Forces armées aux Antilles, en première ligne contre le narcotrafic
Publié le 17/03/2026
Situées à proximité des pays producteurs d’Amérique du Sud, les Forces armées aux Antilles (FAA) sont l’une des premières lignes de défense contre le trafic de cocaïne.

Le contre- amiral (CA) Jean-Baptiste Soubrier, commandant supérieur des forces armées aux Antilles et commandant de la zone maritime Antilles, explique le rôle de la Marine dans cette lutte et le cadre réglementaire qui permet de répondre efficacement et légalement à cette menace.
Amiral, comment la Marine lutte contre le trafic de cocaïne dans la région et quel est son impact ?
C. A. Jean-Baptiste Soubrier : En 2024, environ 4 000 tonnes de cocaïne auraient été produites en Amérique du Sud selon les rapports de l’ONU. La zone maritime Antilles se trouve sur deux axes du trafic maritime de cocaïne. Le premier va de l’Amérique du Sud vers l’Afrique et l’Europe, le second a pour destination l’Amérique du Nord en passant par les Caraïbes et l’Amérique latine. Face à ces trafics qui s’opèrent sur tous types d’embarcations et navires, la France met en œuvre une stratégie dite du bouclier. Cette dernière vise à intercepter les vecteurs, au large et près des côtes. Les opérations menées près des côtes associent les Douanes, la Gendarmerie, la Police nationale, la Marine ainsi que les services de renseignement et d’enquête. Elles nous permettent de réaliser des saisies de quelques dizaines, à plusieurs centaines de kilogrammes de stupéfiants. Ces saisies sont réalisées au large par des navires de la Marine basés aux Antilles et en Guyane, souvent appuyés par des moyens aéronautiques. Ces actions ont abouti à la saisie de près de 28,3 tonnes de stupéfiants en 2024 et 35,7 tonnes en 2025.
Quelles sont les règles de droit qui permettent l’arraisonnement des navires et l’interpellation des trafiquants ?
C.A. J-B. S. : Nous conduisons notre action de lutte dans le cadre du droit international. Les commandants des navires et aéronefs de l’État ont, de par la Loi du 15 juillet 1994, un pouvoir de police en mer. Un commandant peut, sous certaines conditions, employer la force pour arraisonner un navire qui refuse de se soumettre à un contrôle en haute mer. Il peut aussi prendre des mesures de coercition envers les trafiquants. La place de l’institution judiciaire est ici centrale car ces mesures sont exécutées sous le contrôle du Procureur de la République et du juge des libertés et de la détention.
Constatez-vous une évolution des modes opératoires des trafiquants et comment y faire face?
C.A. J-B. S. : Les narcotrafiquants ne cessent de s’adapter pour contourner nos moyens de lutte. Ainsi, le recours aux semi-submersibles permet aux organisations criminelles d’exporter de manière discrète plusieurs tonnes de stupéfiants. Cela pose un défi en termes de détection et d’arraisonnement et nous oblige à constamment parfaire et améliorer nos méthodes. Ce combat exige un engagement plein, quotidien et déterminé de nos marins au sein d’un environnement exigeant, marqué par l’incertitude, des appareillages sur alerte, des absences prolongées, un entraînement rigoureux et des prises de risques mesurées, adaptées au domaine de l’action de l’état en mer. Ils méritent toute notre reconnaissance.