Gaulle appareille, les marins du ciel s’inscrivent pleinement et contribuent directement à la marine de combat.
Pour ce faire, nous devons intensifier notre préparation opérationnelle à la haute intensité. Cela signifie expérimenter et agréger rapidement des capacités nouvelles par le biais du centre d’expérimentation pratique de l’aéronautique navale, exploiter davantage les outils modernes de simulation constructive en réseau et conduire des missions d’entrainement aux tirs de munitions simples comme complexes dans les conditions les plus réalistes possibles. Cette préparation, doit être conduite avec un maximum de partenaires, que ce soit en inter organique au sein de la Marine ou avec les autres armées, les autres ministères et les autres nations.
Enfin, dernier point clé pour l’aéronautique navale : la préparation de l’avenir. Il s’agit là d’une de mes responsabilités principales en tant qu’autorité organique, je dois travailler pour que l’aéronautique navale de 2040 soit tout autant, voire plus performante que celle d’aujourd’hui. Il faut donc anticiper et planifier sur le long terme nos besoins et nos objectifs dans des domaines comme le capacitaire, les ressources humaines, les compétences techniques, le soutien, les infrastructures ou encore l’organisation de notre Force.
L’intensité opérationnelle que vous évoquez implique une forte sollicitation des marins de l’aéronautique navale. Comment se présente donc le défi du recrutement pour votre force ?
CA D. D. : Les effectifs de l’aéronautique navale sont en augmentation mesurée et maîtrisée sur les trois dernières années et nous obtenons désormais une adéquation entre le nombre de postes à pourvoir et le nombre de marins disponibles, ce qui n'était pas toujours le cas auparavant. Nous avons évidemment des difficultés pour certaines spécialités mais nous nous efforçons, avec le soutien de la direction du personnel de la Marine, d’identifier des solutions et d’adapter notre recrutement, les parcours des marins et nos organisations aux besoins futurs. Force maritime efficiente au sens originel du terme, l’aéronautique navale est particulièrement performante au regard de sa taille et de son coût. Forte de 110 ans d’histoire, elle dispose d’un héritage historique riche et prestigieux, incarnant des valeurs fortes. Quant aux perspectives futures, elles sont indéniablement attrayantes pour de possibles recrues. Les capacités militaires qui seront livrées au cours de la prochaine décennie ne laissent pas indifférent : Albatros, drones, Guépard, PATMAR futur, etc. Enfin, intégrer la grande famille de l’aéronautique navale, c’est opérer dans les airs, en mer et depuis la mer ; peu de pays peuvent offrir une telle opportunité. Cet ensemble est évidemment favorable aux recrutements !
La révolution des drones est en marche et il nous faut l'embrasser avec conviction
Vous évoquez les évolutions techniques et technologiques de votre force, parmi lesquelles la dronisation. Quelle est votre stratégie à propos de celle-ci ?
CA D. D. : La Marine et l’aéronautique navale ont toujours porté un intérêt marqué pour l’innovation et se sont saisis du sujet des drones très tôt. Pour l’anecdote, en juillet 1963, deux Alouette II dronisées ont réalisé 195 vols et 107 appontages sur un bâtiment de la Marine nationale. Plus proche de nous, cela fait désormais plus de 10 ans que la Marine met en œuvre, à partir de ses porte-hélicoptères amphibie, le drone S100. La révolution des drones est en marche et il nous faut l’embrasser avec conviction. Toutefois, à mon sens, les drones ne remplaceront pas les aéronefs habités, du moins pas avant plusieurs années voire décennies, car ils ne sont pas aussi polyvalents, versatiles et évolutifs comme le sont aujourd’hui les aéronefs habités et leur équipage. Ils viennent en revanche d’ores et déjà compléter et renforcer certaines de nos capacités, voire dans certaines circonstances, nous offrir des aptitudes inatteignables pour un aéronef habité.
Et au-delà des travaux que nous menons pour intégrer au mieux et au plus vite les drones et munitions télé opérées au panel de nos capacités historiques offensives, nous développons nos tactiques et moyens pour nous prémunir de la menace que représentent les drones. à l’instar de la démarche Wildfire lancée par l’amiral Christophe Cluzel, commandant la Force d’action navale, l’aéronautique navale développe des techniques et tactiques de lutte anti-drones. Preuve en est, dès le début des événements en mer Rouge, un drone Houthi a été abattu depuis un hélicoptère Panther !