Élection des nouveaux peintres officiels de la Marine : les POM ont la cote !

Publié le 13/05/2026

Auteur : Nathalie Six

Le 12 mai, veille de l’ouverture du 46e Salon de la Marine, le jury des Peintres officiels de la Marine délibérera pour sélectionner une dizaine de noms parmi les candidats exposés.

C’est le chef d’état-major de la Marine qui validera le choix final. Les nouveaux POM seront intronisés le 2 juillet. Cols bleus a réuni trois membres du jury : son président, le contre-amiral David Samson, Jacques Rohaut, le président de l’association des POM, et Thierry Gausseron, le directeur du musée national de la Marine, pour une conversation sans filtre sur l’art.

Comment sont élus les nouveaux Peintres officiels de la Marine (POM) ?

CONTRE-AMIRAL DAVID SAMSON : Il doit au moins y avoir une quarantaine de POM. Lorsque l’un d’entre eux nous quitte, il faut attendre la tenue d’un salon pour organiser des élections. Pour ce 46e Salon, le premier appel à candidatures a été lancé au printemps 2025 sur le thème « 400 ans d’art et de combat ». Les peintres qui souhaitaient être exposés ont envoyé leur dossier, nous en avons reçu 280. Parmi ceux-ci, 80 % ont aussi candidaté pour devenir POM.

JACQUES ROHAUT : On note une augmentation de l’attrait pour les candidatures POM. Traditionnellement, le salon se tenait tous les deux ans. En 2017, il y a eu une rupture car c’était la dernière exposition avant la fermeture du musée pour travaux. Un salon avait été prévu à Brest en juin 2020, mais à cause du Covid, il n’a pas pu avoir lieu avant 2021. Cinq ans plus tard, nous revoilà.

THIERRY GAUSSERON : Cette année, le musée de la Marine non seulement accueille le salon mais l’accompagne et le renforce avec une seconde grande exposition, La Marine et les peintres, quatre siècles d’art et de pouvoir. On s’intéresse à ce que Régis Debray appelle « l’État séducteur ». Avec ses peintres, qu’ils soient POM ou non, la Marine a toujours travaillé sa communication. Et ça passe, en particulier, par l’art.

Quels ont été les critères de sélection ?

J. R. : La Marine veut tenir compte de nouveaux métiers, de nouvelles formes d’expression, donc elle envisage d’intégrer les arts numériques. Il est essentiel aussi que continuent à être représentés les différents métiers : nous avons des peintres, des graveurs, des sculpteurs, des photographes… Avec de grands noms comme Jean Gaumy, dont l’oeuvre « marine » a fait l’objet d’une exposition importante au musée en 2025, et un grand dessinateur de bande dessinée, Emmanuel Lepage. Nous envisageons aussi la nomination de jeunes artistes, car l’une des règles non écrites pour un POM est d’embarquer.

CA D. S. : C’est une chance à saisir pour donner une impulsion au groupe des POM. Nous notons l’originalité, le respect du thème ou la maîtrise de la technique artistique, pourtant ce qui m’importe en tant que président du jury, c’est ce que ces gens vont faire concrètement demain pour la Marine. Ces POM seront des ambassadeurs pour l’Institution, des témoins de ce que font les marins en mer et en opération. Nous avons reçu des oeuvres très touchantes, poétiques : c’est ça la force paradoxale des peintres, arriver à émouvoir sur un sujet plutôt guerrier ou technique.

 

Lʼune des vertus du salon est de donner envie aux militaires de sʼintéresser à lʼart, voire de produire eux-mêmes

 

À quelle école de peinture appartiennent les POM ?

T. G. : Depuis 1830 jusqu’à maintenant, malgré des tentatives de modernité, les POM ont toujours été fidèles à l’art figuratif. On y trouve assez peu d’abstraction totale, ni de subversion pour provoquer le scandale, ce que l’art contemporain essaie de temps à autre d’utiliser. C’est peut-être la force de cette forme de peinture. Les POM sont des documentaristes ou des journalistes par les arts. Depuis une quinzaine d’années, l’art figuratif fait son grand retour après avoir été considéré comme ringard dans les années 1980.

J. R. : Il y a des choses qui techniquement sont de bonnes qualités et puis il y a le goût de chacun. On peut préférer Van Gogh à Cézanne, mais les deux répondent à des critères incontestables. Il est important que chez les peintres de la Marine, se perpétue une tradition de la beauté qui a été parfois niée par une partie du monde artistique actuel.

T. G. : C’est la même tradition que celle du musée. Bien sûr, nous sommes au service de l’histoire, de la technique, des souvenirs maritimes, mais c’est surtout par le Beau que l’on aspire à transcender l’ordinaire. Prenez un modèle de sous-marin nucléaire. Ce n’est pas une maquette. C’est un objet noir assez mystérieux qui est capable de faire des choses très inquiétantes. Mais, placé dans un musée, il change de nature. On change le regard sur cet objet qui possède une beauté insoupçonnée et devient un objet d’art. Et c’est un peu la même chose pour la mission des peintres de la Marine dont parlait le contre-amiral Samson. Je trouve paradoxal et même formidable de montrer que la Marine, ses militaires et ses ingénieurs s’intéressent encore à la beauté ou à l’art, même en pleine guerre. L’une des vertus du salon est de faire en sorte que les militaires eux-mêmes aient envie de s’intéresser à l’art, voire de produire eux-mêmes. En fin de compte, nous avons compté aussi des marins qui sont devenus des artistes sans être des POM. Pierre Loti ne l’a jamais été, il était écrivain, et a pourtant produit notamment de magnifiques dessins de l’île de Pâques. On se souvient de musiciens exceptionnels comme Albert Roussel et Jean Cras. Le goût des arts habite toujours un peu le quotidien des marins.

Amiral, en tant que marin, que vous apporte l’art dans votre quotidien ?

CA D. S : Je me suis toujours intéressé à l’art, grâce à ma famille. Ma grand-mère peignait, et elle avait reçu, pour son premier prix du conservatoire, un livre de Rosa Bonheur avec des gravures magnifiques, dont j’ai hérité. Mon père peignait et dessinait, et maintenant c’est mon fils l’artiste puisqu’il fabrique du contenu audiovisuel et je vois qu’il a l’oeil. Me concernant, j’ai fait un peu de peinture et de dessin, durant une courte période. J’ai d’ailleurs proposé une oeuvre au 42e Salon de la Marine, qui n’a pas été retenue. Cela m’a rassuré car je me suis dit que c’était vraiment tenu par des professionnels (rires) ! Dans mon bureau, je garde toujours quelques oeuvres d’art parce qu’elles me réconfortent, elles me font rêver. L’art est consubstantiel du métier de marin car si nous sommes des marins de combat, notre milieu, c’est la mer, et c’est nécessairement un milieu poétique qui appelle aussi à l’écriture, la peinture et le dessin.