Erwan Le Draoulec (Transat Café L’Or) : « Dans notre malheur nous avons eu la chance de rencontrer des marins géniaux »

Publié le 29/10/2025

Auteur : EV2 Titouan LECHEVALLIER

Pour Cols bleus, le skipper Erwan Le Draoulec revient sur le chavirage de son trimaran lors de la Transat Café L’Or et sur son sauvetage par la Marine nationale. Interview.

Photo de l'équipe transat café l'or avec Erwan Le Draoulec

Erwan, avec votre binôme Tanguy Le Turquais, vous avez pris le départ de la Transat Café L’Or samedi 25 octobre en milieu d’après-midi, comment se sont passées les premières heures de navigation ?

On a franchi la ligne de départ sur les coups de 16h30, sans aucun problème. C’était évidemment un départ très engagé en raison de la météo mais avec Tanguy nous étions dans l’optique de préserver le bateau. Ce n’était pas dans un moment comme ça qu’allait se jouer la première place. On était parmi ceux qui avaient mis le moins de voiles. A l’approche de Cherbourg dans la soirée, on a senti un choc sur l’un des flotteurs du trimaran, on a vérifié comme on pouvait notre flotteur par 20 nœuds de vent, ce qui n’est pas évident, mais sans voir quoi que ce soit.

 

On comprend rapidement que le bateau à un comportement bizarre, on a changé de cap et c’est là que nous avons chaviré…

 

Vous vous souvenez du déroulé de cet incident ?

Tout s’est joué en quelques secondes mais avec du recul et avec la vue que nous avons eue sur notre bateau depuis l’hélicoptère de la Marine qui nous a ramené à terre, on comprend mieux ce qui s’est passé. Le flotteur qui a tapé, a eu une micro-déchirure avec le choc et s’est progressivement rempli d’eau. Quand on a changé de cap le bateau était complétement déséquilibré. Dès lors l’arrière est passé par-dessus le nez, j’ai volé sur six mètres en passant du cockpit au pied du mât, où était déjà Tanguy. Je suis encore courbaturé de ce vol plané durant lequel j’ai cogné contre pas mal d’éléments du bateau. Ce qui est rassurant, c’est de se dire que ce n’est pas une erreur de manœuvre de notre part. Si ça avait été le cas, le bateau aurait chaviré par un côté et non d’arrière en avant.

 

Une fois votre trimaran retourné, quels ont été vos premiers réflexes ?

Avec Tanguy nous étions assez bien préparés à cette course et nous avons tous les deux déjà réalisé des stages de survie mais quand ça arrive vraiment on n’est jamais vraiment prêts. Pour autant on a essayé de tout faire dans les règles de l’art, on est passé de sous le bateau, avec l’eau qui monte, à la coque centrale où l’on doit s’abriter dans ce genre de situation, le tout dans le noir. J’ai alors déclenché la balise du bateau et lancé un « mayday »à la VHF (very high frequency). C’est là qu’on a eu notre premier contact avec la Marine puisque le CROSS (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) a très vite répondu à notre appel en nous rassurant. Nous étions stressés de dériver vers des cailloux. Dans la foulée ils nous ont annoncé le décollage de l’hélicoptère de la Marine et une arrivée estimée à neuf minutes plus tard. Ça nous a laissé le temps de continuer la procédure en enfilant les combinaisons de survie par exemple.

 

Le trimaran Lazare, retourné, capté depuis le H160 de la Marine nationale chargé de l’hélitreuillage des skippers
Le trimaran Lazare, retourné, capté depuis le H160 de la Marine nationale chargé de l’hélitreuillage des skippers

 

C’était une des premières fois que vous interagissiez avec la Marine nationale ?

Même si nous sommes du même milieu c’est vrai que nous n’avons pas forcément d’échanges mais en l’occurrence dans notre malheur nous avons eu la chance de rencontrer des marins géniaux. Le CROSS a été extrêmement rassurant et pro dans ses échanges et l’hélicoptère aussi dès qu’il a pris le relais sur la VHF pour lancer notre hélitreuillage. Je ne sais pas trop comment et pourquoi, mais j’ai été le premier à être remonté par l’équipage et Tanguy a suivi juste après. C’est seulement à ce moment-là qu’on a aligné les éléments et compris tout ce que je raconte actuellement.

C’est toujours agréable dans un moment où on ne maîtrise plus rien, où on est entouré de paquets de mer qui secouent notre bateau retourné, d’avoir quelqu’un de serein, de pro et de souriant qui descend au bout d’un câble pour nous sauver.

 

Vous êtes restés en lien avec toutes les personnes impliquées dans ce sauvetage ?

Évidemment ! Nous avons été sur la base de lhélicoptère à Maupertus trois jours après notre mésaventure pour revoir ceux qui nous ont hélitreuillé et voir lengin. Des personnels du CROSS et Sam, le pilote de l’hélicoptère, sont venus visiter notre bateau mardi une fois qu’il a été remis à l’endroit au port de Cherbourg. Cette mésaventure nous a permis des rencontres incroyables. La SNSM (société nationale de sauvetage en mer), qui a géré notre bateau après le chavirage et après notre hélitreuillage a aussi été à nos côtés dès le lendemain pour retourner le bateau et nous soutenir. Il y a un vrai lien qui unit tous ceux qui ont œuvré à ce sauvetage.

 

Quelles sont les perspectives pour votre bateau ?

Comme aime le dire Tanguy : « on a des problèmes de vivants et cest déjàça ». Le bateau nest, évidemment, pas dans un super état mais nous sommes vivants et cest une chance. Lheure est désormais à la recherche de fonds car les réparations se chiffrent à plus de 500 000 euros, somme que nous navons pas. On pourrait abandonner mais cette Transat nous la faisions pour lassociation Lazare, qui crée des colocations entre jeunes et SDF, donc quand on voit le projet et les gens qui en font partie on ne peut pas baisser les bras. Pour eux, on va tout faire pour réparer ce bateau et se relancer dans une course. Tous les soutiens sont les bienvenus !

 

L’un des skippers du trimaran en train d’être équipé par le plongeur du H160 de la Marine pour être hélitreuillé, scène captée depuis l’hélicoptère chargé du sauvetage des skippers
L’un des skippers du trimaran en train d’être équipé par le plongeur du H160 de la Marine pour être hélitreuillé, scène captée depuis l’hélicoptère chargé du sauvetage des skippers