Forces navales de l'OTAN, permanence et adaptabilité

Publié le 20/04/2026

Auteur : Philippe Brichaut

Depuis la fin des années 1960, l’Alliance dispose de forces maritimes permanentes qui, en fonction de la situation, peuvent être soit renforcées soit multipliées.

En 2024, une nouvelle organisation du commandement tactique a vu le jour avec la création de commandements régionaux de forces opérationnelles.

OTAN dispose de quatre forces navales permanentes. La première et plus ancienne a été créée en 1968 sous le nom de Standing Naval Force Atlantic (STANAVFORLANT), force navale permanente de l’Atlantique. Constituée principalement de navires de premier rang (frégates et destroyers) et d’un ravitailleur provenant de divers pays de l’Alliance, elle a changé de nom en 2005 pour devenir le Standing NATO Maritime Group 1 (SNMG1), premier groupe naval permanent de l’OTAN. La deuxième force navale permanente est une force de guerre des mines. Elle a été créée en 1973 sous le nom de Standing Naval Force Channel (STANAVFORCHAN) et devient en 2005 le Standing NATO Mine Countermeasures Group 1 (SNMCMG1) : groupe permanent de lutte contre les mines de l’OTAN n°1. Constituée sous une forme identique au SNMG1, la troisième force permanente, créée en 1992 sous un autre nom, a été rebaptisée Standing NATO Maritime Group 2 (SNMG2) en 2005. Enfin, 4e force permanente, le groupe permanent de lutte contre les mines de l’OTAN n°2 a été créé en 1999 sous le nom de Standing Mine Countermeasures Force in the Mediterranean (MCMFORMED) et devenu, lui aussi en 2005, le Standing NATO Mine Countermeasures Group 2 (SNMCMG2)

Une capacité maritime crédible et agile

Les SNMG 1 et 2 relèvent du commandant suprême des forces alliées en Europe (Saceur) et sont sous le contrôle opérationnel du commandement maritime allié (Marcom) situé à Northwood (Royaume-Uni). Ces forces constituent une capacité maritime essentielle de l’Alliance et un élément central de sa posture maritime. Elles offrent en continu à l’Alliance une capacité maritime crédible et agile pouvant être déployée rapidement en période de crise ou de tension. Elles sont une force multinationale de dissuasion, capable de réagir rapidement.

Elles suivent un programme préétabli d’exercices, de manœuvres et d’escales et mènent des entraînements et des exercices conjoints avec les partenaires de l’OTAN afin de renforcer l’interopérabilité. Pour la première fois, en 2024, la France a pris le commandant du SNMG2 et participé à l’activité de vigilance renforcée multi-domaines Neptune Strike 24.1. Une excellente façon de démontrer la réactivité et l’interopérabilité des forces maritimes de l’Alliance lorsqu’elles sont commandées par la France.

Les groupes permanents OTAN de lutte contre les mines, pour leur part, sont des forces multinationales composées de chasseurs de mines et de dragueurs de mines. Ils participent principalement à des opérations de recherche et de neutralisation d’explosifs et de munitions. Par ailleurs, ils mènent des opérations de neutralisation d’engins explosifs historiques afin de réduire la menace que représentent les munitions et mines datant des deux guerres mondiales, contribuant ainsi à la sécurité de la navigation mondiale.

Renforcer la structure de commandement tactique

Au sommet de Washington de juillet 2024, les chefs d’État des pays membres ont décidé d’attribuer des rôles de commandement à des états-majors armés par les États membres. Placés sous l’autorité de Marcom, des Commander Task Force (CTF) régionaux ont ainsi été créés pour renforcer la structure du commandement tactique et apporter une expertise régionale. Disposant d’un noyau permanent, ils peuvent, lors d’une crise, monter en puissance sous très faible préavis et prendre le commandement d’une force maritime dans leur zone de responsabilité.

Après la Turquie, la France a pris, le 1er juillet 2025 et pour un an, le commandement de l’un de ces cinq nouveaux CTF, le CTF Med. Il est chargé de garantir la liberté de navigation en Méditerranée et de protéger les lignes de communication maritimes au large et dans les points de passages stratégiques (Gibraltar, Suez…). Il participe à la protection des approches maritimes des nations riveraines et assure une présence défensive dissuasive face aux menaces qui pèsent sur l’OTAN en Méditerranée, comme les trafics, le terrorisme ou encore les actions hybrides visant des infrastructures (câbles sous-marins, gazoducs...).

 

En octobre 2025, le CTF Med a été pleinement activé pour mener l’exercice Steadfast Duel 25, ayant pour objectif de tester l’aptitude du CTF à prendre le commandement tactique des forces maritimes de l’Alliance en Méditerranée en cas d’activation de ses plans de défense. « Steadfast Duel 25 est un exercice d’ampleur qui a fait travailler toute la chaîne de commandement de l’OTAN, du niveau stratégique au niveau tactique. Pour la première fois, cet exercice simulé a connecté l’état-major suprême de l’OTAN, les trois commandements de forces interarmées (Brunssum, Naples et Norfolk), ainsi que ses commandements de composante Terre, Mer et Air en mode “warfighting HQ” sur un rythme de bataille continu, 24 heures sur 24 », témoigne le capitaine de vaisseau Sébastien, chef d’état-major du CTF Med. Conflit conventionnel, menaces asymétriques et hybrides, attaques dans les espaces cyber et informationnels avec des répercussions économiques et sociales : une large palette de menaces à laquelle les participants ont fait face. Le scénario les a plongés dans un environnement complexe fondé sur les plans de défense de l’OTAN, simulant à la fois une opération de défense collective sous l’article 5 et la lutte contre des groupes terroristes aux frontières de l’Alliance.