Général de division Régis Blanchard : commandant de la cinquième force de la Marine nationale
Publié le 08/10/2025
Celui qui a commencé sa carrière à la gendarmerie maritime, à Cherbourg en tant qu’officier en second du patrouilleur Glaive, est à la tête de la gendarmerie maritime depuis l’été 2023.

Général, la gendarmerie maritime et la Marine nationale ont une longue histoire commune, qu’est-ce que cela implique ?
Général de division Régis Blanchard : Cette histoire commune remonte aux archers de l’Ancien Régime. Forte de cela, son identité et son intégration au sein de la Marine, dont elle est souvent présentée comme la 5e Force, sont solidement établies, l’uniforme que nous portons en témoigne. Ses missions socles sont clairement définies, qu’il s’agisse de défense et sécurité des bases ou de ses missions liées à l’action de l’État en mer (l’AEM), au service de la sécurité des Français et du monde maritime. Dans ses missions, la gendarmerie maritime s’appuie sur quelque 1 154 officiers et sous-officiers, experts de leur milieu et de leur environnement maritime. La plupart d’entre eux après leur école de formation initiale possèdent une première expérience au sein d’unités de la Gendarmerie nationale, qui les arme au plan professionnel, puis basculent en gendarmerie maritime, le plus souvent pour y rester. Nous avons donc des unités compétentes, professionnelles, acculturées et expérimentées. À leurs compétences techniques de navigateurs et pilotes d’embarcations, mécaniciens, électriciens, plongeurs, experts en sûreté portuaire, en intervention professionnelle et en tir, s’ajoute leur plus-value de gendarmes (enquêtes judiciaires parfois très complexes et mission commune de renseignement).
Où en est le renouvellement de la flotte ?
GDI R. B. : Le programme de renouvellement de nos cinq patrouilleurs côtiers de gendarmerie est bien lancé. Le premier d’entre eux, le Rozel, poursuit ses essais à Cherbourg, et son admission au service actif devrait y être prononcée en novembre. À compter de 2028, sur un rythme annuel, les quatre autres patrouilleurs de la série devraient remplacer leurs devanciers en Polynésie, aux Antilles, à Lorient et enfin à Cherbourg. Ces bâtiments feront 46 mètres pour 350 tonnes, avec un équipage augmenté, permettant aux gendarmes maritimes qui les armeront d’assurer leurs missions à la mer dans de meilleures conditions opérationnelles, d’efficacité et de confort. Les 24 « vedettes côtières de surveillance maritime » actuelles – VCSM – seront également remplacées par un nombre identique d’unités de capacité équivalente, à raison de quatre par an. Cet important investissement de la part de la Marine illustre la confiance qui nous est accordée par notre autorité d’emploi. Cette composante embarquée œuvre essentiellement dans le domaine de l’AEM. Il faut lui ajouter 11 brigades de surveillance du littoral, dotées notamment de moyens nautiques projetables également renouvelés en ce moment. Ceci n’est qu’une facette des missions de la gendarmerie maritime.
Quels sont les principaux défis à venir ?
GDI R. B. : En matière de défense et sécurité de nos bases, il nous faudra rechercher des marges de manœuvre pour adapter notre dispositif et nos effectifs aux évolutions futures. Le renouvellement de nos unités navigantes nécessite un effort de recrutement et de formation pour renouveler notre vivier par la Marine et la Gendarmerie. Au plan opérationnel, dans le cadre de nos missions liées à l’AEM, nous avons ce défi de lutter contre les trafics côtiers grandissant, en particulier de stupéfiants. L’augmentation du phénomène des « drop-off » 1 en zone Atlantique et Manche – mer du Nord ces dernières années, et la dissémination des arrivées de produits stupéfiants vers des ports secondaires de pêche et de plaisance au fur et à mesure que les ports principaux sont mieux surveillés, nous conduisent à renforcer nos coopérations opérationnelles avec tous les acteurs étatiques de la bande côtière. C’est aussi le cas en Méditerranée et aux Antilles.
L’une de ses missions concerne la lutte contre les réseaux de passeurs en mer, pouvez-vous nous faire un point de situation ?
GDI R. B. : La gendarmerie maritime concourt à la lutte contre les réseaux de passeurs en zone Manche – mer du Nord et à Mayotte. En façade MmdN, sous le contrôle du préfet maritime, elle participe activement avec le patrouilleur Armoise de Cherbourg et ses vedettes Oyapock de Dunkerque et Aber-Ildut de Boulogne sur Mer aux tours de permanence établis dans le cadre de la mission de sauvetage de la vie humaine, pour prévenir les conséquences de naufrages de « small boats », qu’il convient également de dissuader de partir lorsqu’ils sont à terre.
La Marine investit fortement en faveur de la composante embarquée de la gendarmerie maritime.
Les pelotons de sûreté maritime et portuaire (PSMP) de Calais et de Dunkerque sont aussi fortement engagés. Les compétences judiciaires des gendarmes maritimes leur permettent régulièrement de participer à l’identification de passeurs. Ils mènent aussi les enquêtes difficiles mais nécessaires d’identification des victimes lorsqu’un drame n’a pas pu être évité. À Mayotte, en lien étroit avec le commandant de zone maritime, la gendarmerie maritime recomplète son dispositif après le cyclone Chido de décembre 2024. Elle participe à la mission de lutte contre le trafic de migrants en complément de l’action des intercepteurs de la gendarmerie territoriale et de la Police nationale, par des contrôles d’embarcations, des patrouilles de détection plus hauturières et par l’action judiciaire.
La Gendarmerie nationale est une spécificité française. Peut- elle être considérée comme un modèle ?
GDI R.B. : La Gendarmerie nationale française a en effet servi de modèle et de référence à la création de nombreuses forces de Gendarmerie dans le monde. Il s’agit pour elle de profiter des liens institutionnels et historiques qui perdurent entre ces forces pour faire progresser la coopération internationale de sécurité. Ce modèle des forces de police à statut militaire reste pleinement d’actualité aujourd’hui. La résilience qu’elles permettent en cas de crise (en Nouvelle-Calédonie par exemple), et la solidité que leur confèrent une formation et un statut militaires constituent une garantie pour l’État. En France, la nature militaire de la Gendarmerie lui permet aussi de s’intégrer et de s’articuler naturellement et facilement avec les autres armées. Nous sommes ainsi pleinement partie prenante dans le renforcement de la sécurisation de nos bases et installations militaires, dans un contexte de menaces internationales accrues.