The Famous Project CIC à la conquête du Trophée Jules Verne

Publié le 27/11/2025

Auteur : MT Thomas Bruno et EV2 Nina Moreau

L’équipage 100 % féminin mené par la navigatrice Alexia Barrier s’apprête à partir de Brest pour un tour du monde à la voile sans escale. Objectif : battre le record détenu par Francis Joyon.

La skippeuse Alexia Barrier, chef d'équipe et skipper française du trimaran Ultim Idec Sport est au poste de navigation lors d'un entraînement avant le départ du trophée Jules Verne. Le jeudi 20 novembre 2025, à Brest.

À la veille des 400 ans de la Marine nationale, The Famous Project s’associe aux célébrations en valorisant les valeurs communes d’égalité, de transmission et d’ancrage maritime. En mettant en avant les femmes dans les métiers de la mer et en sensibilisant la jeunesse à l’océan et aux technologies, The Famoust Project prolonge l’esprit d’une Marine nationale tournée vers l’avenir. Ce lien avec l’Institution est d’ailleurs présent depuis longtemps. Titouan Lamazou, co-fondateur du Trophée Jules Verne, skipper et peintre officiel de la Marine en est la preuve. Alexia Barrier et son équipage 100 % féminin espèrent battre, avec leur trimaran IDEC sport, le record, détenu pour l’instant par Francis Joyon depuis 2017. « On est complètement outsider donc si on gagne ce serait une bonne surprise » nous explique la skippeuse. Elle nous raconte comment son projet est né, comment elles se sont préparées et comment le lien avec la Marine les pousse à se dépasser.

Qu’est-ce que le Trophée Jules Verne ?

Alexia Barrier : Le Trophée Jules Verne est un record autour du monde à la voile sans escale, sans assistance et en équipage.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est le « Famous Project CIC » ?

A. B. : The Famous Project CIC est un équipage 100 % féminin qui va tenter de battre le record absolu de vitesse autour de la planète mais avant tout d’établir le premier temps de référence féminin autour du monde sans escale et sans assistance. Mon équipage est composé de 8 femmes, nous avons à bord entre 23 et 52 ans et on retrouve 7 nationalités différentes.

Pourquoi un équipage uniquement féminin ?

A. B. : J’ai souhaité faire un équipage uniquement féminin parce qu’en rentrant de mon Vendée Globe en 2020, je me suis rendu compte que sur 250 marins ayant tenté le Trophée Jules Verne en 30 ans, il n’y avait que 14 femmes ! Ça m’a surprise et je me suis dit « ce n’est pas possible il faut que je fasse quelque chose ». Alors j’ai décidé de faire un équipage 100% féminin.

Pouvez-vous nous le présenter ?

A. B. : Nous avons la légende de la voile Dee Caffari, qui est ma co-skippeur anglaise. Elle a fait 6 fois le tour du monde. Elle est la seule femme ayant fait le tour du monde à l’endroit et à l’envers, en solitaire, sans escale et sans assistance.  Il y a Annemieke « Bessie », Bes qui est médaille d’argent aux Jeux Olympiques et d’origine hollandaise. Tamara « Xiquita » Echegoyen, espagnole et médaille d’or Jeux Olympiques. La plus jeune de l’équipage, Deborah « Debs » Blair a elle 23 ans et est anglaise. Il y a Molly LaPointe, une américaine qui a fait un tour du monde avec escale en équipage. Puis Rebecca « Bex » Gmür Hornell qui a la double nationalité néozélandaise et suisse. Enfin, nous avons la légende de l’hémisphère sud australienne Stacey Jackson, navigatrice chevronnée avec deux tours du monde en équipage à son actif.

 

Ce qui nous lie à la Marine nationale est cette envie de travailler en équipe, d’apprendre des uns des autres, la force du collectif

 

Comment s’est fait cette sélection ?

A. B. : J’ai démarré la sélection en rentrant du Vendée Globe en 2022 en envoyant un communiqué de presse et j’ai reçu 300 candidatures. Il y avait des femmes du monde entier, des Japonaises, des Coréennes, des Américaines. Elles n’avaient parfois jamais navigué de leur vie et quand elles ont lu qu’on allait faire le tour du monde en équipage féminin, elles se sont dit « yes ça a l’air trop génial ». Je suis heureuse d’avoir allumé cette petite flamme au fond de leur cœur, même si elles n’avaient pas du tout le niveau ou le profil. Finalement, on est arrivées à une short liste de 30 personnes. On s’est entraînées pendant 2 ans et demi où je les ai invitées les unes après les autres pour arriver à cette dream team de 8 personnes qui partent avec moi dans quelques jours.

Comment se passe une journée à bord ?

A. B. : Dee, ma co-skippeur et moi-même veillons pendant 4 heures chacune et le reste de l’équipage fait 3 heures sur le pont et 3 heures off. A chaque nouvelle heure, une nouvelle personne monte sur le pont. Pendant les 3 heures off, on peut dormir, se nourrir, faire sa toilette et potentiellement aider à réparer du matériel qui est cassé. Quand on fait une manœuvre tout le monde doit être sur le pont. Parfois on vient juste d’être off, de se coucher dans sa bannette, en étant au sec et on est tout de suite rappelées pour faire une manœuvre. Il faut être prête à avoir peu de sommeil.

Pouvez-vous nous présenter votre bateau ?

A. B. : Notre trimaran a été dessiné par VPLP Design et construit en 2006 à Vannes pour le premier équipage qui a remporté le Trophée Jules Verne avec Groupama 3 pour Franck Cammas. Le bateau est incroyable parce qu’il a gagné 3 fois la route du Rhum et 2 fois le Trophée Jules Verne. La dernière fois c’était il y a 8 ans donc ça remonte un peu mais même s’il est vieux, il est costaud. Il connait la route et il a plein de records à son actif.

Le Maxi-trimaran de IDEC sport dans la rade de Brest pour le dernier entrainement avant le départ pour le trophée Jules Verne.

 

Pensez-vous pouvoir battre le record de Francis Joyon de 40 jours et 23 heures 30 établi en 2017 ?

A. B. : Le record de Francis Joyon et de son équipage à bord de l’IDEC sport a été établi il y a 8 ans en remportant le Trophée. Ils avaient plus d’expérience que nous. Pour rappel, depuis 30 ans, il n’y a pas eu de femme en trimaran. Ce record est dur à battre mais on va tenter notre chance.

 

Je le fais pour l’aventure humaine et le dépassement de soi

 

Vous rentrez dans une période de stand-by, pouvez-vous nous expliquer ?

A. B. : La période de stand-by est la période pendant laquelle on peut s’élancer pour le tour du monde parce que la météo est favorable. Entre le mois de novembre et le mois de mars, c’est l’été dans l’hémisphère sud et on peut avoir du vent portant pour partir de la Bretagne et arriver jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Imaginez-vous au casino à la machine à sous en train d’essayer d’avoir toutes les cerises : c’est un peu pareil pour la fenêtre météo car notre but est d’avoir les meilleures conditions possibles !

Créée par des marins pour des marins, qu’est-ce qui vous lie à la Marine nationale ?

A. B. : Ce qui nous lie à la Marine nationale aujourd’hui c’est cette envie de travailler en équipe, d’apprendre des uns des autres, de mettre en avant l’humain, la diversité, la force du collectif. Ces différences qu’on a dans l’équipage international, les différences d’âges aussi sont je pense notre force. On se retrouve sur des valeurs communes avec la Marine, on est tous des marins qu’on soit sur un grand navire ou un petit trimaran.

Votre projet s’associe aux célébrations des 400 ans de la Marine nationale. Comment cela s’est-il fait ? Quel est l’impact pour vous ?

A. B. : On a candidaté pour être labellisées 400 ans de la Marine nationale. Nous sommes établies à Brest et il n’y a pas d’écurie de course au large là-bas. Le fait qu’on ait une transversalité des acteurs de la mer sur cet événement est très important. Je trouve ça essentiel. Nous on représente la course au large, il y aura d’autres navires qui représenteront d’autres domaines de la Marine.

 

Respecter l’océan, ça veut dire apprendre à se respecter, à respecter les autres

 

Avez-vous des projets communs avec la Marine à l’occasion de ce projet ?

A. B. : Oui. Nous allons nous retrouver pour les 400 ans tout au long de l’année sur différentes séquences de célébrations mais aussi pendant des visites de bateaux, des ateliers. Être ensemble pour valoriser nos initiatives, aider à faire avancer le leadership et travailler en équipe, c’est ce qui nous tient à cœur.

En tant que marins du monde civil, quelles valeurs partagez-vous avec la Marine ?

A. B. : On est tous des marins qu’on soit Marine nationale, marins de pêche, marins de commerce, marins de trimaran. Je pense qu’il est important pour nous tous de respecter notre environnement, l’océan. Ça veut dire apprendre à se respecter, à respecter les autres. La solidarité des gens de mer existe chez tous les marins.

Quel message souhaitez-vous faire passer en cas de victoire en remportant le Trophée Jules Verne ?

A. B. : On est complètement outsider donc si on gagne ce serait une bonne surprise. Je ne fais pas ce métier pour accumuler les médailles ou les records, même si j’en ai un paquet. Je le fais pour l’aventure humaine et le dépassement. Si on gagne, ça voudra dire qu’on a bien travaillé tous ensemble et je pense que ce sera mérité.

Que pouvons-nous vous souhaiter ?

A. B. : Vous pouvez nous souhaiter de revenir très vite après le tour du monde à Brest !

 

 

La solidarité des gens de mer existe chez tous les marins

L'équipe du trimaran Ultim Idec Sport range le matériel de voile suite d'un entraînement à la mer avant le départ du trophée Jules Verne. Le jeudi 20 novembre 2025, à Brest.