Général d'armée Xavier Ducept, secrétaire général de la mer. Le SGMer, une organisation économique et polyvalente
Publié le 05/03/2026
Créé en 1995, le Secrétariat général de la mer (SGMer) conseille le Premier ministre sur les décisions à prendre en matière maritime.

Il coordonne les politiques publiques afin de mieux valoriser l’espace et les potentialités maritimes de notre pays. En tout, 45 missions dont notamment la lutte contre les trafics illicites. À sa tête, le général d’Armée Xavier Ducept a reçu Cols bleus pour expliquer le rôle du SGMer dans la lutte contre le narcotrafic.
Pourquoi le secrétariat général de la mer a-t-il été créé ?
Général d’armée Xavier Ducept : Dans les années 80, la France, confrontée à de très graves crises de pollution maritimes, des marées noires, a ressenti la nécessité de mieux prendre en compte l’action de l’État, avec deux objectifs : coordonner l’action mais aussi les politiques publiques maritimes, comme dans le domaine portuaire ou du transport. Ainsi, une fois par an, lors du comité interministériel de la mer, le Premier ministre s’empare des sujets maritimes et valorise les plus importants.
Qu’est-ce qui caractérise le SGMer ?
GAR X. D. : C’est une organisation unique en Europe, efficace et très vertueuse parce qu’elle n’a pas nécessité la création d’une force supplémentaire. Nous sommes une quinzaine de permanents sur le volet secrétariat général et une dizaine (actifs et réservistes) au centre opérationnel.
Deuxième élément, le SGMer est une organisation polyvalente, notamment dans sa fonction de garde-côtes. Avec toutes les forces marines (Marine nationale, Affaires maritimes, Douanes, Gendarmerie maritime, Police de l’air et des frontières, Office français de la biodiversité, Société nationale de sauvetage en mer (SNSM)…), nous disposons de compétences très variées, permettant de couvrir la haute mer, le proche côtier et le portuaire. Sur ces trois niveaux, au-delà de l’engagement opérationnel permanent, notre réflexion est à la fois capacitaire, législative (réglementaire) et diplomatique (coopération).
Comment travaillez-vous avec les préfets maritimes et les préfets délégués du gouvernement Outre-mer ?
GAR X. D. : Les préfets maritimes et délégués du gouvernement outre-mer sont chargés de la direction des opérations de lutte contre le narcotrafic en haute mer. Ils assurent la mise en œuvre de l’action de l’état en mer. Le SGMer définit le cadre général des opérations, assure la préparation des décisions relevant du Premier ministre en informant régulièrement son cabinet et assiste en tant que de besoin les préfectures maritimes pour toute question réglementaire ou juridique. En début de mandat, les préfets reçoivent une lettre de mission, puis me font part très régulièrement de leur perception, en matière économique, environnementale (aires marines protégées), énergétique (champs d’éoliennes en mer) ou de l’action l’État en mer (trafics illicites, zones de mouillage). Je les fais remonter aux différents ministères afin que les politiques publiques soient les plus adaptées possibles.
Pouvez-vous nous faire un état de la menace liée au narcotrafic ?
GAR X. D. : Elle augmente car la production augmente. On observe davantage de flux vers l’Europe mais les saisies en mer sont aussi plus nombreuses. L’essentiel se fait en haute mer. En France, nous sommes passés de 35 tonnes de cocaïne interceptées par la Marine en 2023 à environ 50 tonnes en 2024, pour atteindre 90 tonnes en 2025. Nos trois gros points d’attention sont la zone Antilles (35 % des saisies réalisées par la Marine), l’Atlantique (60 % des saisies mondiales dans cet océan le sont par la France), et l’océan Indien. Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas actifs ailleurs, comme dans les ports, bien au contraire.
Clairement, la lutte contre le narcotrafic est une priorité pour le gouvernement. Aussi bien au plan international avec les Affaires étrangères, qu’au niveau des ministères de l’Intérieur et de l’Action et des Comptes Publics. Le tout sous la direction du Premier ministre.
Êtes-vous inquiet pour l’avenir ?
GAR X. D. : Il faut être très vigilant parce que la menace est vraiment très importante, en volume, en matière d’impact pour notre société et sur la collectivité maritime dans son ensemble. Très vigilant aussi car l’adversaire, le crime organisé, dispose de moyens puissants qui nécessitent que nous soyons tous mobilisés pour lutter contre la corruption.