Défi solidaire pour l’Entraide Marine-Adosm : un marin bat le record mondial en apnée sur 24h
Publié le 21/12/2025
Les 14 et 15 décembre, le premier maître (PM) Arthur a battu le record mondial de distance en apnée sans palmes sur 24h en nageant 50 800 mètres, soit 2 032 longueurs.

À défi exceptionnel, cause exceptionnelle. Chaque longueur parcourue était dédiée à l’Entraide Marine-Adosm, association d’aide aux marins et à leurs familles. Un défi relevé haut la main par le PM Arthur au nom de la Marine nationale. Il a ainsi battu le précédent record avec une avance de 9 minutes, soit 8 longueurs. Ce fabuleux résultat a été rendu possible « grâce à l’esprit d’équipage, à l’engagement de chacun et au dépassement de soi », analyse l’instructeur du Pôle Écoles Méditerranée (PEM). À ses côtés, une soixantaine de personnes qui comprenait pas moins de cinq champions du monde d’apnée, trois anciens entraîneurs de l’équipe de France d’apnée, une équipe nutrition, un médecin et deux infirmiers hyperbaristes, un photographe spécialisé dans la prise d’images subaquatique, des reporters images de la Marine, un juge, un coordinateur ainsi que deux commissaires de justice étaient présents à la piscine du PEM de Saint-Mandrier.
La performance du PM est la définition même de l’engagement : « C’est mettre ses compétences et son succès personnel au service du collectif, au service d’une cause plus grande que soi ». Le vrai succès pour l’équipe n’est pas le record battu des 24h en apnée mais la visibilité qu’offre cet événement à l’association Entraide Marine-ADOSM et à la cagnotte mise en place.
La rédaction de Cols bleus a recueilli le témoignage du PM Arthur qui se remémore avec passion chaque minute de la préparation puis de la réalisation de cet exploit exceptionnel.
Pouvez-vous parler du projet auquel vous avez participé ?
Premier-maître (PM) Arthur : Le projet auquel j’ai participé est le « Bleue Endurance ». L’objectif : tenter de battre le record du monde d’apnée sur 24h au profit de l’Entraide Marine-Adosm, au nom de la Marine nationale.
Quelle est sa genèse ?
PM. A. : Dans la sphère personnelle, je pratiquais déjà l’apnée, à mon niveau et j’aimais bien. Je trouvais le projet très intéressant car ce n’était pas juste un défi personnel mais un défi en équipe avec une récolte de fonds. J’en ai parlé à mes chefs puis aux officiers sport du PEM, car je voulais réaliser ce défi au nom de la Marine, en ayant un réel travail d’équipe, avec les moyens de la Marine. Ce challenge sortait du cadre habituel des autres défis, ce qui m’a attiré pour poursuivre et m’engager pleinement. Toute la genèse de ce projet a eu lieu en avril dernier, s’en est suivi le début des entraînements.
Comment vous êtes-vous préparé ?
PM. A. : La préparation a duré huit mois. J’ai d’abord repris le sport. Ensuite, j’ai commencé un entraînement en ayant en tête de battre le record avec palmes détenu par Benoît Dupont en 2018. Puis en me renseignant sur les différents records déjà effectués, j’ai découvert William Trubridge qui avait pulvérisé le record en brasse en 2022, sans palmes. J’ai alors réalisé trois semaines de tests afin d’évaluer si c’était jouable pour moi d’essayer de battre ce record-là. Mon entraînement a donc changé pour m’aligner sur cette performance.
Après la reprise du sport, il y a eu un bloc de force pure et de technique de nage pendant un mois, suivi d’un bloc de force endurance, avec le début des séances en hypercapnie pendant le mois suivant. Ensuite, deux mois et demi pendant lesquels je me suis concentré sur l’endurance avec principalement du vélo ainsi que des séances longues et faciles en apnée. Et pour finir, trois mois d’entraînement spécifique en apnée en gardant du vélo puis deux semaines d’affûtage en ayant du repos et des séances moins intenses avant le jour J. En réalité, l’organisation du projet prenait énormément de temps, la période d’affûtage n’a donc pas été très réussie et je suis arrivé sur l’épreuve très fatigué.
Huit mois de préparation pour 450h de sport, 240 km d’apnée, 3600 km de vélo et 550 km de course à pied
Quelles ont été vos sensations durant ce challenge ?
PM. A. : Je suis parti très vite. Sur les quatre premières heures j’avais une bonne avance puis c’est devenu un peu plus compliqué que ce que je pensais. Entre 4h et 8h, le rythme chute plus vite que prévu. Au bout de 8h de nage, j’ai eu un gros craquage, c’était très dur. Au niveau des émotions et des ressentis, c’était les montagnes russes. Parfois tout allait bien, j’avais beaucoup d’adrénaline et puis la longueur d’après, je ressentais des difficultés. Je me suis retrouvé en « pilote automatique », ce qui m’a permis de retrouver un peu d’aisance et de laisser mon cerveau passer sur « off ». Je me perds dans mes pensées et le temps passe plus vite. Au bout de 14h de nage, je sais que je n’ai plus beaucoup d’avance.
Les dix dernières heures ont été les plus difficiles. Le mental a pris le dessus pour aller jusqu’au bout. Moralement, je ne suis pas défaitiste. On m’a demandé si j’avais douté ou pensé abandonner, et clairement non, à aucun moment. Il n’y a pas d’option « je rate » et encore moins « j’abandonne ». En revanche, je ne pouvais pas laisser glisser ma pensée et me remettre en pilote automatique. Je suis obligé d’être concentré sur chaque poussée, chaque moment de glisse, pour ne pas perdre une seule seconde à nager sous l’eau et optimiser au mieux les ventilations en surface. J’ai quand même réussi à prendre plaisir sur les dernières longueurs. Je les ai vraiment faites pour moi. Je me suis dit «Vas-y, profite un peu, fais-toi plaisir ». J’ai laissé un peu glisser sur l’avant-dernière, et j’ai tout donné sur la dernière.

Je ne voulais pas savoir si j’avais de l’avance ou du retard sur les longueurs, car ça m’aurait fait réfléchir, en bien ou en mal, et je n’avais pas le temps pour ça. Il fallait juste répéter exactement et parfaitement la même chose à chaque fois
Dans quel état d’esprit étiez-vous en sortant de l’eau ?
PM. A. : Je me souviens des applaudissements. Je sors de l’eau, tout le monde applaudit et est à fond. Je ne m’attendais pas à un tel engouement, et je peux enfin respirer normalement. Je me mets sur le bord du bassin comme je l’avais imaginé. Je voulais une photo pied de nez à la photo de William Trubridge qui montre sa main toute pourrie en sortant de l’eau. On m’apporte une coupe de champagne, le tonnerre d’applaudissements ne s’arrête pas… Honnêtement, c’était un très beau moment. Je crois que le record, je n’y pensais absolument pas. Je savourais juste la fin de l’effort et le moment. La fin était électrisante.
Quelle est la prochaine étape maintenant après ce record ?
PM A. : L’homologation au Guinness World Records au nom de la Marine nationale, afin faire rayonner l’Institution.
A noter : Une journée découverte réunissant champions et experts de l’apnée française a été organisée en parallèle pour célébrer ce record. Des conférences, des initiations et des sensibilisations ont renforcé les liens entre la Marine et la fédération française d’études et de sports sous-marins (la FFESSM), qui soutient le projet.
Lien vers la cagnotte Entraide Marine-ADOSM
