Il était une fois l'OTAN... Plus de 75 ans de solidarité stratégique

Publié le 04/04/2026

Auteur : ASP (R) Clémence Douillot

« Garder les Russes dehors, les Américains dedans et les Allemands sous contrôle » : Lord Ismay, premier Secrétaire général, résumait ainsi en 1949 les objectifs de l’OTAN.

Cette alliance n’a cessé d’évoluer, jouant un rôle majeur dans les relations de défense entre l’Europe et les États-Unis.

Les états européens sortent exsangues de la Seconde Guerre mondiale, affaiblis militairement et économiquement. Lors des conférences de Yalta et de Postdam, qui avaient laissé espérer une gestion collective de l’après-guerre, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni ne parviennent pas à un accord sur l’Allemagne. Sous l’impulsion de Staline, l’URSS est en pleine expansion et étend sa zone d’influence sur toute l’Europe centrale. Dès 1947, les États-Unis lancent le Plan Marshall pour soutenir l’Europe de l’Ouest. Malgré cela, les Britanniques, craignant le retour des Américains à l’isolationnisme, évoquent la perspective d’une alliance atlantique. Le blocus de Berlin, initié en 1948, agit comme un électrochoc : la protection américaine face à la menace communiste s’impose.

La création de l’OTAN, alliance militaire inédite en temps de paix

Le 4 avril 1949, douze pays, autour des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, signent à Washington le texte fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Cette organisation se veut une alliance défensive assurant la sécurité de l’espace euro-atlantique, avec un triple but : endiguer l’expansionnisme soviétique, empêcher le retour du militarisme national en Europe et encourager l’intégration politique européenne. Elle repose sur un principe fondamental, inscrit à l’article 5 du traité de Washington : la solidarité en cas d’agression d’un des membres. La France est l’un des États moteurs de la nouvelle organisation et accueille à Paris le premier siège permanent de l’OTAN. L’Alliance devient une véritable organisation politico-militaire commune : le Conseil de l’Atlantique, réuni à New York, décide dès 1950 la création d’un commandement militaire unifié, confié au général Eisenhower. L’élargissement est rapide : la Grèce et la Turquie rejoignent l’OTAN en 1952, et la République fédérale d’Allemagne en 1955. Cette dernière adhésion provoque la riposte soviétique avec la création du Pacte de Varsovie, scellant ainsi la bipolarité du système de guerre froide. La question de la dissuasion nucléaire devient une douloureuse incertitude qui alimente nombre de controverses entre Européens et Américains. La France se retire en 1966 du commandement intégré de l’OTAN sans quitter l’Alliance, au nom de l’indépendance nationale et du contrôle de la dissuasion nucléaire française. Selon le général de Gaulle, « la défense de la France doit rester française ».

 

Le Conseil atlantique crée dès 1950 un commandement militaire unifié, confié au général Eisenhower

Se réinventer ou disparaître ?

 

L’effondrement de l’URSS en 1991 marque un véritable tournant dans l’histoire de l’OTAN. Les bases sur lesquelles l’Alliance avait été édifiée n’existent plus : le traité de Varsovie est dissous et l’OTAN demeure l’alliance unique. Cette période charnière redéfinit stratégiquement la raison d’être de l’Alliance : l’OTAN devient le bras séculier militaire de l’ONU. En 1992, le Conseil atlantique élargit à l’ONU son offre de contribution aux opérations de paix. D’alliance strictement défensive en temps de guerre froide, l’OTAN se transforme en alliance offensive au tournant du siècle et mène ainsi ses premières opérations militaires dans les Balkans, en Bosnie et au Kosovo, hors de la stricte défense territoriale. Devenus indépendants, d’anciens pays du bloc de l’Est choisissent de rejoindre l’OTAN. Les attentats du 11 septembre 2001 marquent un nouveau jalon historique : l’article 5 est invoqué pour la première fois, contre l’ennemi qui a attaqué sur le sol américain. Les forces de l’OTAN s’engagent en dehors de ses frontières des pays membres, face à des menaces asymétriques, dont le terrorisme qui fait rage sur tous les continents. Dès 1995 et la présidence de Jacques Chirac, la France se rapproche progressivement du commandement militaire intégré, jusqu’à sa réintégration en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

 

Le retour de la guerre en Europe

Le retour de la guerre en Europe et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 ont de nouveau conféré à l’OTAN une centralité stratégique, avec le renforcement de son flanc oriental et l’adhésion de nouveaux membres.

Aujourd’hui, l’OTAN, qui a célébré ses 75 ans au sommet de Washington en 2024, réunit 32 pays membres1, représentés par une délégation permanente à Bruxelles. Constitué d’organismes civils et d’un commandement militaire, l’OTAN ne possède pas ses propres forces armées ; celles-ci lui sont fournies par les États membres sur la base du volontariat.

1.La Belgique, le Canada, le Danemark, les États- Unis, la France, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni (1949), la Grèce, la Turquie (1952), l’Allemagne (1955), l’Espagne (1982), la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne (1999), la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie (2004), l’Albanie, la Croatie (2009), le Monténégro (2017), la Macédoine du Nord (2020), la Finlande (2023) et la Suède (2024).