Héros de la France Libre : Jean Tranape, des sables de Bir-Hakeim à la libération de Toulon
Publié le 05/05/2026
Distingué à la bataille de Bir-Hakeim, il a participé aux campagnes de Libye, de Tripolitaine et de Tunisie avant de débarquer en Italie, puis en Provence.

Compagnon de la Libération, Jean Tranape s’est engagé à 22 ans au Bataillon du Pacifique. Pour lui rendre hommage, le quatrième des six patrouilleurs outre-mer (POM) de la Marine nationale porte désormais son nom. Il rallie actuellement son port base, Nouméa.
Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule. Il faudra encore attendre le 18 juin 1945 pour que le gouvernement provisoire de la République française puisse organiser un grand défilé afin de célébrer, à Paris, la victoire finale des Alliés et de la France libre. Aux côtés des nombreux régiments qui descendent ce jour-là les Champs-Élysées, le sergent-chef Jean Tranape marche en tête du Bataillon du Pacifique dont il porte fièrement le fanion. Sur sa poitrine, brille la Croix de l’Ordre de la Libération reçue des mains du général de Gaulle le 30 juin 1944 pour sa conduite au feu. Parmi ses 645 camarades, engagés dans cette unité formée entre mai et octobre 1941 en Polynésie française et composée de Tahitiens, de Néo- Calédoniens et de Néo-Hébridais, 156 ont été tués. Parmi eux, le lieutenant-colonel Félix Broche, premier commandant du bataillon, surnommé par ses hommes le « metua » (le père). Il a été mortellement touché par un éclat d’obus à Bir-Hakeim le 9 juin 1942. Une bataille que Jean Tranape n’oubliera jamais, ni elle ni les autres car il a été de tous les combats.
Engagé volontaire
Né le 3 décembre 1918 à Nouméa, ce fils d’un commerçant néo-calédonien d’origine vietnamienne travaille comme dessinateur de travaux publics lorsqu’il est appelé pour faire son service militaire au Bataillon mixte d’Infanterie coloniale de Tahiti en janvier 1940. Après le ralliement de la Nouvelle-Calédonie et des Établissements français d’Océanie (EFO) à la France libre, il refuse la défaite et s’engage sans hésiter pour la durée de la guerre, à 22 ans.
Première étape : l’Australie, où les volontaires du Bataillon du Pacifique sont attendus en mai 1941 Liverpool Camp, près de Sydney. À peine leur formation militaire terminée, Tranape et ses camarades embarquent sur le Queen Mary en direction de Suez. Après 30 jours de traversée, ils stationnent en Égypte, en Palestine, en Syrie, puis une nouvelle fois sur les rives du Nil. Sur ordre du général Koenig, commandant la 1re brigade française libre, le 14 février 1942, le bataillon est à Bir-Hakeim. Le choc est terrible. Mais la défense opiniâtre des Français libres, dont les deux tiers sont issus des outre-mer et des possessions coloniales, va permettre aux Britanniques d’échapper à l’encerclement et de préparer les positions défensives qui conduiront à la victoire finale.

Bravoure remarquable
Le 7 juin, les forces françaises sont à court de munitions, d’eau et de vivres. Jean Tranape, le lieutenant Bellec et quatre autres soldats traversent alors la ligne de front et guident un convoi de ravitaillement au milieu des forces ennemies. « Se glissant partout, doué pour la reconnaissance, d’une énergie permanente, sa conduite dans les sables est héroïque », Jean est cité à l’ordre de l’Armée. À l’image de son frère d’armes, le sergent Walter Grand, qui devient le premier Tahitien à être décoré de la Croix de guerre 1939-1945, ceux que l’on surnomme les « Tamari’i volontaires », les jeunes volontaires, font preuve d’une bravoure remarquable. Mais les pertes sont telles qu’à partir du 1er juillet 1942, le Bataillon du Pacifique et le Bataillon d’infanterie de Marine (BIM), tous deux très éprouvés, fusionnent pour créer le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique (BIMP).
Avec sa nouvelle unité, rattaché à la 1re Division Française libre, Jean Tranape participe aux combats de Libye, de Tripolitaine et de Tunisie, avant de gagner la péninsule italienne et de débarquer à Naples. Le 12 mai 1944, lors de la campagne d’Italie, dans la région de Girofano, sur la route de Rome, il est blessé par des éclats de grenade. Soigné, le sous-officier piaffe d’impatience et fait tout son possible pour rejoindre sa formation. À partir du 15 août 1944, il fait partie des quelques 260 000 combattants de la 1re Armée française commandée par le général Jean de Lattre de Tassigny qui débarquent en Provence dans le cadre de l’opération Dragoon.
Blessé par balle
À peine arrivé sur les rivages de la métropole qu’il n’a encore jamais vue, Jean embrasse le sable de la plage et en conserve une poignée. Le 21 août 1944, pendant la libération de Toulon, il est blessé par balle. Le Bataillon se bat ensuite à Lyon, dans les Vosges, en Alsace. Une partie des hommes passe les onze derniers mois de la guerre à la caserne Latour-Maubourg à Paris, tandis qu’une autre affronte encore l’ennemi dans le massif de l’Authion, dans les Alpes. Sa guerre s’arrête en Allemagne à Karlsruhe. Pendant toute la durée de son engagement et dès qu’il le peut, Tranape prend des photos avec un petit appareil avec lequel il documente son parcours. Ses photos seront retrouvées des années plus tard dans une boîte en carton par son fils.
D’une rare modestie
À son retour en Nouvelle-Calédonie après avoir été démobilisé en juillet 1946, il reprend son métier d’origine et parle assez peu de ses années sous les drapeaux. Discret, d’une rare modestie en dépit de son parcours exceptionnel, il a longtemps porté le deuil de ses camarades tombés à ses côtés. Compagnon de la Libération, Jean Tranape était commandeur de la Légion d’honneur et notamment titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 1939-1945 avec deux palmes. Cette grande figure du Bataillon du Pacifique, héros de Bir-Hakeim s’est éteinte le 21 août 2012, à 93 ans, à Rueil- Malmaison (Hauts-de-Seine).