Dupuy-de-Lôme : Silence, ça écoute !
Publié le 18/08/2026
Discret et silencieux le Dupuy-de-Lôme sillonne les mers à la recherche d'émissions électromagnétiques. Cols bleus a exceptionnellement pu monter à bord !

Au Centre, ce temple de la détection électromagnétique qui remplace à bord le central opérations des frégates, le maître principal (MP) Simon* tient tout de suite à démystifier l’image de l’agent secret : « C’est un travail de longue haleine. On peut avoir parfois un ratio de 90 % de déchet pour 10 % de matière intéressante. Il faut bien avoir à l’esprit que ce métier peut être ingrat ». Autour de lui, casques sur les oreilles, les opérateurs d’écoute, dont il est le chef de secteur, épient les ondes à la recherche de communications d’intérêt militaire. Ils savent qu’ils doivent être prêts à saisir toute opportunité. « Sur une interception, si on s’en sort bien, on peut identifier parfois le contenu d’une discussion, ses interlocuteurs, parfois leur localisation… » : les fameux 10 %.
Un bâtiment conçu pour le renseignement militaire
Depuis 2006, le Dupuy-de-Lôme sillonne les mers à la recherche d’émissions électromagnétiques, qu’il identifie et analyse, selon les besoins exprimés par la Direction du renseignement militaire (DRM). Conçu dès son origine pour cette mission, il est équipé d’outils de captation, améliorés en continu pour suivre les différentes évolutions technologiques. Le bâtiment offre donc une affectation très riche à ses marins. « C’est une unité qui apporte une expérience extrêmement formatrice, confirme le MP Simon*. Les opérateurs y sont encadrés, en apprentissage continu et ils travaillent en coordination avec différentes spécialités. »
Le Centre accueille en effet une grande diversité de métiers. Au quotidien, plusieurs dizaines d’hommes et de femmes peuvent y travailler, traquant les émissions et analysant leur contenu. En mission, les marins de l’équipage intègrent des renforts venus des différentes armées et de la DRM. Devant eux, les écrans s’alignent et s’accumulent bien au-dessus des têtes. Certains affichent des courbes fluorescentes, vertes, bleues, rouges. D’autres se remplissent de texte au fur et à mesure des comptes rendus ou des traductions.

Pas d’opérations sans bases de données fiables
Dans cette ruche, aussi discrets que leurs missions, les opérateurs radars se concentrent sur la signature électromagnétique des différents systèmes, dans les domaines maritime, aérien et terrestre : « Chaque armée a son appétence, explique le MP Michel*, chef du secteur ELINT, pour Electronic Intelligence. Du côté des marins, nous sommes plutôt experts dans le domaine naval ; les renforts viennent avec leurs spécialisations aéro ou terrestres. On se complète ». Les ELINT de la Marine sont toutefois les seuls au Centre à ne pas relever d’une spécialité du renseignement : sur une frégate, ils seraient au central opérations, au cœur du combat naval et ils y utiliseraient… exactement les bases de données qu’ils contribuent à maintenir à jour depuis le Dupuy-de-Lôme !
À quelques pas de là, le premier maître (PM) Étienne*, chef du secteur analyse, acquiesce. Son rôle : transmettre à la Direction du renseignement militaire le ROEM recueilli, pour alimenter ou mettre à jour ces fameuses bases de données. À bord, il transforme donc la donnée brute en information intelligible, « un renseignement idoine », précise-t-il, correspondant aux orientations données par la DRM.
Un renseignement agile
Le Dupuy-de-Lôme est en contact permanent avec les centres experts et plateaux thématiques de la Direction du renseignement militaire. « Il faut toujours être au bon endroit au bon moment », note le PM Étienne*. Cela suppose une orientation en amont par la DRM mais surtout une capacité à s’adapter aux contraintes du terrain et aux opportunités. Le dialogue est facilité par l’embarquement, selon les missions, d’un officier de liaison de la DRM : « Nous sommes là pour mettre de l’huile dans les rouages », explique le capitaine Paul*. À bord lors d’une mission passée, il avoue avoir vécu une expérience hors du commun et être revenu avec quelques souvenirs exceptionnels… qui resteront de l’ordre du secret. Comme lui, nous quittons le bord, avec le sentiment d’avoir entrouvert un œil chanceux sur ce qui se dérobe d’ordinaire aux profanes et laissons le Dupuy-de-Lôme naviguer vers ses prochaines missions.
*Tous les prénoms ont été modifiés.
Le ROEM Quésaco ?
Le renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) est le renseignement recueilli à partir de l’interception des émissions radio et radars ainsi que de l’étude des réseaux de télécommunications. Le ROEM est récolté à partir de capteurs qui peuvent être situés en mer (le Dupuy-de -Lôme), dans les airs (l’avion Vador), voire dans l’espace (les satellites CERES).
Des chiffres et des lettres : le CF3E
Le Centre de formation et d’emploi relatif aux émissions électromagnétiques (CF3E) est l’un des centres experts de la DRM. Ses missions : expertiser et analyser les signaux électromagnétiques ; orienter, centraliser et diffuser le ROEM collecté par tous les capteurs de la DRM et des armées, et enfin administrer les bases de données techniques nationales.
