Intelligence artificielle et maîtrise de la donnée : signal aux marins du ciel
Publié le 15/12/2025
Le recours à l'intelligence artificielle et la maîtrise de la donnée dans le domaine des opérations aéronavales sont devenus une réalité incontournable.

Signal représente une avancée majeure pour la Marine, optimisant l’efficacité opérationnelle et la prise de décision dans tous les domaines, du recrutement à la maintenance en passant par le combat collaboratif. Cette transformation repose sur l’exploitation de l’intelligence artificielle (IA) pour croiser les données et briser les silos traditionnels entre systèmes d’armes, systèmes de combat et même les outils administratifs. La Marine s’appuie sur des technologies civiles éprouvées pour construire une infrastructure de stockage robuste, sécuriser les données et développer des algorithmes performants, essentiels à la réussite des missions. Signal bouleverse déjà profondément les opérations. Culturellement, chaque marin, quel que soit son poste, prend conscience que la donnée est une priorité opérationnelle. Son accès et sa capitalisation au combat offrent un avantage décisif. Cependant, les organisations des unités et des états-majors doivent encore évoluer pour gagner en synergie avec les nouveaux métiers du numérique et libérer pleinement le potentiel des données. L’objectif est de transmettre la bonne information au bon moment pour décider et gagner la supériorité au combat. Cela passe par une prise de décision plus rapide et assurément pertinente. Pour y parvenir, il est crucial de former les marins, de développer des compétences numériques spécialisées et de les intégrer au plus près des opérations.
Organiser la gouvernance
L’organisation de l’aéronautique navale était déjà fondamentalement bien structurée pour répondre aux enjeux du numérique. Elle se trouve renforcée par la stratégie Signal. Pilotée par la division « Données – Performance opérationnelle » (DPO) de l’état-major de l’aéronautique navale (ALAVIA), la transformation numérique de la force s’appuie sur une structure cohérente, incluant les bureaux « SIC », « Gouvernance », « Cyber » et « DEFSEC ». Cette organisation permet de maîtriser les infrastructures hébergeant et partageant les données, tout en assurant leur valorisation et leur protection dans les domaines numériques, physiques et humains. Cette gouvernance s’appuie sur des organismes préexistants à Signal, tel que le centre d’expérimentation pratique et de réception de l’aéronautique navale (CEPA/10S), reconnu pour ses compétences en développement numérique. Plus récemment, les Laboratoires numériques ALAVIA de Toulon et Lorient, ainsi que les groupements numériques des bases d’aéronautique navale, ont permis d’accroître l’agilité et la réactivité dans la production et le déploiement de solutions numériques adaptées aux besoins des utilisateurs. Enfin, les centres d’expertise (Centex) des composantes (chasse, hélicoptère, patrouille maritime et logistique) jouent un rôle clé dans la cohérence doctrinale de l’emploi des données en opérations. Tous ces organismes voient leur expertise data et d’IA renforcée, grâce à des programmes d’acculturation, des formations et des recrutements ciblés.
Les trois grands axes de Signal pour l’aéronautique navale
Le premier axe consiste à monter en compétences pour contribuer à ce que la Marine gagne en autonomie dans le domaine du numérique. Cette manœuvre s’appuie sur l’acculturation des marins, le recrutement dans des nouveaux métiers (data scientist, data modeler, etc.) et enfin sur les ressources des flottilles de réserves parmi lesquelles se trouvent des passionnés du milieu maritime et du numérique.
Les deux axes suivants relèvent du domaine opérationnel : la connectivité des aéronefs et le renforcement des capacités de capitalisation et de valorisation des données générées par les aéronefs et leurs équipages. En la matière, la mission Clemenceau 25 du groupe aéronaval (GAN) a été un réel laboratoire vivant. Cet environnement riche d’acteurs numériques et de données à exploiter a permis d’éprouver, d’évaluer et d’ajuster les solutions techniques retenues. « Nous avons beaucoup testé et donc beaucoup appris pendant Clemenceau 25. La mission du GAN prévue en 2026 va nous permettre de capitaliser au service de la mission » précise le capitaine de vaisseau Florian, chef de la division DPO d’ALAVIA.
Connectivité et capitalisation data à bord des aéronefs
En vol, les remarquables performances des senseurs des aéronefs de l’aéronavale impliquent la génération d’une incroyable quantité de données que les marins du ciel n’ont pas le temps de fouiller et structurer. Pourtant la rapidité du processus de décision est cruciale pour la réussite de leur mission. Il est donc essentiel de leur fournir les outils leur permettant d’accéder immédiatement aux informations pertinentes. Pour cela, les efforts sont portés sur la connectivité des aéronefs. Les dernières générations de liaisons de données tactiques (L22 et L16, JRE) sont implémentées à bord grâce à une intégration data centrée réalisée par le CEPA/10S. Des mini data hub embarqués (DHE) permettent, à bord des Atlantique 2 et des Caïman, d’indexer, marquer et sécuriser la donnée issue du système de combat pour ensuite l’agréger et la valoriser à travers des algorithmes de data et même d’IA. Aussi, des solutions de connectivité satellite, 4G/5G ou même Line Of Sight (LOS) sont en cours de déploiement pour étendre la bulle data à toute la force navale dans une logique de Combat Cloud.