Déployé dans le Sud-Ouest, un marin-pompier de Marseille raconte la lutte contre les feux
Publié le 07/08/2026
À la rencontre du second maître Hugo, marin-pompier de Marseille déployé dans le Sud-Ouest face aux incendies.

En appui des forces de sécurité civile et en complément des autres armées, de nombreux marins-pompiers se sont relayés dès le 23 juillet dans les Landes et en Gironde pour faire face aux feux de végétation sévissant dans la zone. Parmi eux : les marins-pompiers du bataillon de Marseille, dont le second maître Hugo, chef d’agrès de l’un des quatre camion-citerne feux de forêt (CCF) du groupe d’intervention feux de forêt (GIFF). Il s’est confié à Cols bleus.
Quelles étaient vos missions durant votre déploiement dans le Sud-Ouest ?
Second maître Hugo : En Gironde, j’étais responsable opérationnel d’un camion-citerne feux de forêt (CCF) et des équipiers qui m’étaient affectés. À notre arrivée, les opérations d’évacuation des populations étaient déjà en cours. Notre mission ne consistait donc pas à participer à ces évacuations, mais plutôt à limiter la propagation des incendies qui menaçaient les zones urbaines. Nous avons d’abord été engagés à Biscarosse, déployés sur une « ligne d’appui ». Concrètement, nous nous sommes positionnés aux côtés d’autres engins pré-positionnés sur une route, afin d’anticiper l’arrivée du feu et d’empêcher sa propagation. Avec trois autres CCF, nous effectuions des allers-retours sur des pistes de défense des forêts contre les incendies (DFCI). L’objectif était de noyer les abords du feu et de traiter les petites reprises de flammes. Si l’intensité du feu était relativement faible sur ce secteur, notre action était cruciale : elle évitait toute évolution vers un incendie plus violent. Entre chaque passage, les agriculteurs locaux nous venaient en aide en remplissant nos citernes à eau.
Votre mission est toujours restée la même ? Vous avez tout de même pu vous reposer ?
SM Hugo : Après quelques heures de repos dans un gymnase mis à disposition par la municipalité, nous nous sommes rendus à Lège-Cap-Ferret. Là, de 2h à 6h du matin, nous avons combattu des reprises de feu. La méthode était systématique : noyage initial par les canons d’eau des CCF, puis intervention directe par lance avec les équipiers. Une fois notre secteur sécurisé, nous avons pu reprendre notre repos avant d’attaquer, de 8h à 14h, une nouvelle reprise située à proximité. Par la suite, nous avons bénéficié d’un vrai moment de calme au gymnase, profitant de la logistique assurée par les bénévoles locaux : douche, restauration et encas pour le terrain. Le rythme était certes intense, mais nous y sommes formés et la motivation était au rendez-vous.
Quelles différences géographiques avez-vous remarqué entre la Gironde et Marseille ?
SM Hugo : Il y a une différence de terrain avec notre quotidien : les camions des services d’incendie locaux sont conçus pour pénétrer dans les bois, passer entre les lignes de pins et aller chercher le feu à la source. Nous, marins-pompiers, nous sommes habitués à porter des tuyaux à dos à pied dans les massifs forestiers de Marseille, un terrain plus restrictif.
Que ressentez-vous après avoir participé à une telle intervention ?
SM Hugo : Avant même le départ, j’avais suivi l’actualité des feux et échangé avec des collègues de la communauté des pompiers. Je savais que je partais sur une intervention d’ampleur et potentiellement dangereuse. En tant que chef d’agrès, je porte la responsabilité de la sécurité de mon équipage et de notre véhicule. Cette charge mentale est toujours présente. Pourtant, l’envie de venir en renfort reste prédominante, surtout face à la magnitude du sinistre. Nous savons que les pompiers locaux ont besoin d’aide : ils doivent non seulement lutter contre le feu, mais aussi maintenir leurs casernes opérationnelles pour assurer les secours du quotidien. Il y a certes une part d’excitation, mais elle est tempérée par un grand sens des responsabilités. Nous sommes conscients des dangers et des difficultés que cela peut représenter. Sur ce type d’intervention, notre métier prend tout son sens. Nous sommes présents pour aider, même si nous savons que notre contribution n’est qu’une petite pièce du puzzle face à un tel désastre.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de ce déploiement ?
SM Hugo : Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la proximité avec les habitants. Ils se battaient depuis plusieurs jours, sans formation spécifique, jour et nuit, pour protéger ce qui était le leur. Leur reconnaissance était immense, alors que nous leur devions bien plus. Sans leur aide logistique, nous n’aurions pas pu remplir nos camions aussi rapidement. Ils ont transformé des gymnases et des salles des fêtes en véritables « hôtels 5 étoiles all inclusive ». Nous avons été accueillis comme des rois : cuisines improvisées, douches organisées, stocks d’encas fournis. C’était une « force de l’ombre » incroyable. Ils nous ont apporté beaucoup de bonne humeur et de bienveillance. Cela a été, au-delà de l’opération, une expérience humaine exceptionnelle.
Comment analysez-vous la saison des feux de forêt de cette année ?
SM Hugo : Cette saison est particulière par son intensité, que ce soit en raison de la précocité des départs de feu ou des températures atteintes. Comme chaque été, nous faisons face à une multitude de foyers. Mais cette année, la différence réside dans l’intensité et l’ubiquité des incendies : ils sont violents et surviennent partout, en continu. Nous avons conscience que cet été sera long et exigeant. Malgré la fatigue, nous sommes tous volontaires pour participer à cet effort collectif.
