Flottille 31F, 70 ans et toutes ses pales !
Publié le 14/04/2026
Née dans le feu des combats en Algérie, la première Flottille d’hélicoptères de combat de la Marine nationale, la 31F, célébrera le 1er août 2026 son soixante-dixième anniversaire.

Mais connaissez-vous son histoire ? Cols bleus vous la raconte.
« Il n’y a pas un jour de l’année sans qu’un hélicoptère de la 31F ne soit en mission », affirme le commandant en second, le capitaine de corvette (CC) Cyril. C’est en Algérie que la Flottille a vu le jour, le 1er août 1956. Créée à partir du détachement de trois hélicoptères Vertol H21C prêtés par l’aviation légère de l’armée de Terre, elle stationne à Sétif avec à ses commandes le lieutenant de vaisseau Bailly. Elle ne comprenait alors que 81 marins. Aujourd’hui, elle en compte 200.
Un emblème de courage
Durant sa première année d’existance, la 31F connaît une activité opérationnelle très dense : 600 heures de vol, 6 000 hommes et 40 tonnes de fret transportés en 4 000 convois. Après six mois à ce rythme intensif, un premier équipage de la Flottille est tué au combat dans le Djebel Tebak, pendant l’évacuation de blessés. Deuxième tragédie en 1961, sous le feu du front de libération nationale (FLN), l’hélicoptère-canon 31F-6 explose au sol, durant une intervention près de Berthelot. Enfin, en 1983, au cours de la mission Olifant à Beyrouth, l’un des appareils de la Flottille se crashe en mer au large des côtes libanaises. En 1999, un Lynx s’écrase lors d’un entraînement dans le massif des Maures, tuant le commandant de bord. Ces pertes, la 31F les considère comme des sacrifices fondateurs pour une Flottille de combat. Cet état d’esprit s’illustre à travers la devise de la Flottille : « Tant pis si j’en crève ».
Ses hélicoptères à travers les âges
À sa création, la 31F opérait sur des Vertol H21C ou Piasecki H-21, surnommés « bananes » en raison de leur forme. Offerts par les Américains, ces appareils pouvaient transporter de lourdes charges. Leur rôle était d’évacuer les blessés au combat et de soutenir les unités combattantes au sol. Puis, ayant été transformée en Flottille chargée de lutte anti-sous-marine (ASM), la 31F obtient à partir de 1960 un nouvel hélicoptère américain, le HSS, remplacé peu à peu par le Lynx, à la fin des années 70. En 2010, la Flottille est mise en sommeil dans l’attente de nouveaux appareils. Le 4 octobre 2012, elle est réactivée avec trois Caïman Marine. Dotés d’une vitesse maximale de 324 km/h, d’une autonomie de 3h30, d’une capacité d’accueil de 14 commandos et armés de mitrailleuses, de leurres infrarouges, d’un sonar performant et de torpilles ASM, les caïmans Marine couvrent un large spectre de missions : ASM, antinavire, anti-drone, et contreterrorisme. La 31F effectue également des missions de renseignement et des missions de secours en mer : Search & Rescue (SAR). Ainsi, le 21 mars 2006 dans le golfe d’Oman, un hélicoptère Lynx de la 31F a participé à l’évacuation de membres d’équipage d’un porte-conteneurs panaméen en feu.
Une Flottille qui voyage
Durant la guerre froide, elle participe à la protection des porte-avions français tels que l’Arromanches, le Foch et le Clemenceau. Lors des essais nucléaires à Mururoa, elle intègre le Groupe occasionnel d’hélicoptères du Pacifique, formé en 1966 et chargé de la sécurité du site. Alors que la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980−1988) enflamme le golfe Persique au point de menacer gravement la navigation, un détachement de la 31F est intégré au groupe aéronaval déployé au large de l’Iran. En 1990, elle prend part à la montée en puissance des forces alliées et envoie huit Lynx lors de l’invasion du Koweït par l’Irak.Dans les années 1990-2000, elle participe à de nombreuses opérations extérieures en Yougoslavie, en Irak, en Ethiopie et en Erythrée. En 2003, elle quitte la presqu’île de Saint-Mandrier pour rallier la base d’aéronautique navale d’Hyères. Aujourd’hui, la Flottille opère à bord des frégates multi-missions ou du porte-avions Charles de Gaulle. En 2025, le détachement de la 31F de la frégate multi-missions Languedoc était en mer Rouge dans le cadre de l’opération Aspides, en réponse aux attaques des Houthis. Le second maître (SM) Benjamin, plongeur d’hélicoptère, se remémore le sauvetage des 19 marins du vraquier néerlandais Minervagracht. « Nous avons reçu un message de détresse du cargo hollandais à la suite d’une explosion sur sa coque près du détroit de Bab-el-Mandeb. Le bâtiment qui venait d’être touché par un missile était en train de couler et nous sommes intervenus pour porter secours à l’équipage du navire en feu. Les conditions d’approche étaient difficiles à cause d’une faible visibilité, raconte Benjamin. Nous avons évacué plusieurs marins en les hélitreuillant ». Une tradition perdure à la Flottille : chaque lundi matin, lors de l’appel, un pan de l’histoire de la 31F est racontée. « C’est un temps de recueillement, explique le CC Cyril. Aux dates anniversaires, nous rappelons les actions menées par la Flottille et rendons hommage aux hommes tombés en opération. Nous gardons ainsi en mémoire les sacrifices et l’engagement de ceux qui ont servi avant nous ».
L'emblème de la 31F est un Pégase sur une croix d’Agadès.
Le cheval ailé rappelle les premiers hélicoptères H-21 américains surnommés « work-horse » (cheval de trait) du fait de leur capacité à transporter beaucoup d’hommes et de marchandises.
La croix d’Agadès est le symbole des origines nord-africaines de la Flottille.
