En Gironde avec le pompier Damien : « Fatigué mais fier du travail accompli »

Publié le 28/08/2026

Auteur : La rédaction

À la tête d'un groupe d'intervention feux de forêt (GIFF) de 14 marins-pompiers, l’enseigne de vaisseau a conduit plusieurs missions sur le secteur de Lanton. Une expérience opérationnelle et humaine.

À la fin du mois de juillet, le bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM) a engagé plusieurs détachements en Gironde afin de renforcer les moyens de lutte contre les feux de forêt. Parmi eux, l'enseigne de vaisseau de 1ère classe (EV1) Damien, chef de groupe affecté au groupement Nord et prenant ses gardes au centre d’incendie et de secours (CIS) de La Bigue.

Vous êtes parti en renfort en Gironde. Comment s'est déroulé votre déploiement ?

EV1 Damien : Nous sommes partis de Marseille dans la soirée du 28 juillet pour rejoindre nos camarades déjà engagés en Gironde. À notre arrivée, après un temps de repos court, nous avons effectué la relève des engins et pris connaissance de la situation afin d'être opérationnels dès le début de la matinée. Très rapidement, nos groupes ont été répartis sur différents secteurs pour débuter les missions.

Quelles étaient précisément vos missions sur place ?

EV1 Damien : Au début, nous avons été engagés sur des missions de traitement de lisières, de noyage et de surveillance des reprises de feu. Très rapidement, une importante reprise s'est justement déclarée sur notre secteur. J'ai alerté le chef de secteur et j’ai engagé mon groupe. Avec les autres groupes du détachement, nous avons œuvré quasiment toute la journée sur cette parcelle très active. Le feu n'était pas particulièrement virulent, mais il était très difficile à fixer : le vent changeait sans cesse de direction et le sol, très sec, continuait à couver malgré les quantités d'eau répandues. On avait beau noyer, ça repartait toujours un peu plus loin.

 

Le feu n'était pas particulièrement virulent, mais très difficile à fixer : le vent changeait sans cesse de direction et le sol, très sec, continuait à couver

 

Vous commandiez un GIFF (groupe d’intervention feux de forêt). Quel était votre rôle ?

EV1 Damien : J'avais sous ma responsabilité 14 marins-pompiers répartis sur quatre camions-citernes « feux de forêt », ainsi qu'un véhicule de commandement. Mon rôle était de coordonner les actions de mon groupe, d’assurer la sécurité des marins-pompiers et de renseigner le chef de secteur sur la situation en étant force de proposition sur la stratégie de lutte.

Quel bilan tirez-vous de cette intervention ?

EV1 Damien : Le premier motif de satisfaction, c'est que nous sommes tous rentrés sans blessé et sans casse matérielle. Pour un chef de groupe, c'est la priorité.

Au-delà de cet aspect, cette mission a permis aux équipes de mettre en œuvre l'ensemble de leurs savoir-faire : attaque au canon, établissement de tuyaux, progression dans la végétation ou encore traitement des reprises. C'était une mission très formatrice, notamment pour les plus jeunes. Certains y ont vécu leur premier engagement en feux de forêt, gagnant énormément d'expérience en quelques jours.

 

C'était une mission très formatrice. Certains jeunes ont vécu là leur premier engagement en feux de forêt

 

Les marins-pompiers étaient-ils préparés à ce type de mission ?

EV1 Damien : Oui. Nous nous entraînons toute l'année pour faire face à de telles situations et cela s'est ressenti sur le terrain. Les reliefs marseillais nous habituent à évoluer dans des conditions parfois complexes. En Gironde, la végétation est différente et les pistes de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) aussi, mais cela ne nous a pas posé de difficulté particulière. Finalement, ce qui nous a surtout demandé de l'adaptation, c'était le comportement du feu et les caractéristiques de la végétation. Le personnel s’est rapidement adapté et notre manière de travailler a été reconnue. Plusieurs responsables sur place sont venus nous féliciter et nous dire qu'ils avaient apprécié notre engagement. Cela fait toujours plaisir, parce que cela récompense le travail réalisé tout au long de l’année.

Plusieurs relèves se sont succédée. Quel regard portez-vous sur cette organisation ?

EV1 Damien : C'était une organisation efficace. Les véhicules restaient sur place pendant toute la durée de l'engagement, tandis que seuls les équipages étaient relevés avec des trajets en bus depuis Marseille. Les camions étaient entretenus directement sur zone entre chaque relève. Malgré la poussière, le sable et les nombreuses heures d'engagement, le matériel a répondu présent. Nous n'avons rencontré aucune difficulté majeure  et sommes restés pleinement concentrés sur notre mission.

Vous avez travaillé avec le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de la Gironde. Comment s'est passée cette coopération ?

EV1 Damien : La coordination s'est très bien déroulée. Le commandement du SDIS de la Gironde gardait le commandement des opérations. De notre côté, nous apportions nos capacités, notre expérience et nos propositions tactiques.

Les échanges ont toujours été constructifs. Nous étions écoutés lorsque nous proposions une manière d'engager les engins ou d'organiser les manœuvres. Il y avait une vraie confiance mutuelle et c'est ce qui permet de travailler efficacement dans ce type d'opération.

Le soutien apporté par les agriculteurs et les bénévoles a marqué les esprits. Quel rôle ont-ils joué ?

EV1 Damien : C'est certainement ce qui m'a le plus marqué. Sur le plan opérationnel, les agriculteurs ont joué un rôle essentiel. Pendant que nous étions engagés sur le feu, ils nous attendaient sur les routes avec leurs porteurs d'eau. Dès que nos citernes étaient vides, ils les remplissaient en une dizaine de minutes. Grâce à eux, nous ne nous sommes jamais demandés où nous allions trouver de l'eau. C’est un gain de temps énorme.

Et puis il y avait tout le reste. Les bénévoles, les élus, les équipes de soutien... Ils avaient pensé à tout. Au gymnase, il y avait de quoi manger, se doucher, se reposer, remplacer une brosse à dents oubliée ou récupérer quelques affaires. Un restaurateur venait même chaque soir avec son food-truck préparer des repas pour les équipes. Au final, nous n'avions à penser qu’à une chose : partir au feu. Tout le reste était pris en charge, par les bénévoles sur place ou par notre soutien opérationnel, qui nous ravitaillait directement sur le terrain en eau, en repas ou en matériel. Ce soutien a apporté une vraie différence sur une intervention aussi longue.

Quel souvenir gardez-vous de l'ambiance sur place ?

EV1 Damien : Les communes étaient quasiment désertes à cause des évacuations. Par moments, on avait vraiment l'impression d'évoluer dans un paysage presque apocalyptique. Les routes étaient vides, les hectares de forêt brûlés, il n'y avait pratiquement personne. En revanche, tous ceux que nous croisions — les agriculteurs, les bénévoles, les élus — nous témoignaient énormément de reconnaissance. On sentait qu'ils vivaient cette catastrophe depuis plusieurs jours et qu'ils étaient soulagés de voir arriver des renforts.

 

Cette solidarité avec les agriculteurs, les bénévoles et les élus restera certainement l'un des souvenirs les plus forts de cette mission

 

Comment les marins-pompiers ont-ils vécu cet engagement ?

EV1 Damien : Le moral est toujours resté excellent. Il y avait une très bonne ambiance dans le groupe. Certains découvraient leur premier grand feux de forêt, d'autres étaient plus expérimentés, mais tous étaient prêts à intervenir. Les journées étaient longues. Le mercredi, par exemple, nous avons travaillé pratiquement sans interruption de 8 heures à 21 heures sur une même reprise. À la fin de la journée, la fatigue était bien présente. Mais grâce aux relèves et à l'organisation mise en place, chacun a pu récupérer correctement. À notre retour, tout le monde avait le sentiment d'avoir été utile. Les dix heures de route pour rejoindre la Gironde prenaient tout leur sens.

En tant que chef de groupe, qu'avez-vous retiré de cette expérience ?

EV1 Damien : Sur le plan opérationnel, c'est forcément une expérience très enrichissante. Ce que je retiens surtout, c'est l’importance de la dimension humaine dans le commandement. Pendant plusieurs jours, nous avons vécu ensemble en permanence. Mon rôle ne consistait pas uniquement à conduire les opérations. Il fallait aussi veiller à chacun, maintenir la cohésion, s'assurer que le personnel récupérait correctement, détecter les petits coups de fatigue et faire en sorte que tout le monde rentre en sécurité.

Finalement, c'est cette proximité avec les équipes qui m'a le plus marqué. Voir le groupe revenir fatigué mais fier du travail accompli est probablement la plus belle satisfaction que je retiens de ce détachement.